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La situation financiere de la Province de Quebec en 1889, discours

Eu proposant que la chambre se forme de nouveau eu comité général pour continuer l'examen des divers crédits inscrits au budget, il me sera bien permis, j'espère, de répondre aux critiques exagérées contenues dans le discours de l'honorable député de Montmorency en réponse à mon exposé sur la situation financière de la province. La tâche que j'ai à remplir est loin de m'être agréable, car je sais qu'il y a quelque chose de plus intéressant à entendre qu'un discours sur les finances, mais je ne puis laisser la critique de mon honorable ami sans réponse, ce qui pourrait indiquer aux yeux de quelques-uns une sorte de faiblesse de ma part et leur faire croire que je suis sans défense.

Je n'ai pas besoin d'avertir l'honorable député de Montmorency que, dans les remarques que je vais faire, ce n'est pas à sa personne, mais aux opinions qu'il a exprimées, que je m'attaquerai. Mais franchement, sa

critique est tellement fallacieuse, mal fondée en fait, de nature à tromper la Chambre et le pays sur la véritable situation financière et à nuire au crédit de la province que je me crois en droit de faire ressortir avec autant de force que possible les erreurs fondamentales sur lesquelles repose toute son argumentation.

Je dois dire que j'ai été vivement désappointé en l'entendant, l'autre jour, critiquer mon exposé budgétaire en termes aussi erronés, .l'avais droit de m' attendre, surtout de la part d'un homme qui prétend s'être dévoué spécialement à ce genre d'études, à une critique plus rationnelle, plus juste, et disons le mot, plus sérieuse. Au lieu de discuter comme un homme d'affaires, l'honorable député a échafaudé à grands frais tout un long raisonnement, non pour établir la vérité sflr la situation financière, mais uniquement pour arriver à une fin de parti, et pour discréditer des adversaires. Il a agencé ses chiffres, il est vrai, avec une certaine habileté, mais en ayant soin de les étayer sur des bases absolument fausses qu'il s'est appliqué à dissimuler au regard du publie. C'est une duperie adroitement fabriquée, mais ce n'est qu'une duperie, comme je n'aurai pas de peine à le démontrer.

L'honorable député a commencé par dire que j'étais pessimiste dans l'opposition et que je suis devenu optimiste ou, en d'autres termes, que je ne voyais que déficits et extravagances lorsque mes honorables amis de la gauche occupaient les banquettes du trésor, et que maintenant je vois tout sous de riantes couleurs. Que l'honorable député se rassure, ce n'est pas moi qui ai changé ; c'est la situation seule de nos finances qui s'est modifiée pour le mieux. Cette situation s'est considérablement améliorée parceque le gouvernement nouveau, que le peuple s'est donné, a travaillé sérieusement à ramener l'ordre dans les finances et à faire prévaloir les vrais principes d'une énergique et saine administration. Quant à moi personnellement, je suis resté le même homme qu'autrefois, et si les choses allaient comme du temps de ceux que j'ai critiqués, je n'hésiterais pas à le dire avec la même franchise et à exhorter la Chambre à prendre les mesures propres à ramener la prospérité.

Pour ma part, je ne me contenterai pas de renvoyer à l'honorable député l'accusation d'inconséquence qu'il porte contre moi sans raison et qu'il n'a pu appuyer d'aucune preuve. A ses vagues et gratuites affirmations, je répondrai en faisant un retour sur son passé et en citant quelques-uns des discours qu'il a prononcés lorsque ses amis étaient au pouvoir, non pas pour le plaisir de l'humilier, — je dédaigne ces moyens-là — mais

pour permettre à la Chambre de mieux apprécier la futilité des arguments qu'il invoque aujourd'hui contre notre administration. Ce coup d'oeil rétrospectif formera la première partie de mes remarques.

Après avoir fait connaître quelles étaient les théories financières de mon honorable ami quand il était ministériel, je m'appliquerai à démontrer la fausseté et l'injustice de ses présentes critiques. Je le suiverai dans les moindres détails où il lui a plu de nous entraîner, car je tiens à ne pas laisser une seule de ses arguties sans réponse. Tout ce que je demande à la Chambre, c'est un peu de patience et d'attention.

L'honorable député de Montmorency se vante de n'avoir pas varié dans ses principes financiers eh passant de droite à gauche et de calculer dans l'opposition exactement de la même manière que lorsque ses amis politiques étaient au pouvoir

Cette déclaration de sa part pourrait avoir un certain succès, si nous n'avions sous les yeux, dans le Hansard, l'histoire politique et financière de l'honorable député tracée en caractères ineffaçables. Je vais commencer par établir, à l'aide de ses propres déclarations lorsqu'il était ministériel, quels étaient pour lui les vrais principes et les règles absolues de la bonne finance. Je n'entreprends pas ce travail pour le simple plaisir de mettre mon honorable ami en contradiction avec lui-même, mais pour éclairer la Chambre et le public sur l'inanité de ses belles protestations d'invariabilité et pour prouver que sa présente critique est absolument en désaccord avec les principes qu'il émettait lorsque ses amis étaient au pouvoir. Je démontrerai aussi que cette saine doctrine dont il fait un si grand étalage n'a jamais été pour lui qu'une matière excessivement élastique et malléable qu'il a toujours pliée aux circonstances. En d'autres termes, on verra que, s'il accordait à mon budget seulement la moitié de l'indulgence qu'il avait pour les trésoriers qui m'ont précédé, il me donnerait raison sur tous les points.

Je ne fatiguerai pas la Chambre de longues citations. Il me suffira de rappeler ses théories passées, en indiquant avec soin et précision la date, le volume et la page du Hansard, afin qu'on puisse vérifier les textes.

C'est en 1883 que l'honorable député a fait ses débuts comme financier. Il a voulu frapper un coup de maître, en suppléant à la qualité par

la quantité. S'il n'a pas réussi au point de vue de la clarté, personne ne pourra lui reprocher de ne pas avoir parlé assez longuement. Si je me rappelle bien, son premier discours financier n'a pas duré moins de trois longues séances de la Chambre. C'était bien assez pour éclairer la Chambre et le pays si l'une et l'autre n'étaient pas complètement aveugles. Malheureusement, vous vous en rappelez, monsieur l'Orateur, nous sommes tous sortis de cette longue démonstration beaucoup moins avancés que nous l'étions auparavant.

L'honorable député avait débuté sur un ton solennel, tout aussi solennel que celui qu'il a pris pour critiquer mon budget ; il nous avait appris qu'après avoir fait des études sérieuses, longues et patientes, après avoir lu des auteurs pour bien se pénétrer des grands principes financiers, il allait nous donner ses appréciations du passé, ses opinions sur le présent et ses prévisions pour l'avenir. (Voir Débats de 1883, p. 528.)

Il insistait ensuite, comme point de départ, sur la nécessité absolue de diviser les dépenses en ordinaires et extraordinaires: chose pour laquelle il me censure aujourd'hui.

Pour 18*75-76, il comptait comme dépense extraordinaire $16,000 pour les bureaux publics à Montréal, il lui fallait cela pour convertir le déficit d'alors en un surplus de $1,101.63. (Débats de 1883, p. 531). Aujourd'hui il prétend tout le contraire en refusant de 'reconnaître comme extraordinaires des dépenses plus légitinies encore que celles qu'il rangeait alors dans la catégorie des dépenses extraordinaires, pour l'unique raison qu'il lui faut cela pour convertir mon surplus en déficit.

Pour 1881-82, il affirmait qu'une somme de $10,000 pour édifices permanents de l'exposition à Montréal, n'étant pas une dépense annuelle, ne devait pas figurer comme dépense ordinaire ; de même il éliminait des dépenses ordinaires une somme de $10,000 prêtée aux PP. PP. Trappistes. (Débats de 1883, pp. 534-535.) Ce calcul lui était nécessaire alors pour diminuer les déficits de ses amis. Aujourd'hui, pour faire croire à un déficit, il prêche précisément le contraire ; il veut absolument me forcer à compter comme dépense ordinaire un prêt de $10,000 pour l'asile des aliénés protestants et comme dépenses annuelles un fort montant de frais de construction qui sont d'une nature permanente.

Lorsque le gouvernement Chapleau faisait voter et payait $10,000 pour les incendiés de Québec, c'était, suivant l'honorable député, une

dépense spéciale, " un grand acte de charité, mais non une dépense annuelle du service public." (Débats de 1883, p. 534.) Mais quand nous donnons $5,000 pour les incendiés de Hull, qui sont portées aux dépenses ordinaires, l'honorable député n'en dit rien, car cela nuirait à sa cause.

Sa conti'adiction est trop flagrante sur la question des prêts pour que je ne le cite pas textuellement :

" En 1881-82, disait-il, dans son discours de 1883, le gouvernement a prêté la somme de |10,000 aux révérends pères Trappistes. On ne saurait sérieusement prétendre qu'un prêt est une dépense ordinaire qu'il faille compter pour connaître le montant des obligations annuelles de la province." (Débats de 1883, p. 535).

Mais aujourd'hui, voici ce qu'il dit à propos des $10,000 avancées à l'asile protestant, qui sont un prêt et non une dépense :

" Si l'honorable trésorier insiste que ces dépenses spéciales ne sont pas des dépenses ordinaires et ne doivent pas être comptées dans les déboursés de l'année, en établissant la balance des opérations de l'exercice, je lui répondrai que sa prétention n'est pas soutenable, et que d'ailleurs elle n'améliorerait pas sa position."

Peut-on se contredire plus carrément 1 Voilà l'espèce d'impartialité avec laquelle l'honorable député critique mon exposé.

Mon honorable ami ne veut pas que je compte comme recette ordinaire les $558,000 de taxes commerciales que j'ai perçues en $1887-88. Il prétend que la majeure partie de cette recette, étant composée d'arrérages, est imputable au capital. Cependant, quand en 1882 l'honorable M. "Wurtële comptait comme recette ordinaire les $551,146.83 de la dette de Montréal, qui était la perception d'un actif, l'honorable député de Montmorency l'a approuvé en disant que les recettes du fonds d'emprunt municipal, bien qu'étant des recettes d'actif, devant durer quelques années, celle-là devait être comptée comme recette ordinaire. Il ajoutait sur un ton doctoral, comme pour établir d'une mauière finale et sans appel la règle en pareille matière :

" Toute source de revenu annuel qui doit avoir une certaine durée peut avec beaucoup de plausibilité être considérée comme une ressource ordinaire." (Débats de 1883, p. 535.)

Or, en appliquant cette règle, il est clair que les recettes des taxes commerciales sont encore plus susceptibles de durée que celles du fonds

d'emprunt municipal, qu'elles sont des perceptions de revenu, tandis que les recettes du fonds d'emprunt municipal sont des perceptions d'actif. On le voit, mon honorable ami a complètement oublié la règle qu'il avait posée en 1883.

Après avoir dit en 1885 :

" Si vous retranchez du revenu ordinaire d'un exercice les recettes du capital, il est évident que, pour la même raison, il faut déduire des dépenses du même exercice les travaux imputables au capital." (Débats de 1885, p. 1088.)

Il cherche aujourd'hui à me fabriquer un déficit précisément en faisant le contraire de ce qu'il prêchait autrefois.

Voici quelques-unes des règles qu'il posait alors pour établir la distinction du budget ordinaire et extraordinaire.

Il considérait comme dépense extraordinaire les frais de construction, d'addition et de parachèvement des édifices publics, (voir Débats 1883, p. 529), et cependant aujourd'hui il me refuse ce privilège pour un fort montant de frais de construction, d'addition et de parachèvement.

Non seulement il comptait comme recette ordinaire en 1881-82 les $554,146.83 reçues de la cité de Montréal, qui étaient la perception d'un actif' mais encore les sommes suivantes :

Remboursements $12,000

Prêt aux incendiés 1,160

Fonds en fidéi-commis (dépôts remboursables à demande) 25,327

Ce qui, ajouté aux $554,146.00, faisait un total de $592,633 de recettes qu'il inscrit au budget ordinaire sans le moindre scrupule, tandis qu'aujourd'hui il me refuse ce privilège pour des recettes beaucoup plus imputables au budget ordinaire que les recettes d'actif, les remboursements et les fiducies.

Lui qui me reproche de ne pas inscrire dans le budget ordinaire de l'année certaines dépenses spéciales appartenant, comme arrérages, à l'exercice précédent, voici les calculs qu'il faisait en 1885 à propos de l'exercice 1883-84 :

" De $118,072.65 retranchons les 174,398. 56 de l'augmentation du service de la dette, et il reste une balance de $43,674,09. Mais il ne faut pas oublier que, pendant l'année 1883-84, nous avons fait des dépenses spéciales et tout à fait imprévues. L'incendie de l'ancien palais Législatif nous a obligés de payer $15,000 pour la bibliothèque, et $28,032 pour le logement temporaire de la Législature. La province a contribué $15,000 aux frais de construction d'une salle de manœuvres à Québec. Le ministère des terres de la Couronne a payé, en 1883-84* la somme de $14,549.49 pour les dépenses faites en 1882-83. Il est évident que pour faire une comparaison exacte entre les dépenses des deux exercices, il faut ajouter ces $14,549.49 à celles de 1882-83, et les déduire de celles de 1683-84: soit un écart de $29,098.98. Ces différentes sommes de dépenses spéciales et imprévues s'élèvent au montant de $87,130.98, et excèdent de $43,456.89 la balance de l'augmentation des dépenses de 1883-84 comparées à celles de 1882-83, déduction faite de l'accroissement dans le service de là dette. Il ressort donc de ces chiffres qu'en réalité il y a eu, l'année dernière, une diminution de $43,456.89 dans les frais du service ordinaire de la province, comparés à ceux de l'exercice précédent." (Débats 1885, p. 1062.

Il se gardait bien alors de faire entrer dans ses tableaux comparatifs l'augmentation du service de la dette, et disait :

" L'intérêt de la dette, la somme appliqué? au rachat de nos obligations amortissables et les frais d'administration ne sont pas compris dans ce tableau, parce que ce ne sont pas des dépenses contrôlables." (Débats 1885, p. 1064).

Aujourd'hui, il garde le silence, dans tous ses calculs, quant aux augmentations d'intérêts et de frais d'amortissement et d'administration, dont nous ne sommes nullement responsables et qui sont inscrites à titre de dépenses ordinaires. Et cependant il ose déclarer qu'il calcule toujours à mon égard de la même manière que lorsque ses amis étaient au pouvoir.

Ce ne sont là que quelques-unes des variations du député de Montmorency sur la question des budgets ordinaires et extraordinaires. En voici maintenant quelques-unes sur l'augmentation des dépenses et de la

dette, sur la manière de chanffôx un surplus en déficit, etc.

Il fallait voir avec quel empressement l'honorable député engageait ses amis en 1883 à s'endetter, à jeter l'argent par les fenêtres, à accumuler les déficits, à construire des chemins de fer à grands frais, à y engouffrer des millions, sauf à les vendre ensuite à sacrifice comme on venait de le faire pour le chemin de 1er du Nord. Dépenser sans y regarder, s'endetter, c'était s'enrichir. Oh ! alors, il ne marchandait pas au gouvernement les subsides aux chemins de fer ; s'il avait fallu l'écouter ; on

aurait dépensé des milliards, on aurait hypothéqué la province entière pour cet objet. Qu'on relise son discotxrs de 1883, on y trouvera des pages entières sur ce ton.

Mais je ne saurais mieux rendre sa pensée qu'en faisant quelques citations :

" Je prétends, disait-il, avec la conviction de ne pas être sérieusement contredit, qu'il n'y a rien qui donne une idée plus exagérée, plus fausse, de la situation des finances d'un pays, que ces comparaisons des chiffres des dépenses publiques à des années et des années d'intervalle sans y ajouter les explications nécessaires pour bien faire comprendre combien tout a changé, tout s'est développé, tout a grandi, sous l'action bienfaisante et progressive de l'autorité gouvernementale, de l'exercice de la liberté et d'une grande pensée politique.

" Si vous comparez les budgets actuels des dépenses des grandes nations de l'Europe avec ce qu'ils étaient, il y a quinze, il y a vingt, trente ans, vous êtes étonnés des augmentations énormes que vous constatez. De un milliard six à sept cent millions de francs qu'il était en 1868 et 1869, le budget des dépenses ordinaires de la France est monté à près de trois milliards. Vers 1860, le budget d'Angleterre ne dépassait guère trois cent millions de piastres. Le voilà qui touche bientôt à quatre cent cinquante millions. Il les dépassera très probablement avant cinq ans. Les budgets de l'empire Allemand, de l'Autriche, de la Russie, de l'Italie, ont augmenté dans d'aussi grandes proportions. Sans doute que chacun de ces pays a dépensé bien des millions, depuis trente ans, pour la défense de son drapeau, de son territoire, de ses grands intérêts extérieurs. Mais il est aussi certain qu'une partie très considérable de l'augmentation de leurs dépensas annuelles a été causée par les nécessités d'un service public plus fortement constitué pour répondre aux besoins de peuples augmentant rapidement en nombre, en ressources, et en richesses agricoles, commerciales et industrielles. L'ère des chemins de fer a créé, dans tous les pays où l'on en a construit de vastes réseaux, l'ère des grands développements financiers, tant en dépenses qu'en recettes.

" La même cause a produit le même effet dans notre province. Loin de s'en étonner et d>' s'en alarmer, il faut s'en réjouir, parce que uous avons l'assurance que, proportionnellement, nous progressons pour le moins autant que les autres pays.

" Pour un, et je suis convaincu que la grande majorité de cette Chambre et des électeurs de cette province sont de mon opinion, je vois dans cette augmentation Tes causes de la plus vive satisfaction. Je constate avec uu véritable bonheur que, graduellement, depuis 1867, les ressources de notre trésor provincial ont permis à nos devanciers dans cette Chambre, comme elles nous permettent à nous-mêmes, de donner de plus en plus pour favoriser le progrès moral, intellectuel et matériel de notre peuple, la princi-

pale obligation de ses gouvernants et de ses députés. Nous avons dépensé beaucoup plus pour la colonisation, pour l'agriculture, pour l'instruction publique. Tout le monde doit en être pleinement satisfait, et en féliciter les gouvernements qui ont appliqué cette patriotique et sage politique, ainsi que les députés qui ont eu le courage de braver les vaines criailleries pour l'appuyer de leur parole et de leur vote.

" Non, non, ce n'est point là une voie funeste ; c'est, au contraire, la grande voie de la prospérité dans laquelle notre peuple, guidé par des hommes d'Etat éclairés, est résolument entré, et de laquelle il ne sortira pas, il ne voudra pas sortir, quoiqu'en disent ceux qui paraissent prendre plaisir à le décourager dans son persévérant effort pour asseoir ses destinées sur des bases larges et solides ! " (Débats 1883, pp. 569 10-11-12.)

Ainsi, en ce temps-là, il n'y avait pas d'exagération à comparer les grands pays d'Europe avec leurs millions de population et leurs fortunes colossales, à la jeune province de Québec. L'honorable député trouvait ridicule et anti-patriotique toute critique des dépenses. Il voyait dans l'augmentation de ces dépenses une cause " de la plus vive satisfaction. " Plus ses amis alors au pouvoir commettaient d'extravagances, plus ils vidaient le coffre public pour des objets qui n'avaient que de vagues rapports avec l'intérêt public, plus ils emplissaient son àrae d'un bonheur ineffable. Croirait-on que c'est le même homme qui est venu dans cette Chambre, l'autre jour, jeter des cris de détresse parcequa, pour augmenter le revenu de $800,000 de plus qu'en 1886, nous avons dû dépenser un peu plus que le gouvernement lioss dans sa dernière année d'administration ?

Ecoutons-le maintenant sur le chapitre de la dette :

" Une dette publique, contractée pour de grands travaux d'intérêt général, n'est pas un fardeau ni une cause d'appauvrissement pour un pays. C'est au contraire un des plus efficaces et des plus puissants moyens de développer ses ressources naturelles et d'augmenter sa richesse nationale. Nous en avons chez nous la plus forte preuve que nous puissions désirer dans le succès des grandes améliorations publiques que le gouvernement de l'ancienne province du Canada, et le gouvernement fédéral depuis l'union, ont exécutées avec une patriotique énergie. Voulez-vous aller en chercher d'autres preuves dans la république voisine qui,- du moins sous le rapport de l'activité, de l'intelligence des affaires et du progrès matériel, nous offre tant de si bons exemples, vous en trouverez en abondance dans les livres de la statistique américaine. Presque tous les états de l'Union ont des dettes, et les plus riches, les plus prospères, sont ail nombre des plus endettés." (Débats 1883, p. 597.)

C'était alors l'opinion de l'honorable député que, plus on s'endette, plus on s'enrichit. Aujourd'hui il est dans l'épouvante parce que nous

avons consolidé l'énorme dette flottante que nous ont léguée nos prédécesseurs. Assurément, le député de Montmorency n'est pas sérieux quand il vante l'invariabilité de ses principes. Je pourrais lui dire comme il disait en 1888 :

" Que l'on cesse donc ce déplorable système de toujours remplir l'air de craintes vagues, ridicules, absurdes. Que l'on cesse donc d'ahurir le peuple avec ces extravagantes prédictions de ruines, de malheurs, de désastres." (Débats de 1883, p. 599.)

Voilà comment mon contradicteur entendait guider ses amis quand ils étaient au pouvoir. Les dépenses, les dettes n'étaient alors rien à ses yeux, dès que ces augmentations étaient faites par le gouvernement qu'il appuyait. En 1885, il était encore de la même opinion :

" Il n'y a donc pas de raison, disait-il, de censurer les gouvernements conservateurs pour une augmentation de dépenses entièrement dans l'intérêt public bien compris." (Débats 1885. p. 1085.)

C'est seulement depuis que ses adversaires gouvernent qu'il a changé soudainement d'avis.

Dans son fameux discours de 1883, où il y a de tout, je trouve l'observation suivante :

" L'emprunt de $3,000,000, autorisé à la dernière session, et celui de $500,000 que cette Législature va permettre sont pour rencontrer autant d'obligations qui forment partie du passif de la province. Par conséquent, la dette provinciale n'est pas augmentée d'une seule piastre." (Débats de Ja Législature, 1883, p. 1214.)

.Si mou honorable ami était franc et sincère, il dirait aujourd'hui :

" L'emprunt de $3,500,000 contracté en 1881 était pour rencontrer un égal montant de dette flottante et d'obligations léguées au nouveau gouvernement par ses prédécesseurs, et formant déjà partie du passif. Par conséquent la dette provinciale n'est pas augmentée d'une seule piastre."

Au lieu de cela, l'honorable député crie à tue-tête que nous avons augmenté la dette dans des proportions alarmantes en consolidant la dette -flottante de ses amis.

De même, au lieu de critiquer notre empruut. l'honorable député serait plus sage en nous appliquant les paroles qu'il adressait en 1883 à cette Chambre :

" M. le président, le sous-amendement de l'honorable député d'Hoehblaga est tout-à-fait inadmissible. Il est incontestable qu'il est mieux de consolider la dette de la province. Il faut que cette consolidation soit entière. Les inconvénients d'une dette flottante sont admis de tout le monde. Je crois qu'il est dans l'intérêt de la province que les $500,000 du nouvel emprunt lassent partie de la dette consolidée." (Débats 1883, p. 1231.)

Et à la page suivante :

" Quant à la dette de la province, la politique évidemment lapins sage à suivre, c'est de la consolider et ensuite de la payer graduellement par les versements annuels à la caisse de l'amortissement et par le rachat." (Débats de 1883, p. 1232.)

Encore à propos de la dette, l'honorable député a aujourd'ui une manière de l'évaluer bien différente de celle qu'il avait adoptée pour ses amis. Dans son discours de 1884, il a longuement appuyé sur l'erreur de compter comme dette actuellement contractée la balance des subventions aux chemins de fer. (Voir Débats de 1884, pp. 1049 à 1053). En 1885, il y revenait encore en ces termes :

" J'ai expliqué, l'année dernière, que la dette publique ne se composait que de ce qui était actuellement dû le jour même où on en calculait le montant. D'après cette méthode, qui est d'une grande exactitude

financière, également adoptée à Ottawa, à Toronto et ailleurs " etc., etc.

(Débats de 1885, p. 10Ï5.)

Il est fâcheux que cette idée fixe, qui le fatiguait tant quand cela pouvait être utile à ses amis, l'ait soudainement quitté dès qu'il s'est agi de notre gouvernement. Ainsi aujourd'hui, ce financier si délicat sur l'injustice de ces sortes d'anticipations ne se gêne aucunement de porter à notre charge, non seulement des dettes créées par ses amis, mais aussi des obligations futures dont une partie ne sera peut-être jamais due.

Quant à la consolidation de notre dette flottante et à la conversion de notre dette fondée, ces choses n'ont pas toujours été ttn objet d'horreur pour le député de Montmorency ; seulement, il ne prévoyait pas que nous pourrions avant vingt ans 'voir l'argent à 4 p. c. Voici ce qu'il en disait da7is son discours de 1885 :

" Si dans une vingtaine d'années le crédit de la province est tel qixVlle puisse emprunter à 4 o/o, rien n'empêcherait de renouveler à ce taux, soit par la conversion, soit par un autre emprunt, les obligations que le capital du prix de vente dit chemin de fer du "\rord doit amortir en vertu

de la loi, si les compagnies qui nous doivent voulaient coutinuer à nous payer un intérêt de 5 o/o. Le placement à Ottawa et le prix de vente du chemin de fer du Nord forment un montant de $12,600,000 en chiffres ronds. Cette romme nous donnant un intérêt de 5 o/o, la conversion d'un égal montant de la dette de 5 à 4 o/o ferait gagner $126,000 à la province annuellement. Cette épargne annuelle et ses intérêts composés, appliqués à l'amortissement de la dette ainsi convertie, la rachèteraient rapidement. La province resterait avec son capital et le revenu régulier qu'elle en recevrait." (Débats, 1885, p. 1074.)

Dans son discours de 1883, l'honorable député disait encore :

" Ne tenir compte que des augmentations des dépenses d'une période de plusieurs années sans s'occuper des développements du revenu, ce n'est certainement pas le moyen de se bien renseigner sur la situation finan-' cière d'un pays." (Débats. 1883, p. 574).

Aujourd'hui, mon honorable ami a oublié tout cela ; il prétendjuger la situation seulement en se plaçant au point de vue de l'augmentation des dépenses, qui ne lui faisait pas peur autrefois pourtant ; mais il évite avec soin de parler de l'augmentation du revenu, qui dépasse de beaucoup celle des dépenses. Voilà l'impartialité dont il est capable.

L'augmentation des dépenses l'effrayait si peu quand ses amis gouvernaient qu'il ne cessait de les y exhorter. Eu 1883, il prêchait de nouvelles dépenses de tous les côtés, pour la colonisation, l'agriculture, l'instruction publique ; on peut lire ces appels chaleureux daus les Débats de 1883, p. 601.

Lui qui autrefois était si généreux en paroles pour l'agriculture et la colonisation critique aujourd'hui l'administration pour avoir fait la dépense d'un ministère spécial d'Agriculture et de Colonisation.

Sur la question des surplus et déficits, mêmes variations.

A la page 547 des Débats de 1883, l'honorable député lait, avec les accents de la plus profonde conviction — et la Chambre sait comme il a la profonde conviction facile — l'éloge li de la politique habile, ferme, progressive, prudent^ et économique " des gouvernements Chapleauet M.ousseau, et déclare que l'ère des déficits est terminée. Or, l'exsrcice au cours duquel il parlait se soldait par un déficit de trois à quatre cent mille piastres. Il appelait cela " un budget en équilibre."

Aujourd'hui, il nous reproche d'engager le crédit de la province, il ne voit que dangers et ruiue dans notre manière d'administrer la chose

publique, dans notre politique de progrès. Mais lorsque chaque année les opérations du Trésor se soldaient par un déficit variant de trois à quatre cent mille piastres, quelquefois de cinq ou six cent mille piastres, l'honorable député prêchait-il la prudence, avertissait-il ses amis qu'ils conduisaient la province à la ruine ? Oh ! non, monsieur l'orateur ; il voyait tout en rose, il entonnait une hymne de gloire pour les hommes qui ont créé une dette non pas de quelques millions, mais d'audelà de vingt millions. Il ne voyait pas alors le moindre danger. Ces messieurs, qui accumulaient déficits sur déficits, qui augmentaient d'autant la dette tous les ans, c'étaient des gens prudents, ayant " une politique sage, ferme, habile, progressive, prudente et économique " pour me servir de ses propres expressions. Permettez-moi de relire ici le tableau riant qu'il faisait en 1883. (Voir Débats, pp. 559-560.)

" Il sera toujours à l'honneur des gouvernements conservateurs qui ont administré les affaires publiques de cette province depuis 186*7, d'avoir su apprécier le vrai caractère national de la tâche qui leur incombait. Ils ont compris qu'ils devaient répondre aux grandes idées de progrès, aux fécondes aspirations qui ont eu cours dans la province depuis l'union. Refuser de sortir des limites restreintes du budget provincial des dépenses, telli-s que tracées, pour le début, par les auteurs de la confédération, sous le futile prétexte d'une économie mal entendue, c'eût été manquer à un devoir sacré, se montrer indigne de sou rôle d'homme d'Etat, et comprimer l'élan vers la prospérité qui se manifestait avec énergie jusqu'aux extrémités de la province. Le parti conservateur, chargé de nos destinées, n'a pas commis cette faute capitale. Il a été à la hauteur de sa position, de sa responsabilité, de sa mission. La province voulait progresser ; il l'a secondée avec ardeur, mais avec prévoyance et avec discernement, dans son travail, dans ses constants et patriotiques efforts. Les gouvernements conservateurs, comme la province elle-même, ont compris qu'il nous fallait lutter d'énergie avec les autres membres de l'Union, pour ne pas rétrograder et perdre graduellement la position influente et avancée que nous occupions. Rester stationnaires pendant que les autres auraient marché rapidement, c'eût été se vouer à un isolement fatal dans un avenir prochain. Etre inactifs par crainte des responsabilités financières, lorsque partout, autour de nous, le travail et le capital, u:iis dans une même œuvre de progrès, eussent accompli des prodiges, c'eût été donner raison de nous accuser de ne rien vouloir faire pour contribuer au développement du pays dans lequel nous jouissons des plus grandes, des plus belles et des plus chères libertés."

C'est le même homme qui aujourd'hui veut nous " refuser de sortir des limites restreintes du budget provincial des dépenses," nous imposer "une économie mal entendue," qui nous reproche de " répondre aux grandes idées de progrès, aux fécondes aspirations qui ont cours dans la province.'"

En 1883, " c'eût été manquer à un devoir sacré, se montrer indigne de son rôle d'homme d'Etat, que de comprimer l'élan vers la prospérité qui se manifeste avec énergie." Aujourd'hui, notre politique large et généreuse est un danger public. " La faute capitale " a changé de place en même temps que l'honorable député a changé de siège à la Chambre. En 1883 il ne fallait pas " être inactif par crainte des responsabilités financières " : l'honorable député ne voyait alors aucun danger à ce que la province s'endettât ; l'accumulation d'une dette énorme, des déficits, l'insuffisance des revenus ne lui causaient aucune inquiétude ; il ne tenait aucun compte de l'augmentation des dépenses ; il n'éprouvait aucune alarme pour l'avenir ; c'est qu'alors ses amis étaient au pouvoir. Mais aujourd'hui que ce sont ses adversaires, comme il change de ton ! Plus de politique de progrès, plus d'avancement. Il nous accuse d'augmenter la dette, et cependant pourquoi cette augmentation, sinon pour payer les dett • nue ses amis nous ont léguées et pour donner à la province cette politique de progrès dont il faisait un si bel éloge en 1883 ?

Loin d'être d'accord avec lui-même, l'honorable député ne l'était même pas avec ses amis. Lorsque l'honorable M. Wurtële, alors trésorier en 1883, admettait franchement un déficit de $213,156 pour 1881-82 (Débats 1883, p. 392) ; pendant que l'honorable M. Robertson fixait le déficit pour le même exercice à $596,000, (Débats de 1883, p. 730), l'honorable député de Montmorency, lui, affirmait que le déficit de 1881-82 n'était que de $58,957. (Débats de 1883, p. 536). Or, nous avons aujourd'hui la preuve que le déficit réel, d'après le tabï >au publié à la fin des comptes publics, a été de $208,000. Et c'est ce savant mathématicien, qui possède le monox oie de la précision, qui a entrepris de démontrer que le surplus de $373,196 pour 1887-88 n'existe pas, mais qu'au contraire il y a eu un déficit considérable. Avec l'élasticité de principes de mon honorable ami, on peut entreprendre de démontrer 1> s choses les plus invraisemblables. Il s'entend aussi bien à fabriquer des déficits qu'il réussissait autrefois à confectionner des surplus, quand la p. >vince s'endettait tous les ans pour faire face aux dépenses courantes.

Encore une fois, ce n'est pas à seule fin d'humilier le député de Montmorency, que je lui rappelle des erreurs aussi capitales, mais afin d'édifier la Chambre sur la véritable nature de ses prétendus prinçip 's, qui ne sont autre chose que les opinions excessives d'un partisan outré, adulateur et plus ministériel que les ministres quand ses nis sont au pouvoir, frondeur et intolérant à l'extrême pour tout ce qui vient de ses adver-

saires. Du côté ministériel, tout lui apparaissait sous un jour favorable ; il n'avait alors aucune inquiétude pour l'avenir de la province. Tout lui semblait légitime, accumulation éuorme de la dette publique, insuffisance de revenu, déficits successifs ; il trouvait excuse à tout, comme aujourd'hui il trouve des griefs imaginaires dans tout ce que nous faisons.

Les millions y passaient, mais cela ne lui causait pas la moindre' alarme, car c'était lui qui les dépensait avec ses amis ; c'était à ses yeux la chose la plus naturelle du monde ; et il faisait des discours interminable!;; pour démontrer, par tous les sophismes imaginables, que l'opposition avait tort d'exprimer des doutes sur la légitimité d'une telle politique.

Pour faire croire qu'il était convaincu, il allait jusqu'à citer les auteurs. C'est ainsi qu'en 1885, (Voir Débats, p. 10Ï7), il invoquait un passage du traité de M. Leroy Beaulieu sur la science des finances, pour démontrer l'inanité d'une politique d'économie. Voilà ce passage de l'économiste français.

•' Dans ces circonstances la dette publique peut être considérée comma " n'existant pas, puisque l'état a un actif disponible et réalisable qui lui " est supérieur. Cette bonne fortune n'écheoit guère qu'aux pays neufs, " dont le territoire n'est pas complètement occupé, ou bien encore aux " contrées qui n'ont contracté des dettes que pour les travaux publics."

" Notre province, ajoutait l'honorable député de Montmorency, est précisément dans cette situation qui fait dire à cet économiste dont l'autorité est incontestable, " que la dette publique peut être considérée comme n'existant pas." Nous avons un pays neuf dont une vaste étendue du territoire n'est pas occupée. Sans compter les sommes qui nous sont dues, nous avons dans notre magnifique domaine public un actif disponible et réalisable bien supérieur au montant de notre dette provinciale," etc., etc.

Et c'est ce même homme qui prétendait en 1885 que la dette devait être considérée comme n'existant pas, qui en 1889 cherche à ameuter le pays contre nous à propos d'une dette que nous n'avons pas créée et dont nous ne sommes pas responsables ! Ce trait peint assez l'élasticité de principes de mon critique pour que je n'aie pas besoin d'insister davantage sur ses variations sans nombre.

Je viens de démontrer, dans la première partie de ma réponse, de quelle manière procédait l'honorable député de Montmorency pour faire disparaître les déficits qui se produisaient alors et cacher la véritable situation financière. Nous allons maintenant voir que sa manière de calculer, aujourd'hui qu'il est dans l'opposition, n'est plus du tout la même qu'autrefois quand il siégeait du côté ministériel.

L'honorable député débute sur le ton solennel qu'il sait prendre au besoin, en disant que " ses amis lui ont confié la tâche " de critiquer mon exposé financier, et en nous avertissant qu'il va accomplir cette tâche » avec toute la sincérité possible et avec une haute idée du devoir qu'il s'impose de ne traiter le grave sujet en débat qu'au seul point de vue des véritables intérêts publics." Malheureusement, ces belles protestations de sincérité et de véracité sont dans sa bouche de simples précautions oratoires. S'il pose ainsi dès le début pour la précision et la certitude, c'est simplement pour jeter de suite des doutes sur la compétence de celui qu'il a accepté la tâche de contredire. S'il parle avec une aussi imposante assurance, c'est afin de créer l'impression que lui seul est en état de traiter un tel sujet avec connaissance de cause.

Seulement, malgré son apparente véracité, il n'est pas assez habile pour faire durer l'illusion. A peine entre-t-il en matière et procède-t-il à établir ce qui, selon lui, est la véritable situation financière, on s'aperçoit bientôt qu'il ne s'est fait mon critique que parce que ses amis lui ont confié cette tâche, et que c'est un rôle qu'il a accepté et qu'il joue de son mieux, tant son système de comptabilité est erroné et, par suite, faux dans ses conséquences.

Pour accomplir sa tâche, il est en effet obligé d'élever, laborieusement, tout un échafaudage de chiffres illusoires et fallacieux agencés de manière à mystifier le peuple au lieu de l'éclairer sur l'état réel des finances. Il sait fort bien que la majorité des électeurs n'est pas en état de vérifier par elle-même l'exactitude de ses calculs ; aussi ne garde-t-il aucun ménagement, comptant sur l'état de doute et d'incertitude qui devra nécessairement résulter, dans l'esprit populaire, du conflit de deux affirmations contraires.

Ne pouvant m'attaqner directement, il procède par voie d'insinua-

tions, donnant à entendre que j'ai bien changé de ton depuis que je ne suis plus dans l'opposition, que j'avais alors l'habitude de peindre la situation sous les couleurs les plus sombres " Aujourd'hui il est optimiste, dit-il en parlant de moi, et une assurance bien peu fondée a succédé aux alarmes d'autrefois." Je suis vraiment surpris d'entendre l'honorable député s'exprimer ainsi, car il sait fort bien qu'en tout temps je n'ai fait qu'exprimer les mêmes vues que ses chefs les trésoriers d'alors, lorsque ceux-ci déclaraient que la situation était tendue, critique, que les déficits annuels, entre recettes et dépenses, se chiffraient par sommes variant de $400,000 à $500,000. Voilà ce que disait l'honorable M. Wtirtele, en 1882 et en 1883, lorsqu'il était au trésor ; c'est aussi ce qu'a déclaré l'honorable M. Robertson, qui a occupé la charge de trésorier pendant tant d'années. En 1883 et 1884, que disait ce dernier ? Que la situation était des plus tendues et que depuis plusieurs années les déficits, entre recettes et dépenses ordinaires, étaient de $300,000 à $500,000 par année. On peut aisément vérifier ces déclarations en consultant les discours de ces honorables messieurs consignés au Hansard de cette époque. D'ailleurs les journaux conservateurs du temps ont fait les mêmes déclarations.

J'avais donc raison de peindre en ce temps-là la situation sous les couleurs les plus sombres, puisqu'elle était réellement mauvaise, de l'aveu même de nos adversaires. Quand je tenais ce langage, disais-je la vérité, oui ou non ? Quand je parlais de déficits, parlais-je de quelque chose qui existait, oui ou non ? Il est constaté aujourd'hui d'une manière authentique et admis de tout le monde que nous avons accumulé de 18*75 à 1887 une somme énorme de déficits, dépassant le chiffre de $3,300,000.

L'honorable député a tort de se servir contre moi d'un tel argument, car c'est lui qui était dans l'erreur à l'époque dont il parle, et non moi.

Je crois avoir suffisamment démontré la fausseté de cette première insinuation. Passons à la seconde.

2me Fausseté

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