‹ La situation au Nord-OuestChapitre 9 sur 11 · AUX CANADIENS-FRANÇAIS · texte numérisé non relu

AUX CANADIENS-FRANÇAIS

A mes nationaux je dirai : “ Soyons fidèles à notre histoire.”

On s’irrite de ce que non content d’avoir pendu Riel en réalité, on a voulu avant et après le pendre en eftigie. Je ne chercherai pas à pallier cet acte indigne. J’ai eu bien honte, quand à Winnipeg on a fait passer le lieutenant-gouverneur de la province et le général Middleton sous un échafaud de fantaisie, dressé à la place d’un arc de triomphe.

Le regret éprouvé dans cette circonstance n’a pas diminué celui que j’ai ressenti, quand j’ai appris qu’en mains endroits de la province de Québec, on avait dressé des échafauds et des bûchers, pour y simuler l’exécution d’hommes publics, dont on n’est pas obligé d’approuver tous les actes, mais auxquels on doit le respect que commandent les hautes positions qu’ils occupent.

Oh ! mes chers compatriotes, veuillez en croire ceux qui parmi nous pensent sérieusement! Des actes comme ceux que je viens d’indiquer ne peuvent pas grandir un peuple.

Encore une fois, recourez aux moyens constitutionnels tant que vous voudrez, mais n’imprimez pas à notre état social les commotions qui peuvent rendre la vie désagréable pour nous ou pour les autres. Nous sommes catholiques et, dans nos relations sociales, nous devons- nous rappeler ce qu’a dit lin homme illustre: ‘‘ l'Eglise Crtholique est la plus grande école du respect: ” respect pour l’autorité et pour ceux qui la représente, respect pour tous, même pour ceux qui ne comprennent pas l’obligation de ce devoir.

Dans le cercle rétréci d’une famille où il y a communauté entière d’idées, de sentiments, d’intérêts, on trouve hélas! beaucoup de divergences. Comment oser espérer que, dans un pays aussi vaste que le nôtre, où il y a une si grande différence de nationalités et multiplicité de province, comment espérer de pouvoir nous harmoniser, à moins que chacun soit prêt à faire la part de sacrifice qui peut être exigée de lui? Somme toute, nous devons en convenir, la Providence nous a fait un sort plus heureux que nous nous ne pouvions naturellement l’attendre.

Nos institutions ont de l’ampleur et de la souplesse ; l’atmosphère que nous respirons est en général pleine de liberté. Sans doute, tout autour de nous n’est pas perfection, mais rien ne s'oppose à ce que nous travaillons avec énergie ù ce perfectionnement, pourvu que nous ne dépassions pas les limites circonscrites par le devoir.

La majorité n’a aucun droit de nous opprimer, aussi quoique nous ne soyions que la minorité, tout le monde est frappé de la position que nous avons pu nous faire.

Défions-nous des exagérations, cléfions-nons d’un isolement qui, à un point de vue, pourrait nous flatter, mais qui certainement peut conduire à des conséquences que les vrais amis du pays ne pourraient que déplorer.

Veuillez, croire que ce que je dis ici coule d’une plume tenue par une. main tremblante d'émotion. C’est pour nous, isolés dans l’ extrême Nord-Ouest, que vous luttez dans la province de Québec ; c’est de vous, en maintes circonstances, que nous avons imploré secours et appui ; c’est encore au milieu de vous, que se trouve,, aujourd’hui mon si vénérable et si aimé collègue Mgr Grandin ; c’est à vous qu’il tend la main, en faveur des pauvres ruines de la Saskatchewan, et je sais que votre main généreuse n’est jamais fermée. C’est vous qui m’avez encouragé, honoré, soutenu par vos sympathies quand j’ai eu la douleur de traverser les plus éprouvés de ma carrière. Je comprends que vous aurez peut-être raison de me dire, qu’au lieu d’avoir l’air de donner une leçon, je devrais m’estimer trop heureux et me contenter de vous remercier.

Pardonnez-moi, mes amis, si j’ai trop pris les allures d’une vie passée dans l’extrême Nord’-Quest. Je puis me taire avec ceux que je ne connais pas ou dont je nie méfie mais je ne puis dissimuler, quand je parle à ceux que j’aime et en qui j’ai confiance. Puisque vous vous intéressez à Manitoba et au Nord-Ouest, j’ai la certitude que ce que je viens de dire, au lieu de vous blesser vous arrivera comme l’écho affaibli, mais sincère, d’une voix autorisée.

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