L'ANNÉE
Le député de Montmorency la formule en ces termes :
" L'honorable trésorier prétend qu'il y a eu un surplus de $3*73,196.03 pour l'exercice terminé le trente juin 1888. Je vais démontrer qu'au contraire il y a eu un déficit très considérable. Mais voyons, en premier lieu,
combien son calcul diffère de ses prévisions anciennes seulement de quelques mois. Dans- son discours sur le budget, à la dernière session, l'hono rable trésorier, qui avait déposé sur le bureau de la chambre un état des recettes et des paiements jusqu'au 1er Avril, nous disait :
" Il suffit de jeter un coup d'œil sur cet état pour voir de suite que les " recettes excéderont les dépenses d'un montant assez considérable. Je " parle des opérations ordinaires. Le 1er avril les recettes ordinaires s'éle- " vaient à $3,024,981.65 et les dépenses ordinaires à $2,259,960.14, ce qui " faisait un surplus de $765,021.51. Il est probable que le surplus de la " fin de l'exercice ne sera pas diminué d'une manière bien sensible, si nous " réalisons toutes les recettes sur lesquelles nous comptons. "
" C'était donc, d'après l'honorable trésorier, un surplus de trois quarts de million de piastres que nous avions en perspective.
" A l'ouverture de la session, le ministère nous faisait dire dans le discours du trône ce qui suit :
" Les comptes publics pour l'année fiscale terminée le 30 juin dernier, " vous seront soumis sans retard, ainsi que le budget supplémentaire de " cette année et celui de l'année fiscale 1889-90. Vous verrez avec satis- " faction que les espérances manifestées au sujet d'un surplus considérable " pour l'année dernière (1887-1888) ont été réalisées, et que les dépenses " ordinaires sont faites avec toute l'économie possible. "
" Ces comptes publics de 1887-88 nous les avons, et ils nous font connaître un état de choses bien différent de celui qui nous avait été promis. L'honorable trésorier lui-même a été dans la pénible obligation d'en rabattre beaucoup de ses prétentions, lorsqu'il a dû, dans le discours que nous venons d'entendre, comparer la réalité des faits avec les illusions qu'il s'est efforcé, mais en vain, de nous faire partager.
" Au lieu des trois quarts de million espérés, promis, l'honorable trésorier est obligé d'admettre que son prétendu surplus a subi une rapide progression descendante, et que, tous comptes tirés, il s'est trouvé réduit à $373,196.03. Etablissons la différence :
Surplus promis $750,000
Montant calculé 373,196
Diminution $376,864
" Il y a là une différence assez sensible, un écart de près de quatre cent mille piastres. Je ne conçois pas que l'honorable trésorier ait pu tant se tromper dans ses prévisions. Quand il nous promettait un surplus de trois quarts de million, nous touchions à la fin de l'année financière. Nous étions au quatorze de juin dernier. Il ne restait plus que seize jours pour terminer l'exercice
" L'honorable trésorier, qui est à la source même de tous les renseignements officiels, devait certainement être en mesure de calculer, à quelques milliers de piastres près, le résultat des opérations de l'année. Qu'il se soit trompé au montant, relativement énorme pour notre budget, de près de quatre cent mille piastres, cela ne prouve pas la sûreté et la justesse de ses prévisions, et est bien de nature à décider la chambre à n'accepter celles qu'il a faites pour l'avenir que sous bénéfice d'inventaire. "
Kien d'injuste et de futile comme cette exploitation de mes paroles. Mais puisque mon contradicteur s'arrête à d'aussi petits moyens, je ne lui en laisserai certainement pas le bénéfice, car je tiens à le réfuter sur tous les points. 11 me suffira de citer textuellement et complètement ce que j'ai dit au sujet de ce prétendu surplus de trois quarts de million, pour démontrer que mes remarques ne pouvaient avoir le sens et la portée que mon honorable ami veut à tout prix y voir.
Je me suis exprimé ainsi l'an dernier en parlant de l'exercice 188*7-88, alors en cours :
" On comprendra facilement qu'il m'est impossible d'indiquer d'une manière précise le résultat des opérations de cet exercice, avant qu'il ne soit terminé. Les recettes et les dépenses accuseront, comparativement à mes estimations, des variations qui se comprennent facilement. Tout ce qu'il est possible de faire pour le moment, c'est d'examiner un peu l'état des recettes et des paiements jusqu'au 1er avril et d'en tirer certaines conclusions.
" Il suffit de jeter un coup d'oeil sur cet état pour voir de suite que les recettes excéderont les dépenses d'un montant assez considérable. Je parle des opérations ordinaires. Le 1er avril, les recettes ordinaires s'élevaient à $3,024,981.65 et les dépenses à #2,259,960.14, ce qui faisait un surplus de $765,021.51. Il est probable que le surplus de la fin de l'exercice ne sera pas diminué d'une manière bien sensible, si nous réalisons toutes les recettes sur lesquelles nous comptons."
Voilà tout ce que j'ai dit du prétendu surplus de #765,021.51. C'est bien différent du langage que me prête l'honorable député. Il suffit de lire ittentivement la première et la dernière phrase du deuxième paragraphe pour se convaincre que je n'ai pas voulu donner à entendre que le surplus serait de #765,021.51. " Il suffit de jeter un coup d'œil sur cet état pour voir de suite que ces recettes excéderont les dépenses d'un montant assez considérable, " et plus loin : " Il est probable que le surplus de la fin de V exercice ne sera pas diminué d'une manière bien sensible, si nous réalisons toutes les recettes que nous comptons. " Dans ces deux phrases il est
question de deux choses bien distinctes ; l'excès apparent de recettes du 1er avril qui était de $'765.021.65, et le siirplus de la fin de l'exercice. L'honorable député n'est pas sérieux quand il veut me mettre dans la bouche ce que je n'ai pas dit, ce que je n'ai pas pu vouloir dire ; s'il a fait des études sérieuses sur les finances de la province, il doit fort bien savoir que le surplus qu'il m'accuse d'avoir annoncé n'était pas possible et qu'en prédisant un surplus assez considérable, je ne pouvais pas songer au chiffre énorme de f 765, 021.51.
Au 1er avril, les dépenses ordinaires s'élevaient à la somme de $2,259,- 960.14, et d'après mes estimés, y compris les budgets supplémentaires, ld total de la dépense ordinaire devait s'élever à $3,334,075.46. Je comptais, d'après mes estimés, sur un total de recettes ordinaires de $3,020,522.80, non compris $40,000 reçues du fonds des écoles communes en sus des $60,000 sur lesquelles je calculais lorsque j'ai fait mes estimés de recettes, non plus que $557,665.00 et une centaine de mille piastres d'augmentation sur d'autres services que je n'avais pas inclus dans les mêmes anticipations. Ces deux montants réunis, soit $597,665.00, ajoutés à $3,020,522.80, donnent un total de $3,718,187.80. Voilà quel était au 1er avril le montant de recettes sur lequel je pouvais compter en chiffres ronds. En déduisant de ce chiffre le total des dépenses ordinaires sus-mentionné, l'excédant réel de recettes était d'environ $384,000 en chiffres ronds. Voilà le surplus sur lequel je pouvais compter alors pour la fin de l'exercice, et non $765,021.51, tel que voudrait me le faire dire l'honorable député de Montmorency.
C'est le 15 juin 1888 que je parlais ainsi, et à cette date je savais assez parfaitement à quoi m'en tenir à ce sujet pour ne pas commettre une naïveté. Je pouvais dire assez approximativement quelle serait la balance probable des recettes qui me restait à percevoir du 1er avril au 30 juin ; le chiffre de la dépense m'était aussi familier, d'après l'état des estimés que j'avais donné à la chambre et les crédits votés. La chambre et le pays comprendront aisément qu'en prédisant un surplus assez considérable, je ne pouvais pas parler de trois quarts de million, et que l'honorable député de Montmorency veut tout simplement les mystifier en m'imputant un langage que je n'ai pas tenu et que je n'ai pas pu tenir. Pour atteindre son but, celui-ci est obligé de ne citer qu'une partie de mes paroles et de laisser de côté ce qui aurait tourné contre lui. Ce sont de ces moyens de discussion que dédaignent profondément les hommes honorables dans les affaires, dans la haute finance. Celui qui s'aviserait d'invoquer de pareilles futilités devant un tel auditoire serait considéré par ses collègues comme indigne de siéger à leurs côtés et passerait pour un hâbleur et un charlatan financier.
3me Fausseté