‹ La simulation de la folieChapitre 22 sur 48 · ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION

Le simulateur peut non seulement emprunter à la folie son masque symptomatique, mais encore l'imiter dans son évolution. Certes, le plus souvent, cette évolution est interrompue par le fait que la simulation est démasquée, ou bien, nous verrons des exemples de ce dernier ordre plus tard, elle est atypique et devient ainsi un des éléments du diagnostic, mais parfois elle revêt celle du type clinique choisi par le simulateur.

Il en a été ainsi chez M..., ce simulateur maniaque

(1) Arch. de neurologie, 1884, t. VIII, p. 12.

dont la simulation a été percée à jour par Campagne (obs. III) et chez Gilbert (obs. IV).

M..., observé dans un premier accès de simulation méconnue, devient assez calme au bout de peu de jours et le docteur Geoffroy l'envoie aux ateliers. De temps en temps, le condamné avait soin d'enfreindre le règlement de la maison, de se faire punir, et puis il rentrait à l'atelier où il pouvait obtenir une nourriture meilleure C'est seulement six mois après que notre confrère constate une amélioration dans l'état physique et dans l'état mental de M. , qui sortait guéri après 14 mois de traitement.

Gilbert (obs. IV) se comporte comme un maniaque rémittent arrivant progressivement à la guérison. Au lieu de l'agitation que nous connaissons, il a, à un moment donné, une période de rémission que Ferrus décrit ainsi : « Aujourd'hui Gilbert se trouve dans un moment de rémission évidente. Ses pupilles sont plus dilatées (il fixe ses yeux sur les objets et les personnes qui se trouvent devant lui). Il ne parle plus seul, sa démarche est plus calme, plus régulière. Il répond assez juste à toutes les questions... ».

Neuf jours après, il était revenu à son premier état d'agitation ; celui-ci dure deux mois environ. Au bout de ce temps, « il s'opère dans l'état du malade un changement remarquable. Il perd insensiblement son air extraordinaire, ses yeux ne sont plus hagards; il les fixe sur les objets et les personnes qui l'environnent, et parle de ses antécédents avec assez de

calme et de suite. Il proteste de son innocence, demande des juges et un avocat pour s'entendre avec lui. Trois semaines plus tard, il était complètement bien et revenu à la raison.

La folie à délire systématisé peut, on le sait, rester comme figée pendant longtemps dans une de ses phases ; c'est ce qui peut arriver aussi chez le simulateur; Maumy (obs. XVIII), pendant trois ans, on s'en souvient, simule le même délire. Durant tout ce temps, il ne modifia celui-ci que sur un point et d'une façon pour ainsi dire insensible. A un moment donné, il n'invoque plus le Grand Génie qui le protège; le Grand Génie, c'est lui. C'est là encore une modification clinique que son esprit observateur lui avait fait saisir pendant un séjour qu'il avait fait à l'asile Sainte-Anne,

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