‹ La sincérité religieuse de ChateaubriandChapitre 91 sur 185 · chateaubriand et son groupe, 1. 1, p · texte numérisé non relu

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mesures, sans espérance dans la victoire comme sans confiance dans les chefs ; il tenait la défaite pour méritée, fatale et définitive. Il y a des illusions qui honorent la fidélité : il ne les connut pas. 11 regarda et vit la réalité froidement, telle qu'elle était, pire encore, et il ne se crut pas obligé à s*en taire par son passé et par son nom. Royaliste, par tradition, il attaqua la royauté avec la liberté d'un adversaire ou d'un indifférent. Il ne lui parut pas qu'il dût à sa renommée de faire l'apologie du parti politique qu'il représenta si longtemps.

On croirait plutôt qu'il mit de la coquetterie à en médire. Légitimiste dans sa conduite, républicain bien souvent dans les sentiments qu'il avoue à la postérité, il ne montre aucun souci de cette contradition, et il y a, sans doute, bien peu d'hommes qui se soient moins préoccupés de rester fidèles, dans leurs confidences posthumes, au personnage politique qu'ils jouèrent brillamment dans leur vie.

C'est donc une assertion étrange d'avancer qu'il mit son honneur à ne jamais démentir aucune de ses attitudes publiques : rien de plus nettement inexact. L'excès même des libertés qu'il a prises avec la Royauté relève singulièrement la persévérance de ses hommages envers la Religion. S'il n'avait pas cru à celle-ci plus qu'à celle-là, il l'aurait dit avec la même indépendance ; et comme au contraire sa foi s'est affirmée plus profonde et plus sereine à mesure qu'il se détachait davantage de tout le reste, il est impossible d'en révoquer en doute la sincérité : à lui seul, le royaliste oblige de croire au chrétien.

CARACTÈRE DE CHATEADBRIAND 189

D'autant que les témoignages qu'il donne de ses croyances ne se trouvent pas seulement dans les ouvrages qu'il a livrés au public. Ils sont tout aussi nombreux, et c'est là surtout que nous irons les recueillir, dans sa correspondance avec ses amis et dans ses Mémoires. Ils viennent de l'homme plus encore que de l'écrivain, et c'est l'homme véritablement qu'ils font connaître.

Car il est certain que, bien qu'il songe au lecteur, Chateaubriand ne cache pas plus ses idées dans ses Mémoires que dans ses lettres. 11 a écrit lui-même que c'était là seulement qu'il avait dit toute sa pensée. Il paraît avoir été rebelle à l'expansion, sauf sans doute dans ces premières années dont ses lettres et celles de ses amis nous ont laissé le charmant tableau. « Sincère et véridique, disait-il, je manque d'ouverture de cœur. Mon âme tend incessamment à se fermer ; je ne dis point une chose entière et je n'ai laissé passer ma vie complète que dans ces Mémoires ^ »

Et au cours de ces pages, en effet, il paraît parler sans réticences, sauf naturellement pour ce qui regarde ceux de ses secrets auxquels sont mêlés les secrets d'autrui. Une s'arrête même pas devant les révélations personnelles, qui lui font peu d'honneur.

Par exemple. M"*® de Beaumont étant morte à Rome, où elle était venue le rejoindre, il la pleura avec des larmes qui se promettaient d'être inconsolables. « Et pourtant», dit-il en revenant sur ces

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