VI. Conclusion
Insistons encore sur le devoir que nous avons à remplir et qui résulte de tout ce que nous avons dit. Chacun, d'abord, doit sauvegarder en lui-même, avec Taide de Dieu, le trésor de la Foi. Qu-e nos connaissances religieuses ne restent pas en retard sur Tensemble de notre formation intellectuelle! Apprenons à connaître notre religion de manière à pouvoir résister aux doutes -et aux difficultés! A notre époque, les idé'CS de toute sorte, bonnes ou mauvaises, et les mauvaises plus souvent que les bonnes, assaillent les intelligences par le livre, la revue, le pamphlet, le journal, la parole. Pour maintenir des convictions chrétiennes, il faut les asseoir solidement.
Ensuite il faut faire œuvre d'apostolat. La vocation de travailleur intellectuel impose des obligations sociales envers la Foi. De tout ce que l'homme est capable de connaître, rien n'est plus important ni plus élevé que les vérités religieuses. On peut assumer la tâche de les approfondir, de les exposer, de les défendre. C'est à proprement parler le travail du théologien ou de l'apologiste; mais il est hautement désirable que tous les catholiques capables par leur situation d'exercer une influence sur les idées, soient à même, à l'occasion, d'assumer ce rôle.
Il y a une autre méthode plus indirecte et non moins efficace de défendre la Vérité religieuse: elle est à la portée de tous les intellectuels catholiques. C'est d'affirmer hautement leur Foi et de se placer au premier rang par leur travail.— L'accord de la Science avec la Foi se
trouve ainsi affirmée par le fait. Cette démonstration est comprise par tous et elle est péremptoire. Grâce à Dieu, dans toutes les branches des connaissances humaines, il y a des savants distingués qui sont en môme temps des catholiques convaincus. Il en est ainsi dans notre patrie; il en est ainsi dans tous les pays civilisés. Les conquêtes de la Science ne contredisent donc pas les enseignements de la Foi.
Voilà ce qu'il faut proclamer et démontrer sans cesse, aujourd'hui plus que jamais. Le nombre des ouvriers intellectuels est immensément supérieur à ce qu'il a été à une époque quelconque du passé. Le progrès scientifique dans tous les domaines s'affirme et se poursuit sans relâche. De nouveaux points de vue, de nouveaux systèmes, de nouvelles découvertes surgissent à chaque pas. Il est impossible que les vérités religieuses ne soient pas enveloppées dans ce tourbillon d'idées. Parfois de nouvelles clartés les illuminent: il faut savoir en profiter; d'autres fois des ombres les menacent; il faut savoir les dissiper. Il faut apprendre à distinguer leur substance immuable d'avec une forme passagère et avec le calme qui convient aux convictions solides et la modestie qu'exige la faiblesse de notre esprit, montrer comment elles peuvent s'adapter aux idées nouvelles, lorsque celles-ci ont acquis une autorité qui les impose à l'attention. Voilà le travail indispensable et jamais achevé.
L'Eglise a des promesses d'immortalité et nous ne pouvons pas douter de son triomphe final; mais ces promesses divines ne nous garantissent pas que notre époque, que notre génération, que notre pays resteront dans leur ensemble ou dans leur majorité fidèles à la
Foi chrétienne. Certes, nous l'espérons; nous savons aussi que ce résultat dépend avant tout de la grâce divine et nous devons l'implorer; mais la grâce de Dieu, quoique prévenant nos efforts, n'obtient cependant en général son effet qu'avec notre coopération. Si celle-ci faisait défaut, si les catholiques ne déployaient pas sur le terrain des idées l'activité exigée par les circonstances, ne porteraient-ils pas en partie la responsabilité des défections qui pourraient se produire ?
Dieu me garde de diminuer l'importance des œuvres de charité, d'enseignement et d'organisation sociale, ou de ne pas estimer à sa juste valeur l'apologétique populaire quelle que soit sa forme, pourvu qu'elle soit sincère et exacte. Mais ce qu'il faut affirmer aussi,c'est la nécessité de l'apologétique supérieure qui s'adresse aux classes cultivées.
Les hommes sont conduits par les idées, et les idées descendent de l'élite intellectuelle dans les masses, lentement en général, mais constamment et sûrement. Des convictions qui ne seraient plus partagées que par le peuple seraient, hiunainement parlant, condamnées à disparaître et nous ne pouvons pas compter que Dieu fera des miracles pour suppléer à notre négligence.
Maintenons donc notre situation scientifique. Cultivons par l'étude nos croyances ; rendonsnous capables de les exposer et de les défendre d'une manière qui rassure les timides et s'impose à l'attention et à la réflexion de ceux qui ne pensent pas comme nous. En un mot : soyons les apôtres de la Vérité; il n'y a pas de rôle plus glorieux.
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