INDICATIONS HYGIÉNIQUES ET THÉRAPEUTIQUES
Reconnaître l’existence de la sigmoïdite, problème sou- vent hérissé de difficultés extrêmes ; la maladie une fois reconnue, savoir discerner si l’on est en présence d’un cas où la direction doit suffire ou si une intervention à bref délai s’impose ; le traitement médical reconnu suffisant, le formuler sans les hésitations, les tâtonnements bien naturels après les discordances sur la thérapeutique de l'intestin ; surveiller la marche des accidents qui à chaque instant peuvent changer et dicter des résolutions nouveiles, tel est le rôle du médecin appelé aupres du malade.
Mais avant d'entrer dans cette étude des moyens dont peut disposer le praticien, nous croyons qu’il n'est pas inutile de dire en quelques mots et de bien préciser les règles hygiéniques qui devront être instituées sévèrement dans le cas qui nous occupe.
Nous avons dit dans notre premier chapitre que la grande cause de la sigmoïdite, c’était la constipation qui Joue d’ailleurs un bien grand rôle dans toute la pathologie de l'intestin. Le principe fondamental de l'hygiène nécessaire, c'est donc la purgation fréquente. Celle-ci devra être faite avec des substances peu irritantes. Elle doit
Et Ho exclure tous les drastiques. Le purgatif idéal, c’est le sulfate de soude, le purgatif le mieux supporté même par les intestins usés par la dysenteriet. Toutes les eaux purgatives peuvent être utilisées; la magnésie anglaise, le sul fate de magnésie.
Les purgatifs devront être complétés par les lavements. Il est inutile de chercher pour ceux-ci une action thérapeutique énergique. Ces lavements doivent favoriser et compléter l’évacuation sans grande prétention à une action topique.
Chez tous les individus sujets à l’engorgement iliaque, l'hygiène alimentaire et surtout le régime d’évacuation devront être surveillés.
La stase stercorale persistera si l’on néglige de traiter la constipation qui en est la cause occasionnelle, ainsi que les troubles gastriques dont la coexistence est très fréquente. La répétition des accidents entraine alors l’inflammation des parois de PS iliaque, irritées par les scybales, par les résidus résultant des fermentations gastro-intestinales ; la muqueuse s’exulcere, les parois de PSiliaque s’infiltrent : la sigmoïdite proprement dite est constituée. La séreuse peut, à son tour, s’infecter et réagir, et la périsigmoïdite entrer en scène. Remarquons cependant que les accidents péritonéaux restent localisés, qu'il s’agit d’une péritonite adhésive sans tendance à la généralisation.
Ce sont ces constipés iliaques qu’il y à surtout lieu d’engager à se présenter à la garde-robe tous les jours à la même heure. Ainsi que le dit Trousseau : « la volonté et
1 Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 1397. D' Lucas Championnière.
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une volonté patiente et régulièrement appliquée, triomphe le plus souvent de la constipation ».
Il faudra aussi ne pas négliger le régime alimentaire. Plus l'alimentation est végétale, plus les fèces sont abondantes; aussi faut-il prescrire un large usage de végétaux surtout de ceux qui laissent de grands résidus de cellu lose : oseille, raves, salades, etc.
Est-il besoin d’insister pour qu’on recommande au malade de ne pas s’immobiliser ? L'exercice — modéré s’entend — ne peut que favoriser les fonctions intestinales ; il est donc à préconiser.
En observant rigoureusement toutes ces règles d'hygiène, on évitera le plus souvent les surprises d'un accident aigu comme ceux qui sont indiqués dans nos observations. Mais supposons maintenant que cet accident éclate : qu'y aura-t-il lieu de faire ?
Kean a dit que,« en présence d’une appendicite, la première indication pour un médecin est d’appeler un chirurgien ». En outre, qu'il y a là pour l’appendicite une exagération, il y aurait pour la sigmoïdite une erreur. Le rôle du médecin, quand il est bien compris, peut largement suffire : les observations de M. le professeur Mayor sont là pour le prouver. Que fera donc le médecin ?
Notons que le malade souffre, qu’il est constipé et qu'il est sous la menace d’une iutoxication par rétention stercorale.ll y a là une triple indication thérapeutique à remplir.
Il nous paraît indispensable de renoncer à l’opium employé dans L but de calmer l'intestin, de le reposer dans la crainte de la propagation de ses lésions au péritoine. Mais il est impossible d'oublier que, devant certaines dou -
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leurs,on ne saurait rester désarmé. Dans ces cas, pourquoi ne pas recourir à la seule arme qu’emploient, depuis plas de vingt années, bon nombre de chirurgiens dans les cas de hernie étranglée ou d’accidents herniaires, l'injection de morphine infiniment plus puissante que l’opium à l’intérieur, mais beaucoup moins paralysante pour l'intestin.
On appliquera aussi avec avantage, comme l'ont fait MM. Mayor et Gangolphe, des cataplasmes laudanisés, des vessies de glace.
Quand on aura ainsi lutté contre la douleur, on devra combattre la constipation et prévoir ainsi l’auto-iufection qui en pourrait résulter.
Les médecins d’autrefois attachaient à l'évacuation artificielle de l’intestin, à la purgation, une importance que nous avons presque oubliée. Ils Pimposaient à titre d'hygiène commune et leur prescription avait certainement pour origine l'observation des inconvé 1ients de l’engorgement intestinal. |
Ils savaient, ce que l’expéri nentation moderne vient de vérifier, que l’antisepsie intestinale la plus parfaite résulte de la purgation.
On donnera aussi de grandes irrigations 1atestinales comme le recommande le professeur Bouchard.
De plus, on soumettra le malade au repos absolu et au régime lacté exclusif. On pourra aussi user des antiseptiques intestinaux : beuzol, aphtol, salol, etc.
Si les accidents disparaissent, peu à peu on reviendra à une alimentation substantielle, avec les réserves indiquées par M.le professeur Mayor et l'hygiène dela convalescence devra se continuer longtemps et pour aimsi dire toujours.
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Mais si, au lieu de rétrocéder, les phénomènes inflammatoires ne font que s’accentuer, si surtout l’état général devient mauvais et typhoïde, si le boudin iliaque persiste ou ne disparait qu'incomplètement, si les douleurs de la fosse iliaque restent stationnaires, il faudra intervenir chirurgicalement, comme l’ont fait MM. Jaboulay et Gangolphe.
. I faut alors à tout prix aller au-devant de la collection qui s’est formée, l’évacuer et drainer.
Si une perforation intestinale se forme tôt ou tard, si un anus contre nature succède à l'intervention, on se contentera des soins et des précautions indiqués en pareil cas. On attendra le retour complet à la santé et l'on interviendra dans la suite, pour cet anus iliaque, par Les procédés classiques en usage en pareil cas.
Si nous avons si longuement insisté sur l'utilité de la purgation et de la morphine, c’est que nous nous rappelons toutes les discussions qui ont eu lieu sur le traitement médical de l’appendicite. Certains auteurs — et des plus autorisés — veulent que l’on utilise l’opium et que l’on constipe le malade. Nous n'avons pas à entrer dans les détails de cette discussion. Mais en terminant notre chapitre de thérapeutique, nous tenons à faire remarquer que constiper un malade a‘teint de sigmoïdite serait un nonseus, puisque la maladie a déjà pour cause la constipation. L’indication est donc, au contraire, de combattre La cause pour voir disparaitre l'effet.