FORME DE DÉLIRE DES PERSÉCUTIONS
Le délire des persécutions qu'on rencontre dans la simulation se rapproche plus ou moins de celui qui caractérise la folie des persécutions proprement dite, c'est-à-dire qu'il revêt les caractères d'un délire systématisé. Un bel exemple de cet ordre est le suivant :
Obs. XVII. — Marius est inculpé de vol et comme, d'une part, il émet des idées délirantes, et que, d'autre part, il a fait des séjours prolongés à l'asile de Montdevergues d'où il s'est évadé plusieurs fois, nous sommes chargé de l'examiner.
Marius nous étale sans difficulté un délire qui se traduit par des idées de persécutions et de grandeur et par des
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale, 1842.
perversions sensorielles. Il est gouverneur du Languedoc, il possède une fortune considérable, a 200 ans et est en butte aux persécutions d'un individu qu'il désigne sous le nom de Grand Marius ", ce serait un de ses voisins. Ce Grand Marius voudrait le faire disparaître pour prendre sa place de gouverneur du Languedoc. On a cherché plus de quarante fois à l'empoisonner en mettant des poudres blanches dans ses aliments et il a dû une fois rester 17 jours sans manger, tant on lui avait brûlé le corps. Non contents de cela, ses persécuteurs entrent dans lui, pénètrent dans son sang, lui enlèvent les forces et l'anéantissent; d'autres fois, ils lui donnent des douleurs atroces dans l'estomac et dans l'intestin. Ces individus peuvent ainsi s'introduire dans son corps, grâce à un pouvoir qu'ils ont et qu'ils désignent sous le nom de don. Ils vont plus loin, ils se rendent maîtres de ses pensées qu'ils connaissent aussitôt que lui. De plus, ils lui parlent et, pendant mes interrogatoires, je le vois prêter l'oreille à des voix qu'il entend. Même durant la nuit, ses persécuteurs ne le laissent pas tranquille, ils lui tirent ses couvertures, le frappent, et il continue, en s'animant, à me raconter tout ce qu'on lui fait subir. Le gouvernement lui-même est contre lui, car tantôt il le met en prison, tantôt il l'envoie dans un asile d'aliénés, comme s'il était fou, et il n'est pas fou.
N'est-ce pas là le tableau clinique de la folie des persécutions arrivée à une certaine période de son évolution? Et cependant Marius n'est qu'un vulgaire simulateur ; la lettre suivante, que m'adressa à ce sujet mon collègue et ami le docteur Pichenot, médecin en chef de l'asile de Montdevergues, le prouve :
« Il a été déjà interné ici 14 fois au moins et s'en
est évadé 12 fois, malgré toute lasurveillance exercée à son égard. Il s'est évadé la douzième fois le 2 janvier dernier... Fils d'alcooliques, c'est un dégénéré au point de vue physique et mental avec perversions du sens moral, des instincts et des actes. Je n'ai jamais constaté de délire chez lui. »
Démasqué, Marius cesse de délirer et me dit que c'est grâce aux séjours qu'il a faits à l'asile deMontdevergues, où il a pu observer à son aise des persécutés, qu'il est arrivé à simuler avec une telle perfection.
On retrouve dans la science des observations où la simulation n'est pas moins parfaite; ainsi, dans l'une rapportée par Garnier et Vallon; ainsi encore, dans une autre due à E. Laurent Je rappelle brièvement cette dernière qui est intéressante autant par la perfection que par la durée de la simulation. M.., dit E Laurent, « a simulé près de trois ans sans se départir un seul instant du système qu'il avait adopté. Plusieurs médecins aliénistes et légistes furent appelés à l'examiner ; on fit des rapports contradictoires et on eut toutes les peines du monde à s'entendre. Nous avouons franchement que nous avons cru pendant près de deux ans que cet homme était fou, ou au moins déséquilibré; et si nous avons été tiré de cette erreur, ce n'est que par hasard ». M... fit des confidences, dit ses secrets à un individu qui le trahit.
Obs. XVIII. — Accusé de vol, M... est une première fois incarcéré, puis relâché, faute de preuves. Ayant eu l'imprudence, étant en état d'ivresse, de raconter le bon tour Mairet; Simulation de la folie. 8
qu'il avait joué à la police, il fut dénoncé par un de ses auditeurs et arrêté de nouveau. Il commence alors à délirer.
Taciturne, il cause peu et semble fuir la société de ses co-détenus ; quand on l'interroge, il répond par phrases brèves et saccadées, avec des gestes secs. Quand on lui demande la cause de son internement, il cherche par des réponses évasives à. détourner la conversation ; si on insiste, il s'arrête brusquement, semble prêter l'oreille, comme s'il entendait un bruil : « Il y a quelqu'un derrière ce mur, ditil, on nous écoute, prenez-garde, j'ai entendu, nous causerons une autre fois ». Il sort et il est impossible de le faire rentrer et d'en tirer aucun renseignement.
Souvent il se lève et cause tout haut pendant la nuit. Nous essayons de lui faire comprendre qu'il trouble le repos des autres malades et nous lui conseillons d'être calme. « Il le faut ! répond-t-il toujours. Quand le Grand Génie vient me visiter, il faut que je lui parle et que je lui obéisse! ». Il raconte alors qu'un Grand Génie le visite souvent pendant la nuit, être mystérieux dont il implore la protection. Les yeux égarés, les mains levées, il s'écrie : * Grand Génie, sauve-moi, je suis M..., ton serviteur! ».
Transféré de Mazas à l'asile Sainte-Anne, il tente de s'évader et se casse une jambe. Transporté à l'hôpital Necker, il continue à faire le fou et enlève à plusieurs reprises le bandage plâtré qu'on lui avait mis. Ramené à Sainte-Anne, il modifie son délire d'une manière pour ainsi dire insensible. C'est lui qui maintenant est le Grand Génie, celui-ci le lui a dit, il ira dans l'autre monde sans mourir. Il voit toutes les nuits sa mère qui vient lui dire : « Tu es l'enfant du Grand Génie, Dieu m'envoie te le dire ! >. Les juges ne peuvent plus rien lui faire, le couteau du bourreau ne peut rien sur lui.
Il se met alors un ruban rouge à la boutonnière, le Grand Génie lui ordonne de le porter, et quand on insiste pour savoir pourquoi, il répond : « C'est Tordre de Wilson, j'ai travaillé pour lui ».
Une nuit, il fait une tentative de suicide, admirablement simulée, comme il l'indique plus tard. A certains moments, il s'emporte et va jusqu'à frapper.
Pendant près de trois ans, M... simule avec une ténacité remarquable ce même délire, avec la même voix brève, saccadée, les mêmes gestes brusques et cassants, la même démarche précipitée et heurtée, le même visage d'extatique avec ses yeux égarés aux pupilles dilatées par quelque chimérique vision. Comme un acteur en scène, il est toujours prêt à la riposte (i).
FORME MÉGALOMANIAQUE
Un simulateur, observé par Prosper Lucas (2), avait pris, comme type de simulation, la monomanie de la découverte du mouvement perpétuel Un autre (3) se disait propriétaire de l'île de Sainte- Hélène et avoir hérité de 100.000 francs avec lesquels il devait aller au Pérou et acheter une propriété. En voici un dont l'observation est on ne peut plus typique :
(1) E. Laurent. Ann. méd. psch., 1888, t. 8, p. 123.
(2) Prosper Lucas, in A. Laurent. Loc. cit., p. 280.
(3) Robertson. Un cas de folie simulée. Journal of mental science, avril 1888, analysé m Arc A. de neurologie, 188 '1, t. VIII, p. 217.
Obs. XIX. — B. A. (i) est âgé de 26 ans, il mène une vie régulière, son caractère est instable, sa constitution physique est bonne, mais sa nutrition est défectueuse. Il est accusé d'homicide avec préméditation, consommé par vengeance et accompagné de vol.
Lors de son arrestation, trois jours après son délit, il manifeste des idées de grandeur à direction religieuse. Il dit être le czar de toutes les Russies et le pape de la « religion catholique pure ». Il explique son crime en disant que la victime était le chef de conspirateurs politiques ennemis du pouvoir et de la religion, s'incarnant dans son père, de sorte qu'en donnant la mort, il avait rempli un devoir de famille. A ces idées délirantes s'ajoutaient des hallucinations de l'ouïe ; durant la nuit, B. A. conversait à haute voix avec des interlocuteurs imaginaires, de telle sorte que ses gardiens l'entendissent, donnant à comprendre qu'il s'agissait d'envoyés mystérieux de son père. En différentes circonstances, il refusa la nourriture commune des prisonniers, comme indigne de sa personnalité, revêtue d'inspirations célestes; en même temps, il traitait avec hauteur ses gardiens et les autres personnes.
A la suite d'une enquête peu scrupuleuse de laquelle il résulta que B. A. avait manifesté des idées de grandeur antérieures à son crime, ce qui fut ratifié par un certificat médical, cet homme, sur la demande d'une personne qui s'intéressait à lui et de son avocat, fut transféré à l'infirmerie de la prison.
Au bout de quelque temps, après avoir capté la confiance de ses gardiens qui le regardaient comme étant réellement fou, il s'évada.
(1) Ingegnieros. Loco-cit.., obs. XXVIII, p. 42-43.
Un an après, il était arrêté pour vol et reconnu. Il avoua alors avec désinvolture avoir simulé la folie et ajouta que si différentes personnes avaient dit qu'il avait manifesté antérieurement à son crime des idées de grandeur, c'était sur l'instigation de son avocat, conseillé par un politicien auquel il avait rendu des services frauduleux.
FORME DEMENTIELLE
Je distinguerai ici la démence simple ou démence secondaire et la démence organique. On sait ce qu'on désigne sous ces deux dénominations. La démence •organique est un affaiblissement radical de l'intelligence lié à de grosses lésions du système nerveux central; la démence simple ou démence secondaire est ce même affaiblissement consécutif à une aliénation mentale ordinaire.
Démence secondaire. — Dans l'observation de Dérozier qui nous a servi à établir ce que nous avons appelé la forme atypique de la simulation, on trouve des réponses qu'on pourrait au premier abord regarder comme relevant de la démence; ainsi, quand, à la demande que lui fait Morel sur son âge, cet homme répond 245 francs 31 centimes. Mais, comme le fait remarquer notre confrère, jamais le dément le plus incohérent ne répondra de semblable façon à une pareille demande ; ou bien, il ne saura pas répondre, ou bien, il répondra incorrectement, mais d'une manière adéquate à la question posée, Ainsi,
lorsque je demande, par exemple, à cette vieille démente qu'elle âge elle a, elle me répond 18 ans, tandis qu'elle me dit que sa fille en a 34. Si je lui demande le nom de son mari, elle me donne celui de son père ; quand je lui fais remarquer qu'elle se trompe, elle me répond que non, mais si je lui dis le non de son mari, elle se souvient et reconnaît son erreur. Elle ne sait pas combien elle a d'enfants, hésite entre un et trois et est incapable de me dire leurs noms.
Donc, malgré les apparences, les réponses absurdes du genre de celles de Dérozier ne peuvent pas rentrer dans la démence.
Je n'y ferai pas davantage rentrer ces cas d'amnésie dans lesquels l'individu dit ne plus se souvenir de l'acte commis ; les observations de cet ordre appartiennent à la folie alléguée.
Mais, en dehors de ces deux groupes de faits, il est dans la science quelques observations où la simulation offre les caractères de la démence secondaire.
Le plus beau cas de cet ordre qu'il m'ait été donné de connaître indirectement est celui d'un individu ayant commis tous les délits et crimes qu'on peut ima°giner. Malheureusement, c'était au début de mes études et je ne possède aucun document me permettant de reconstruire dans ses détails cette observation ; je ne puis en donner que la charpente.
Obs. XX. — B..., arrêté pour vol, présenta avant son jugement des troubles intellectuels joints à des attaques épileptiformes. Une commission médicale est nommée
pour l'examiner, et notre homme est placé dans un asile d'aliénés. C'est là que je le vis et que je pus constater chez lui un délire à direction lypémaniaque et des attaques épileptiformes. Ces troubles en imposèrent aux experts et ils conclurent à l'existence d'une aliénation mentale. La procédure fut suspendue mais non abandonnée, et il me souvient qu'à certaines dates et pour éviter la prescription, un magistrat demandait un certificat médical. Ce certificat était toujours positif. C'est que, plus le temps s'écoulait, plus la maladie faisait des progrès, en ce sens qu'au délire s'était jointe une démence lentement progressive qui, à un moment donné, avait atteint un degré considérable, indiqué nettement non seulement par la perte de la mémoire, mais par les écrits de B..., homme très cultivé et très intelligent. Ces écrits révêlaient, en effet, par les caractères des lettres, par les mots incorrectement écrits ou oubliés, une démence ayant atteint un haut degré de développement.
Etant dans cet état, B... s'évade et cela de telle façon qu'il donne immédiatement des soupçons sur la réalité de sa folie. Prêtre, il était parvenu, par son caractère religieux, à en imposer à un infirmier qui, sous sa direction, combina son évasion avec des personnes du dehors, et celle-ci se fit si adroitement qu'il fut impossible de suivre les traces de l'évadé. Il avait été, m'a-t-on dit, recueilli dans un couvent qu'il avait quitté plus tard pour devenir précepteur chez une veuve ayant un enfant à élever.
Malheureusement pour lui, il ne sut pas résister à la tentation et commit des abus de confiance qui le firent à nouveau appréhender par la justice et, alors seulement, il fut reconnu pour le fameux B..., évadé de l'asile de X... Une enquête fut faite et à son propos le procureur général
m'affirma avoir dans le dossier des lettres de notre homme, écrites le même jour, les unes au médecin de l'asile, les autres aux personnes du dehors qui préparaient son évasion -, or, tandis que les premières traduisaient la démence que nous avons indiquée, les secondes étaient normales en tous points.
B.. . simulait donc la démence. Avait-il simulé toute son aliénation mentale et ses attaques épileptiformes ? Bien que je fusse novice encore à ce moment en aliénation mentale, plus aujourd'hui je me représente cet homme dans sa physionomie clinique d'alors, plus je crois qu'à un moment donné il a été réellement aliéné. Mais, très intelligent, il s'est rendu compte que, s'il paraissait guéri, on recommencerait la procédure ouverte contre lui et non abandonnée, d'où l'idée de simuler, et alors, non moins observateur qu'intelligent, il a dû se dire que la meilleure simulation était celle d'une démence lentement progressive, c'est-à-dire d'une maladie qui ne pardonne pas et qui devait amener à conclure forcément à un moment donné au classement de son affaire. Ce classement, tardant à se faire, car cette histoire a duré des années, et B..., trouvant le mo}7en de s'évader, s'évada.
Dans l'observation suivante, existent un délire et une démence de même date.
Obs. XXI. — G. H... (1), âgé de 35 ans, ouvrier, cherche à noyer sa maîtresse, qui est enceinte de ses œuvres, en la
[1) Otto. Afin, médico psychol., 1874, p. 120.
poussant dans Peau au moment où, de nuit, ils passent tous les deux sur un pont. Comme le courant ne l'emporte pas, mais qu'elle réussit, au contraire, à s'accrocher à un des piliers du pont, H..., s'armant d'une longue perche, cherche à la submerger tout à fait; des passants, accourus aux cris de la victime, vinrent la délivrer.
Devant le juge d'instruction, H..., dans la famille duquel il n'y a point d'aliénés et qui n'a d'ailleurs donné aucun signe de trouble mental, se conduit et parle très raisonnablement, cherchant à se disculper en rejetant toute la faute sur sa maîtresse; mais dès qu'il voit que ce système ne réussira pas et qu'il va être atteint par toute les rigueurs de la loi, sa manière d'être devient tout autre ; à toutes les questions qu'on lui adresse, il fait semblant d'avoir perdu la mémoire et répond: «Je ne sais pas ». Un jour, il pleure, le lendemain, il rit, il se plaint de douleurs de tête, disant qu'il a dans le temps reçu un coup violent; il prétend qu'on lui parle dans la tête, qu'on l'injurie; pendant une conversation, il se détourne soudain pour regarder d'un autre côté et dit qu'il a vu une apparition. Il reçoit la visite de ses soeurs et prétend n'avoir gardé aucun souvenir de cette visite, répétant toujours : «Je ne sais pas».
L'observation qui suit, et que je résume d'après Sizaret (1) vise un individu simulant une démence totale à la suite d'attaques d'épilepsie alléguées. Cette observation, par l'absurdité de ses réponses, peut être rangée aussi bien dans la forme atypique que dans la forme démentielle. Dans ce cas, un délire incohérent accompagne également la démence.
(1) Ann. méd.psych. 1876. 5e série, t. XVI, p. 69.
Obs. XXII. — Etienne B..., âgé de 29 ans, est hémiplégique infantile avec atrophie et contractures1, sa mauvaise conduite, que rien n'a pu réprimer, le fait renvoyer de l'hospice de Bar-le-Duc. Il met alors le feu à l'hospice et tente de se suicider.
Conduit à la maison d'arrêt et interrogé par le juge d'instruction, il se défend d'une façon fort intelligente. Quelque quinze jours plus tard, il est atteint « d'un délire stupide et incohérent et, trois jours après, il tombe subitement frappé de perte de connaissance avec résolution générale des membres. A la suite de cette espèce d'attaque, le délire, l'incohérence et la stupeur persistent ; le juge d'instruction le soumet alors à un examen médicolégal, dont il charge le docteur SlZARET.
« Etienne a la physionomie stupide, le regard hébété; la salive lui découle de la bouche, qui reste béante ; on dirait un idiot, un imbécile ou un dément... Lorsque nous l'interrogeons, il répond immédiatement mais avec lenteur et d'un air profondément stupide. Ses réponses sont en désaccord constant avec nos questions : elles sont toutes plus incohérentes et plus absurdes les unes que les autres. Il n'a plus de mémoire, sa vue est obscurcie au point qu'il ne peut plus lire les plus grosses lettres ; il ne connaît plus les pièces de monnaie, etc. ; c'est un état d'idiotisme complet. Exemples :
» D. — Gomment vous appelez-vous ?
0 R. — Emile B... (il s'appelle Etienne).
» D. — Etes- vous marié?
» R. — Oui, depuis 22 ans...
» Nous lui montrons des pièces de monnaie pour qu'il nous en dise la valeur; ses réponses à ce sujet sont comme toutes les autres, une pièce de 50 centimes est une pièce de 4 sous, une pièce de 2 francs est une pièce de 15 sous, peut-être bien de 30 sous, etc. »
Ses lettres traduisent son état démentiel.
« M. j'ai survécu longtemps au bonheur qui vous est arrivé par la miséricorde de Dieu. Marie est le refuge des malheureux. On ne l'implore jamais en vain. »
La simulation dépistée, ses lettres redeviennent normales dans leur conception et dans leur écriture, tandis que pendant la simulation, non seulement elles étaient incohérentes, comme on vient de le voir, mais les lettres étaient mal formées.
Démence organique. — De ce genre de simulation, je ne connais que deux ou trois cas dont le suivant, dans lequel il y a plutôt présomption que certitude de simulation.
Obs. XXIII. — En 1885, John Jacker est accusé de vol à la poche (pocket picking). Il lut condamné aux travaux forcés pour quatre ans. En entendant la sentence, il tomba comme frappé d'apoplexie. Transporté à la prison, il parut hémiplégique et privé de connaissance. Il fit plusieurs actes qu'on ne saurait rapporter à la démence qui suit l'apoplexie. Par exemple, il fut volontairement malpropre et alla même jusqu'à manger ses excréments. Sa folie fut attestée par deux médecins. On le transporta donc à l'asile. Malgré les certificats délivrés par les médecins touchant sa folie, les magistrats accusateurs, qui connaissaient son caractère et le savaient criminel de grande aptitude, pensèrent qu'il simulait. Ainsi prévenu, BUCKNILL examina cet homme avec grande attention. Il présentait tous les symptômes de l'hémiplégie, traînait le gros orteil en marchant, serrait difficilement les objets avec la main, présentait une légère déviation des traits et avait la langue
rejetée du côté paralysé. Tous ces symptômes s'offraient d'une manière si naturelle que, s'ils étaients feints, leur imitation était une comédie parfaite, fondée sur une observation attentive. Une fois dans l'asile, le malade ne fut plus malpropre; il était tranquille et dans un état apparent de démence ; on était obligé de le faire manger, de l'habiller et de le déshabiller, de le conduire d'un endroit à un autre; on ne pouvait le faire parler ; il dormait bien. Dans la nuit du 17 août 1856, il s'échappa de l'asile d'une manière qui confirma les magistrats dans la pensée qu'il avait simulé l'aliénation et réussi à tromper quatre ou cinq médecins. Avec la poignée d'un gobelet d'étain, il se fit une fausse clef avec laquelle il ouvrit une serrure qui gardait une fenêtre; ce fut par là qu'il s'échappa de nuit dans le jardin d'où il escalada une porte haute de huit pieds et plus loin un mur de la même hauteur. On n'en a jamais entendu parler depuis.