Chateaubriand et son groupe, t. II, p. 101-102, ea note
LES AITAQUES DE SAIKTE-BEUVE 3J
Puisqu'il plait à Sainte-Beuve de rapprocher ainsi deux mots de dates diverses et de les opposer Tun à l'autre, il aurait bien dû se souvenir de ce qu'il pensait lui-môme, en 1834, de certains endroits des Mémoires (T outre-tombe^ dont il venait d'entendre la lecture ? Par exemple, à propos de la généalogie des Chateaubriand, l'auteur s'excuse, tout en la publiant, et demande qu'on lui pardonne « d'avoir été contraint de s'abaisser à ces puériles récitations* ». Dans un article de la Revue des Deux Mondes^ non seulement Sainte-Beuve lui pardonnait, mais il le félicitait d'avoir consigné ces détails de famille, qui l'avaient beaucoup intéressé, lui, Sainte-Beuve! Or, plus tard, dans les Causeries du Lundi 3, il eut occasion de parler des mêmes pages, et il en parla bien différemment. 11 accusa nettement l'écrivain d'avoir cédé à une infaluation nobiliaire.
A ce moment-là, Chateaubriand dormait sur le rocher du Grand-Bey, dans sa sépulture hautaine. En 1834, au contraire, il était encore de ce monde, et il exerçait un véritable empire sur l'opinion. Par où l'on voit que, s'ils manquent parfois de persivérance, l'un et l'autre. Chateaubriand et Sainte- Beuve n'en manquent pas toujours de la mâme manière. Le premier injurie les puissants sur le trône et les honore quand ils ne sont plus. Il arrive au second de les flatter pendant leur vie, et de les attaquer après leur mort.