OBSERVATION I
Communiquée par M. le D' Mayor’.
M'R...trente-deux ans. Sans antécédents de famille importants ; n’a jamais eu de grossesse. Elle est habituellement bien portante, mais plutôt maigre. Ses diges tions sont un peu pénibles, et elle est constamment constipée.
1 Revue médicale de la Suisse romande, juillet 1893.
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Depuis un moisla constipation est devenue plus rebelle. En même temps les douleurs que, depuis une époque qu’il est impossible de lui faire déterminer, elle éprouvait dans la fosseiliaque gauche, sont devenues presque continues. l'appétit a disparu, ’amaigrissement s’est accentué et elle a fini parse mettre au lit, soit parce que ses douleurs augmentaient après quelques heures de station debout, soit à cause de son état de faiblesse. Jamais de selles sanglantes, jamais de vomissements. Pas de signes d'affection cardiaque ou pulmonaire.
Rien d’anormal du côté des urines.
La malade est amaigrie ; son ventre n’est nullement ballonné ; partout il est souple. Le foie dépasse un peu le rebord des fausses côtes. La rate est normale.
Au palper abdominal, on sent, couché dans la fosse iliaque gauche, dans la région qu'occupe normalement PS iliaque, un corps cylindrique, du volume d’un boudin dont l'extrémité supérieure semble se perdre un peu au-dessus de la crête iliaque en se continuant avec le colon descendant, tandis que son extrémité inférieure plonge dans le petit bassin. Ge cylindre offre une limite supérieure assez nette ; il est douloureux à Ja pression, et mobile sur la fosse iliaque.
Le toucher rectal, non plus que le toucher vaginal, n'indique rien d’anormal.
Pas de fièvre.
La malade ayant employé les cataplasmes et disant en éprouver quelque soulagement, on lui conseille de les continuer, de garder le repos au lit, de se nourrir exclusivement de lait, de bouillon, de bouillies ou de purées sous forme de soupe. Chaque jour elle prendra, au lit, un
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grand lavement d’eau de mauves tiède. On n'avait du reste pas grande confiance dans ce traitement qu’on instituait à titre purement palliatif ; car on pensait qu’il y avait grande probabilité pour que la tumeur cylindrique dont on constatait la présence dans la fosse iliaque, fût de nature épithéliomateuse.
Deux jours après, il y avait une amélioration évidente dans les phénomènes douloureux ; leslavements amenaient régulièrement l'expulsion de quelques matières dures, ovillées. Les signes physiques ne se modifiaient cependant pas encore.
N’insistons pas sur la suite de l'observation qui est d’une monotonie désespérante ; disons seulement que, assez rapidement, sous l'influence du repos, les douleurs cessèrent. Le boudin intestinal s’amollit, puis diminua gra duellement de volume. L’appétit revint.
Après un mois la malade se levait : sa nourriture était plus variée, en ce sens qu’on y avait ajouté les œufs et les viandes pulpées. L’intestin était devenu plus souple, néanmoins, 1l existait encore un certain épaississement de ses parois.
Apres deux mois Me R... avait repris sa vie ordinaire, s’occupait de son ménage, tout en portant, suivant le conseil du D' Mayor,une ceinture de flanelle qui immobilisait l’abdomen : elle avait continué les lavements qui amenaient chaque jour des matières plus volumineuses, plus molles. Les aliments étaient toujours pris sous la forme de pulpes, de purées, de bouillies, etc. Les parois intestina les paraissaient encore un peu indurées.
À quelques années de la, M°° R... fut revue parfaitement bien portante, quoique toujours maigre. Elle avait repris
— l’alimentation commune, ne souffrait plus de son intestin, mais surveillait attentivement la régularité de ses selles. A l'examen, LS iliaque n’avait peut-être pas une souplesse absolument normale, mais elle n’était pas plus dure cependant que ce n’est le cas chez beaucoup d’entéroptosés au début de leurs accidents.
OBSERVATION Il.
(Gommuniquée par M. le D' Mayor.)
Le jeune malade M. R... est âgé de quatorze ans. Il est légèrement anémique, peut-être un peu lymphatique, bien qu’il n’ait jamais présenté d’engorgement des ganglions sous-maxilliaires, non plus que d’autres signes évidents de scrofule. Il n’a pas d’autres maladies dans ses antécédents que la rougeole, la varicelle et la coqueluche. Il y a deux ans, il a été pris d’une paralysie infantile qui a porté spécialement sur les membres du côté droit, et s’est localisée ensuite dans le membre inférieur, où elle a laissé, comme lésion définitive, un affaiblissement très marqué du groupe musculaire antéro-externe de la jambe, À part cette légère infirmité, M. R... jouit d’une bonne santé, mais 1l n’a jamais de selles régulières, et reste souvent deux jours sans aller au cabinet ; il va sans dire que cette question ne le préoccupe que médiocrement.
La veille du jour où le D' Mayor est appelé auprès de lui, ila senti quelques douleurs dans le bas-ventre. Les douleurs se sont accentuées pendant la course de 2 kilomètres qu'il fait à pied pour revenir du collège jus-
De qu’à son domicile : elles lui semblaient cependant localisées dans le côté gauche de l’abdomen. Arrivé chez lui il était mal à aise, subfébricitant et écœuré. Inappétence absolue le soir.
Le lendemain matin, la région iliaque gauche est particulièrement douloureuse. Quand il veut se lever, ila quelques vomissements bilieux. On le remet au lit, et, dans la journée, on ne lui donne comme nourriture qu’un peu de bouillon.
Le soir, il est immobile dans son lit, la cuisse gauche légèrement fléchie sur le bassin. La fièvre est légère (38°,9); il y a un certain degré d’écœurement ; la langue est saburrale, humide. Le ventre, légèrement ballonné, est resté souple et ne présente nulle part de résistance spéciale. Mais, au niveau de la fosse iliaque gauche, la pression est douloureuse, et les muscles semblent se contracter dans un mouvement de défense réflexe; il n’y a cependant aucune tuméfaction localisée. Pas de signes d'obstruction ; il n’y a, ilest vrai, pas de selles, mais 1l y a eu expulsion de gaz par l’anus. Aucun autre phénomène morbide.
On prescrit le repos au lit avec cataplasmes sur la région douloureuse et, pour le lendemain, une petite dose d'huile de ricin.
Cette huile, bien tolérée, amène, avec des douleurs assez vives, quelques selles, dont les premières sont dures. L’attitude du malade reste la même; le ventre est moins ballonné, mais la fosse iiiaque se défend toujours.
Dans les jours suivants la fièvre continue, modérée (38 à 38°,5 le soir ; 37°,6 à 38 le matin). La langue reste blanche. On fait donner un lavement chaque soir; on
"ae continue l’alimentation exclusivement liquide, le repos au lit et les cataplasmes.
Quatre jours après le début des accidents, la cuisse a repris son attitude normale ; mais, dans la fosse illiaque, autour de la région qu’occupe l'intestin, se développe une tumeur, inégale à la surface, faisant penser à une masse ganglionnaire. Cependant, d’une part, cette tumeur n’est point mate à la percussion ; d'autre part, ni sur le membre inférieur, ni dans les régions pelviennes, on ne trouve le-point de départ possible d’une adénite iliaque. Puis, cette masse devient considérable, plus superficielle. Elle occupe la plus grande partie de la fosse iliaque et s’avance dans la cavité abdominale au-dessus de l’aine du petit bassin. À son niveau, quoique la sonorité soit un pen diminuée, il n’y a pas de véritable matité. Elle est douloureuse au début ; mais, très promptement, cette douleur disparaît, en même temps que la fièvre tombe, que la langue se nettoie, que l’appétit revient.
Continuation du repos au lit; bouillon, lait, purées.
Régularité des selles assurée par des lavements.
Cataplasmes et onctions d’onguent napolitain belladoné.
Peu à peu la tuméfaction commence à diminuer. Cette diminution s’accentue assez rapidement; six semaines après le début de la maladie, il ne reste plus dans la fosse iliaque qu’une petite masse dure, allongée, qui suit exactement le trajet de l'S iliaque, comme s’il s’agissait d'un épaississement de la paroi de cet intestin.
Applications de teinture diode sur la région dé Port d’une ceinture de flanelle avec laquelle le patient se lève. Pendant longtemps il reste à l’alimentation demimolle évitant tout ce qui peut arriver à l’état de débris
— où —
inaltérés jusqu’à l'intestin iliaque. Lavements journaliers. Huile de foie de morue.
Deux mois après le début de l’accident, la santé géné raie est parfaite, la fosse iliaque tout à fait souple.
Chez le malade de cette observation, dit M. le profes seur Mayor, l’idée d’une adénite iliaque ne peut se soutenir. L’absence presque complète de matité au niveau de la tumeur, l’absence des causes habituelles d’une-adénite aiguë accidentelle, la marche de la maladie, si différente de ce qu’elle aurait été en cas d'affection scrofuleuse ou tuberculeuse, s’opposent à ce qu’on cherche dans les ganglions iliaques la cause des accidents.
Quant au phlegmon iliaque, auquel la flexion de la cuisse aurait pu faire songer, on sait qu’il se distingue de la péritonite iliaque justement par le fait que cette dernière se présente sous forme d’une tumeur bosselée, sonore, assez superficielle d’abord, mais qui n’envahit jamais la paroi abdominale au-dessus de l’arcade pubienne. Ge sont justement là les caractères qu’a présentés l'affection du petit malade et c’est pourquoi on avait conclu au diagnostic de véritonite illaque que les événements ont permis ensuite de rattacher à l’iliaque elle-même.
© OBSERVATION III (Communiquée par M. le D' Mayor.) E. A., onze ans, quoiqu’un peu grêle d'aspect, est habi-
tuellement bien portant. Les antécédents de famille sont irréprochables; il n’a, jusqu'à présent, pas eu d’autres
maladies que la rougeole et la scarlatine. Il ne présentait aucun signe d’altération de la santé générale, lorsqu'un jour il revint de l’école avec un point douloureux très vif siègeant dans le bas-ventre et à gauche. Comme il est habituellement constipé, qu’il lui arrive fréquemment d'oublier pendant plusieurs jours d’aller à ia selle, que, dans le cas particulier, il ne se rappelait pas avoir été au cabinet la veille, sa mère, dès le lendemain matin, lui administre un purgatif qui amène une selle dure, abondante, suivie de plusieurs garde-robes liquides. L'enfant paraît soulagé. Il retourne le lendemain à l’école, mais il en revient souffrant plus vivement, ayant de la fièvre, refusant toute nourriture.
Appelé le jour suivant dès le matin, M. Mayor trouve une fièvre assez vive (3905 dans l’aisselle) ; le ventre est un peu ballonné, généralement douloureux, avec prédominance des douleurs à la pression dans la fosse iliaque gauche. À ceniveau, la paroi abdominale semble résister; elle n’est cependant pas infiltrée en plastron, mais, outreun peu de contracture musculaire, il y a une véritable tuméfaction assez superficielle, quoique sous-jacente à la paroi; cette tuméfaction occupe toute la fosse iliaque gauche ; à ce niveau, la sonorité abdominale est diminuée, quoiqu’elle ne soit point entièrement abolie. Pas derétraction de la cuisse, quelques nausées, mais pas de vomissements; pas de selle hier, mais expulsion de gaz par l’anus. Aucun autre phénomène morbide : le cœur, les poumons {pour autant qu'on en peut juger par leur face antérieure), les organes abdominaux, les urines, ne présentent aucun signe d’altération.
Repos au lit, cataplasmes, alimentation liquide froide.
Le lendemain, même état; la fièvre continue (395 le
matin, 40 Le soir). Pas de selles. Le ballonnement n’augmente pas.
Le surlendemain, un lavement donné prudemment amène des matières peu consistanies; et, de ce jour, s’établissent des selles quotidiennes, ou biquotidiennes, légèrement diarrhéiques. La fièvre continue avec la même intensité ; Le ventre est toujours douloureux; il paraît plus gonflé; l'enfant s’alimente mal.
La tuméfaction, qui siège dans la fosse iliaque gauche, augmente graduellement en volume; elle finit par déterminer une saillie évidente de toute la moitié gauche du ventre. Cette tuméfaction remonte jusqu’au niveau de l’ombilic; au-dessous de ce point, elle dépasse la ligne moyenne ; la matité s’accentue dans la région iliaque de cette masse.
L’aspect local et l’état fébrile paraissent devoir faire supposer la présence d’une collection purulente ; il semble même qu'il existe une fluctuation obscure ; et le jour où M. Mayor arrive décidé, si rien n’est changé, à demander qu’on lui adjoigne un chirurgien, il trouve que, dans la nuit, l’enfant a rendu une très forte selle de consistance crémeuse que malheureusement on s’est empressé de jeter, son odeur étant infecte. Le ventre a totalement changé d'aspect : ilest plat, souple ; la tuméfaction abdominale n'est plus représentée que par une petite masse indurée, grosse comme le poing et siégeant dans la fosse iliaque.
De ce jour, la fièvre cesse, la langue se nettoie, l’appétit reparait. Il n’y a plus que quelques douleurs passagères dans la fosse iliaque. Cependant la pression sur la masse indurée est encore douloureuse. Voyant que la collection