‹ La situation au Nord-OuestChapitre 3 sur 11 · CAUSES DIVERSES · texte numérisé non relu

CAUSES DIVERSES

Des esprits, hélas ! trop superficiels ou trop intéressés pour se livrer à un examen sérieux et impartial de nos difficultés, croient avoir satisfait à leur devoir de citoyens en s’écriant : “ c’est itiel qui est la cause de tout le mal, c’est lui qui a tout fait ; il a payé de sa tête, maintenant le pays est en sûreté.” Cette explication est tellement déraisonnable que, si elle était acceptée, nous pourrions nous attendre à de nouveaux troubles, dans un avenir prochain. Le récif sur lequel va se briser une embarcation n’est pas la seule cause de naufrage. Le mode de construction, la violence de la tempête, l’insuffisance ou la faiblesse de l’équipage, l’ignorance ou l’incurie des pilotes ; en un mot l’ensemble des circonstances dans lesquelles s’accomplit la navigation n’est pas étranger au désastre qui se produit sur un écueil. Quand bien même on ferait sauter le rocher, sur lequel vient de se briser VAlgoma, on ne mettrait pas pour cela la navigation du Lac Supérieur à l’abri de tout péril. C’est donc s’aveugler ou vouloir aveugler les autres, que de rejeter sur un seul, les causes des malheurs que nous déplorons tous.

A mes yeux, les responsabilités de nos désastres et de nos hontes sont multiples. Elles pèsent non-seulement sur les agents actifs du soulèvement et les administrations qui se sont succédées au pouvoir, mais aussi sur bien d’autres. Le peuple canadien et ceux qui le gouvernent, en acquérant les territoires du Nord- Ouest, n’ont pensé qu’à l’étendue et à la richesse des vastes domaines dont ils entraient en possession. Us n’ont pas compris la situation parcequ’ils ne savaient rien ou presque rien de ce qu’ils avaient besoin de connaître. Les incertitudes, les modifications, les contradictions, etc., etc., qui se trouvent dans les

statuts sont une preuve évidente de mon assertion. Un des plus graves inconvénients, c’est que les autorités, partageant les préjugés de provinces entières, ont pénétré dans le Nord-Ouest avec la défiance contre tous ceux qui s’y trouvaient ou le connaissaient. On s’est cru en possession d’un pays ordinaire, tandis qu’au contraire, on arrivait dans un pays entièrement inconnu.

Cette ignorance n’aurait pas été si complète si on avait voulu prêter une oreille attentive aux informations qui ont été données.

Des hommes distingués par leur caractère, leur position et leur expérience ont tenté, à maintes reprises, de donner des suggestions et des renseignements utiles ; on a presqu’invariablement repoussé tout ce qu’ils désiraient faire connaître. On n’a rien accepté en dehors des données fournies par les. documents, préparés dans les offices du gouvernement, et, je regrette de le dire, souvent ces informations auraient dû être les seules repoussées.

Page 1