‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 92 sur 185 · Mémoires d'outre-tombe, t. II, p · texte numérisé non relu

Mémoires d'outre-tombe, t. II, p

i90 DOCTRINES RELIGIEUSES DE CHATEAUBRIAND

événements trente-cinq ans après, « et pourtant, que j'ai vite, je ne dis pas oublié, mais remplacé ce qui me fut cher ! » Et il blâme alors ces défaillances sans excuse, ces « infirmités volages », où, « pour exprimer nos affections récentes, nous ne pouvons employer que des mots déjà usés par nous dans nos anciens attachements ^ ».

L'aveu avait de quoi coûter, il est significatif. L'homme public n'est pas plus épargné que l'homme privé par ce témoin implacable, qui connaît les misères de Tun et de l'autre et qui les dit : « En politique, la chaleur de mes opinions n'a jamais excédé la longueur de mon discours ou de ma brochure 2. »

Singulière confidence vraiment ! On aime à croire qu'elle est mêlée de quelque calomnie. En tout cas, ce sont des mots de ce genre, c'est ce penchant à se mettre tout entier dans ces pages, qui ne doivent voir le jour qu'après sa mort, à dire de lui tout ce qu'il sait de bon et de mauvais, ce qui peut lui nuire dans l'estime aussi bien que ce qui est capable de le servir, c'est enfin cette série de renseignements et d'appréciations sur l'égoïsme de son cœur, l'orgueil de son caractère, le scepticisme de sa politique, qui ont fait regretter à quelques-uns de ses admirateurs qu'il ait jeté à tous les vents ces feuilles indiscrètes et sa bonne renommée avec elles ^ !

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