L'AUGMENTATION DU REVENU
l< Le gouvernement, dit-il, a-t-il soumis à la Chambre une politique financière pour augmenter le revenu de la province ? oui, mais il a imaginé deux projets qui menacent beaucoup d'aboutir à deux fiascos complets. Je veux parler delà conversion delà dette, et de l'augmentation du subside fédéral conformément a la résolution de la conférence interprovinciale. "
Il combat ces deux projets comme n'étant pas réalisables. Il fait de
longs calculs pour prouver quoi? qtie la conversion ne rapportera
pas d'une manière précise et exacte le montant mentionné par l'honorable premier ministre dans son discours au banquet du Club National. D'après ses calculs vrais et infaillibles, il conclut qu'il n'est pas possible d'opérer une conversion réellement avantageuse.
Ainsi, l'honorable député admet que nous avons soumis une politique financière pour augmenter le revenu de la province, mais il ajoute que deux de ces mesures menacent beaucoup d'aboutir à des fiascos complets : la conversion de la dette et l'augmentation du subside fédéral.
Ces deux projets ne rencontrent pas naturellement ses vues, pour la simple raison que ses amis n'eu n'ont pas l'initiative. Si ces mesures eussent origine de son côté de la Chambre, il tiendrait un tout autre langage qu'il tient aujourd'hui. Au lieu d'avoir recours à des arguments pour
prouver qu'elles n'atteindront pas le but que l'on se propose, il les trouverait excellentes. Il est impossible à l'honorable député de rester dans un juste milieu et d'accorder à des adversaires la part de mérite qui leur revient. Tout ce qui vient de la part de ses amis est parfait, mais c'est tout le c©ntrafcire lorsqu'il s'agit de ses adversaires, il voit tout en noir ; c'est alors, lui, le vrai pessimiste.
L'honorable député sur ces deux questions suit toujours sa tactique ordinaire, tâcher d'inspirer de la confiance à ceux qui l'entendent, en leur annonçant avec un air de sincérité qu'il a fait des études sérieuses sur le sujet en débat, et que ses calculs sur la questions sont vrais et inattaquables. Aujourd'hui on connait la valeur de ses affirmations à cet égard et l'on sait d'avance quelles seront ses conclusions, c'est-à-dire qu'elles sont toujours dans le sens qu'il désire leur donner, selon l'intérêt en jeu. S'il est favorable à une cause, qu'elle soit bonne ou mauvaise, il la trouvera bonne quand même, surtout si elle est de nature à favoriser son parti et ses intérêts.
Il dit que le gouvernement ne peut pas compter sur la conversion de la dette pour diminuer les dépenses.
Naturellement, comme il ne désire pas le succès de cette mesure, il a soin d'arranger ses calculs en conséquence.
Je suis familier avec les calculs qu'il nous a soumis, car j'en ai fait moi-même de semblables et bien d'autres dont il ne nous parle pas, car ils pourraient nuire à sa cause. Comme je n'ai pas l'intention de passer sous silence cette partie de sa démonstration, je suis obligé de la citer textuellement.
" La question est de savoir, dit-il, s'il y aurait quelques avantages financiers certains dans une semblable opération.
" Pour me former aussi sur ce sujet une opinion sûre, raisonnée et bien appuyée, j'ai fait quelques calculs que je crois réellement inattaquables, et j'en suis venu à la conclusion que, dans les conditions du marché, et avec la situation actuelle de nos titres, la conversion volontaire ne pourrait nous assurer quelques avantages immédiats, qu'en chargeant l'avenir prochain de bien plus lourdes obligations proportionnellement.
"C'est en faisant ces calculs que je me suis convaincu davantage combien le ministère s'était imprudemment lancé dans cette aventure de la conversion de la dette. L'honorable premier ministre qui voyait tout en
rose, et qui s'enthousiasmait à l'idée du prestige et de la gloire doit allait l'entourer une opération financière aussi importante, annoncée avec tant de confiance, et faite avec tant de courage et d'habileté, lançait son projet dans le grand discours qu'il adressait aux auditeurs présents au banquet du Club National, à Montréal, le printemps dernier. Sans avoir pris la peine de se renseigner au préalable, il déclarait que par la conversion de la dette, il réaliserait une économie qui pouvait atteindre jusqu'à $250,000. Il est vacile de voir tout de suite combien ce chiffre était exagéré. Il n'était pas possible d'espérer convertir la dette en gagnant plus de un pour cent sur le taux de l'intérêt. Or, pour réaliser une économie de $250,000 par la réduction de un pour cent dans l'intérêt, il faudrait convertir $25,000,000. Mais notre dette consolidée, le 30 juin 1888, était de $21,570,333, soit près de trois millions et demi de moins que les vingt-cinq millions. Nous ne pouvons pas convertir plus que nous devons, c'est de toute évidence.
" Est-il possible de convertir toute notre dette consolidée de $21,570,- 333 ? Assurément non. Le dernier emprunt de $3,500,000 a été négocié à 4 pour cent d'intérêt. Il n'y a donc pas moyen de le convertir.
" L'emprunt français est à 4J et par obligations amortissables. Pas davantage moyen de le convertir. Ces deux emprunts, retranchés di la dette consolidée, donnent le résultat suivant :
Dette consolidée, le 30 juin 1888 $21,570,333
A déduire, l'emprunt français à 4J pour cent
de 1880 $ 3,385,000
A déduire l'emprunt de 1888 3,500,000 $ 7,385,000
Balance à convertir $14,185.273
" Si on pouvait convertir cette dette de $14,185,273 au pair, en diminuant l'intérêt de un pour cent, l'économie annuelle serait de $141,852 : soU $108,148 de moins que la somme calculée par l'honorable premier ministre. C'est déjà une différence, une réduction qui en vaut la peine.
" Mais il est certain que la conversion au pair n'est pas possible. Il faudrait assurément payer une prime élevée pour les titres actuels de notre dette. Est-ce qu'il y aurait, dans cette opération, une marge suffisante pour que la province en retirât des avantages immédiats, qui contrebalanceraient et au-delà les sacrifices qu'elle lui imposerait dans l'avenir? Je n'hésite pas à dire que non, et j'appuie ma conclusion sur les calculs suivants, que j'ai faits pour la somme ronde de $14,000,000. D'abord, il n'y a pas de doute qu'à l'échéance des obligations actuelles, nous pourrons emprunter à 3J poxir cent au pair. Les rapides développements du crédit public, et la prodigieuse accumulation des capitaux à notre époque, et qui ira toujours croissante, grâce à l'étonnante activité des moyens de plus en plus grands qui les produisent, nous sont une sûre garantie sous ce apport.
" Calculons pour uu terme de 20 ans à 5 pour ceut, et de 45 aus à 3J, ce qui fait le terme de 65 ans des obligations destinées, par la conversion, à remplacer celles actuellement sur le marché.
L'intérêt de #14,000,000 à 5 pour cent est de $Ï00.000 par
année, et pendant 20 ans de |14,000,000
L'intérêt de $14,000,000 à $3| pour cent, serait de $490,000
par année, et pendant 45 ans de 22,050,000
Plus capital à payer à l'échéance 14,000,000
Montant $50,050,000
" Dans ces circonstances, la province aurait à payer, dans le cours de 65 ans, en capital et intérêt, la somme de $50,050,000.
" Voyons maintenant quel serait le résultat d'une conversion faite immédiatement pour le terme de 65 ans, à 4 pour cent, et à une prime de 10 pour cent.
Capital actuel $14,000,000
Prime de 10 pour centra y ajouter 1,400,000
Montant $15,400,000
L'intérêt annuel de $15,400,000 à 4 pour cent serait de $616,000
Et pour les 65 ans de $40,040,000
Plus capital à payer à l'échéance 15,400,000
Montant $55,440,000
" Avec cette conversion, la province paierait, dans le cours de 65 ans, la somme totale de $55,440,000.
" Comparons maintenant avec la somme à payer parla province aans le premier cas calculé plus haut :
Somme à payer par la conversion à une prime de 10 pour
cent avec intérêt à 4 pour cent $55,440,000
Somme à payer en attendant l'échéance, dans vingt ans, des titres, et en les remplaçant par des nouveaux à 3J d'intérêt pour le terme de 45 ans $50,050,000
Perte pour la province par la conversion $5,390,000
" J'établis donc par ces chiffres, et d'une manière incontestable, que bien que l'intérêt annuel pendant les premiers vingt ans fût diminué de $84,000, l'intérêt plus élevé que la province paierait pendant les 45 ans avec la conversion, lui ferait en fin de compte subir une perte réelle de $5,390,0*0.
" J'ai tait des calculs semblables pour la conversion avec prime de 5 et 15 pour cent. A la prime de 5 pour cent, la perte serait de $2,870,000 et à celle de 15 pour cent, elle s'élèverait à $7,910,000.
" J'en conclus donc que dans les circonstances, il n'est pas possible d'opérer une conversion réellement avantageuse. Je crois que le gouvernement devrait abandonner ce projet pour une autre raison ; c'est que pour opérer la conversion il faudrait renoncer au droit de rachat pendant 65 ans, et, par conséquent, à l'idée de payer notre dette avant cette lointaine échéance.
" Je conclus sûrement aussi que le gouvernement ne peut pas compter sur la conversion de la dette pour diminuer les dépenses, en réduisant de beaucoup la somme annuelle à payer pour le service des intérêts."
Etudions un instant cette filandreuse dissertation.
L'honorable député compare uue conversion à l'échéance de nos titres avec une conversion actuelle. Il est clair qu'en mettant dans les plateaux de la balance, d'un côté une conversion à 3J o/o, de l'autre une conversion à 4 o/o, la première doit être considérée la meilleure, toutes choses égales. Simplifier la question de cette manière peut être habile, mais ce n'est certainement pas juste. L'honorable député calcule pour un terme de 20 ans à 5 p. c. et pour 15 ans à 3J, ce qui fait le terme de 65 ans des obligations destinées par la conversion à remplacer celles actuellement sur le marché.
L'intérêt de $11,000,000 à 5 o/o est de $700,000 par année et
pendant 20 ans de $14,000,000
L'intérêt de $14,000,000 à 3J o/o serait par année et pendant
• 45 ans de 22,050,000
Plus capital à payer à l'échéance 14,000,000
Montant que nous aurions à payer au bout de 65 ans... $50,050,000
Ainsi le montant que nous aurions à payer au bout de 65 ans par une conversion à l'échéance de nos titres actuels serait de $50,050,000. Comme l'on voit, il calcule sur une conversion dans 20 ans à 3J o/o.
Mais comment procède-t-il lorsqu'il s'agit d'une conversion immédiate ? Il base ses ci lculs sur une conversion à 4 o/o et les litres à 10 pour cent de prime, avec cette base, il arrive au résultat de $55,440,000 que nous aurions à payer dans 65 ans par une conversion à 4 pour cent.
Naturellement avec cette comptabilité il arrive à une perte de $5,390,- 000. Voilà comment calcule l'honorable député.
D'un côté, il compte que dans 20 ans l'intérêt annuel sera probablement réduit à 3J ; de l'autre côté, il prend pour base une conversion à 4 070.
Avec un tel point de départ, le résultat de ses calculs est facile à prévoir. Il est évident par les chiffres qu'il donne que ce n'est pas l'intérêt de la conversion qu'il a à cœur, mais qu'il veut simplement atteindre un but politique, qui est celui de démontrer à la Chambre et au pays que nous ne devons ; as ajouter foi au bénéfice sur lequel nous comptons par cette opération. Pour arriver à cette fin, il choisit pour base de ses calculs, du côté qu'il veut défendre, un chiffre modéré, et du côté qu'il combat, il met un chiffre un peu pius élevé. C'est le secret de l'honorable député, ce n'est pas plus malin que cela.
Quelle raison avons-nous de croire que nous ne réussirons pas à faire Une conversion à des conditions plus favorable que celles qu'il signale ? Ainsi, si la ville de Montréal a réussi à faire un emprunt à 82f pour 3 pour cent, qui dit que la province ne réussirait pas à faire une conversion bien au-dessous du taux dont il se sert pour la base de ses calculs, par exemple à 3J 0/0 ou moins, et à une prime moins élevée pour nos titres ? Il ne peut nier qu'il y aurait un bénéfice réel dans une conversion sur ces bases.
Tous ces calculs sont pour le moins inutiles, car ils n'auront leur actualité que quand le projet sera régulièrement lancé. Naturellement, que si l'opération ne peut se faire dans des conditions désirables, elle n'aura pas lieu, car nous ne tenons nullement à faire une conversion dont les résultats seraient nuls.
L'honorable député ne veut à aucun prix le succès de l'opération ; il est comme un homme qui est opposé à une chose et qui veut trouver des arguments contre, parce que cela ne fait pas son affaire.
Voyons maintenant quel serait le résultat d'une conversion de 3J 0/0.
L'honorable député demande s'il est possible de convertir toute notre dette^consolidée de $21,570,333 ? " Assurément non, dit-il. Le dernier emprunt de $3,500,000 a été négocié à 4 oyo pour cent d'intérêt. Il n'y a donc pas moyen de le convertir." Quant à ce dernier emprunt, la conversion offrirait des avantages, si elle se faisait à 3J pour cent. Quant à l'emprunt français, l'honorable député est dans l'erreur, il est convortissable.
Dans l'état que l'honorable député nous a soumis, il a calculé ïP 4 o/o pour cent et 10 de prime pour nos titres actuels. Il a naturellement pris le chiffre le plus élevé pour la conversion. Mais une conversion à 3J o/o pour cent est tout à fait possible, et dans ce cas quel serait le résultat d'une conversion à ce taux et une prime de 10 o/o pour cent pour le rachat de nos titres, tel que calcule l'honorable député ?
Pour simplifier l'opération, je prends comme convertissable
le même chiffre que l'honorable député $14,000,000
Capital actuel..-. $14,000,000
Prime, 10 pour cent à y ajouter 1,400,000
Montant $15,400,000
L'intérêt annuel de $15,400,000 à 3J o/o pour cent serait de
$539,000 par année et pour les 65 ans 35,035,000
Comparons maintenant avec le premier cas calculé pour une conversion à l'échéance de nos titres.
Somme à payer par la conversion à 3 J pour cent et une prime
de 10 pour cent $50,435,000
Somme à payer en attendant l'échéance, dans 20 ans, des titres et les remplaçant par des nouveaux à 3| o/o d'intérêt pour le terme de 45 ans 50,050,000
Différence $385,000
J'établis par ces chiffres que l'intérêt annuel pendant les premiers vingt ans serait diminué de $161,000 par année sur $14,000,000, ce qui est une réduction importante sur le service des intérêts. La seule différence avec le second cas qui est celui où l'on attendrait l'échéance de nos titres avant de faire la conversion, c'est que nous aurions à payer en capital et intérêt au bout de 65 ans $385,000 de plus, mais ce surplus serait amplement compensé par la jouissance de $161,000 par année pendant vingt ans, ce qui ferait au bout de 20 ans un capital de $3,220,000. La moyenne de l'intérêt sur ces annuités à 3| o/o, intérêt simple, s'élèverait à la somme de $1,127,000, qui, ajoutées à $3,220,000, équivaudrait à un total de $4,347,000. La jouissance pendant 20 ans d'une somme dont le produit,
avec*intérêt à 3J pour cent, s'élèverait à un capital de $4,347,000 pendant les premiers 20 ans serait une ample compensation pour le surplus à rembourser au bout des 65 ans. A ces conditions, la conversion serait réellement avantageuse. Par ces calculs l'on voit de suite que l'honorable député a choisi à tort le moins avantageux des deux cas, afin de déprécier les avantages d'une conversion qui, de fait, sauverait immédiatement au moins $161,000 par année sur le service des intérêts.
Je ne pousserai pas plus loin la discussion sur ce sujet avec l'honorable député ; il ne serait ni sage ni prudent, dans l'intérêt public, de le faire, la conversion étant encore à l'étude. Bien que la conversion soit d'actualité, une discussion sur cette importante question manquerait d'apropos pour le moment et pourrait nuire à la cause que nous poursuivons. Nous en avons déjà eu un exemple lorsqu'il s'est agi de négocier notre dernier emprunt.
On a vu que nos adversaires ne se sont nullement gênés d'y mettre toutes les entraves possibles.
Pour ces raisons, je n'entrerai pas, pour le moment, dans des calculs élaborés et précis pour démontrer la somme exacte de profit à réaliser par une conversion soit à un taux ou à un autre. Tous ces calculs, comme je viens de le dire, manquent d'opportunité, notre projet n'étant pas encore lancé sur le marché. Il sera toujours temps de calculer la somme des profits lorsque nous serons en face de la réalité. Mais je prétends que si cette opération peut se faire dans les conditions voulues, et je ne vois pas pourquoi il n'en serait pas ainsi, il y aura un avantage réel dans cette conversion. Malheureusement ce n'est pas en suivant la ligne de conduite que s'est tracée l'honorable député, que l'on réussira à mener cette transaction à bonne fin. Ce n'est pas en dépréciant le crédit de la proArince, en représentant la situation financière sous un faux jour, dans le simple but de nuire à un parti politique ; ce n'est pas en excitant les préjugés non-seulement des électeurs, mais même des capitalistes, contre le crédit de la province, en leur représentant des états faux et mensongers sur la situation financière, que l'on réussira à hausser notre crédit.
L'honorable député sait aussi bien que qui que ce soit, il ne peut le nier, qu'une conversion, non pas à 4 pour cent, mais à un taux moins élevé, offrirait de grands avantages, mais pour arriver à cette fin il ne faut pas que nos propres compatriotes y mettent des entraves ; au contraire il importe qu'ils nous accordent franchement leur concours.
L'échec de cette entreprise dans laquelle la province est si fortement intéressée, sera dû à des hommes comme l'honorable député de Montmorency qui fait tout- en son pouvoir pour ébranler la confiance publique sur l'état financier de notre pays.
Presque tous les pays civilisés du monde ont de temps à autre eu recours à la conversion, afin de diminuer le service de l'intérêt sur leurs emprunts antérieurs et de hausser leur crédit sur les marchés monétaires.
En suivant une politique semblable, nous n'avons eu qu'une chose eu vue, qui est de diminuer le fardeau dont notre budget est grevé, à la suite de nos onéreux emprunts contractés par nos prédécesseurs eu Chambre. C'est une idée patriotique et féconde. Cependant comment est-elle accueillie ? Elle est combattue à outrance par nos propres compatriotes et nous en avons un exemple dans la conduite de l'honorable député de Montmorency, qui préfère voir manquer l'opération de peur qu'elle ne fasse quelque bien à l'administration actuelle. Voilà l'idée généreuse et grande qui anime cet honorable monsieur et son parti.
On peut juger par sa critique sur la mesure financière du gouvernement pour accroître le revenu par l'augmentation de la subvention fédérale, qu'il n'ose ouvertement la combattre en principe, mais qu'il n'en désire pas le succès de peur de déplaire à ses amis d'Ottawa. Il parle comme un homme qui est dans les secrets des dieux, sachant d'avance que ceux qui régnent à la capitale fédérale sont opposés au projet, non pas parce qu'il n'est pas juste et raisonnable, mais parce que cette politique vient de notre côté de la Chambre. Sur ce projet, comme sur tous les autres, l'honorable député ue craint pas de sacrifier les intérêts les plus chers de la province plutôt que de déplaire à ses maîtres qu'il sert avec une fidélité servile.
L'honorable député fait tout ce qu'il peut pour déprécier cette mesure qui serait si féconde en bons résultats pour nous si elle réussissait. Il est évident, parla nature de ses remarques, que tout son désir, c'est qu'el'e ne soit pas accuxeillie favorablement. Pourtant, il me semble que sur une question de cette nature, les dissentiments politiques doivent disparaître pour ne faire place qu'à un sentiment unanime, le désir franc et loyal de voir réussir un projet qui est d'un si grand intérêt pour notre province.
L'honorable député n'a rien à dire contre une politique qui engouffre ^es millions au Nord-Onrst ; au contraire il la trouve admirable, mais du moment qu'il s'agit de quelques milliers de piastres pour sa province qui
a si largement contribué pour sa bonne part au développement d'autres provinces de la Puissance, dans la crainte de déplaire à ses amis d'Ottawa, lui et ses amis sont prêts à sacrifier nos intérêts les plus chers.
Sur ce projet de réajustement du subside fédéral, il n'ose attaquer le principe de la question ; tout de même on voit qu'il n'en désire pas le succès. Il tenait un bien autre langage en 1883 lorsque fut présentée une mesure à peu près identique à celle qui a été cdoptée à la conférence. Cette mesure alors était proposée par ses amis politiques ; bien entendu qu'il l'a appuyée non seulement par son vote, mais même par un discours que l'on trouve dans le Hansard de 1883, pages 607, 608, 609, 610, 615, 616, 619, 620, 621.
Cette politique alors avait à ses yeux sa raison d'être ; aujourd'hui non seulement il l'attaque, mais plus encore, il exprime des doutes sur la possibilité de la réaliser. Aujourd'hui il formule des objections et agit comme un homme qui a peur que cette proposition ne soit favorablement accueillie, car ce serait trop de gloire pour ses adversaires.
Il est évident que si tous ses amis sont inspirés par les mêmes sentiments, et s'ils se montrent aussi zélés que lui à déprécier ces deux mesures qui sont de la plus haute importance pour la province de Québec, il est bien certain, dis-je, que nous ne réussirons pas à mener à bonne fin une politique qui devrait avoir l'appui de tous les hommes qui ont à cœur le progrès et l'avancement d'intérêts qu'ils devraient défendre envers et contre tous. C'est sur eux que retombera la responsabilité de l'insuccès, et il faut que leur partialité soit bien profonde et bien incurable pour qu'ils prennent cette grave responsabilité sans trembl.îr et sans rougir.
M. l'Orateur, je crois avoir rempli la tâche que j'avais entreprise, de ne pas laisser san ; réponse une seule des critiques de l'honorable député de Montmorency. Je regrette de vous avoir retenu aussi longtemps, mais j'avais à détruire un échafaudage fallacieux, assez adroitement agencé, il est vrai, mais qui a dû entraîner un bien pénible travail à mon honorable ami, et qu'il tenait tout prêt avant même que j'eusse fait mon exposé budgétaire. Ce n'était donc pas à proprement dire une réfutation de mon discours financier, mais plutôt un ouvrage de longue main, préparé longtemps à l'avance, avec l'intention bien arrêtée de ne rien trouver de bon dans notre administration et rédigé dans le but de tromper, pour une fin politique, la Chambre et le pays sur la véritable situation financière. J'ai
donc dû reprendre tous les fils de cette incidieuse critique, et eu exposer la faiblesse ; et qu'avons-uous trouvé? Tout uu assemblage de calculs ayaut pour point de départ des données absolument fausses en fait. Il m'a fallu remettre de l'ordre dans cette masse de chiffres destinés à cacher la vérité, et pour cela examiner de près cette longue démonstration, remonter aux sources, rétablir la vérité et refaire comme il le fallait tous les calculs erronés de mon honorable ami.
J'ai commencé par établir quels étaient les principes financiers préconisés par le député de Montmorency, quand ses amis étaient au pouvoir, et il m'a suffi de les rapprocher de ses théories présentes pour faire éclater la futilité et l'inanité de ses critiques, (m a vu que, tandis que nous n'avons jamais cessé de représenter la situation financière telle qu'elle était, et que nous appliquons aujourd'hui exactement les mêmes règles que lorsque nous étions dans l'opposition, lui n'a cessé d'accommoder ses prétendus principes aux circonstances, aux exigences de son parti, se servant de deux poids et de deux mesures, selon que le gouvernement était composé de ses amis ou de ses adversaires.
J'ai ensuite attaqué directement chacune de ses critiques sur notre administration. Plus juste à son égard qu'il ne l'avait été pour moi, c'est à ses propres paroles, et à ses déclarations publiques, que j'ai répondu, et non, comme il l'a fait, à un langage que je lui aurais prêté et qu'il n'aurait pas tenu. Ainsi, j'ai établi que ses calculs de déficits n'étaient que de méprisables fabrications, qu'il avait été obligé, pour en arriver là, de confondre sciemment les budgets ordinaires et extraordinaires, et que s'il eût observé les mêmes règles qu'il appliquait autrefois aux budgets de ses amis, on serait arrivé à un surplus beaucoup plus considérable que le surplus réel. J'ai aussi démontré que non-seulement il ne s'était point contenté de peindre la situation au point de vue de la dépense sous les couleurs les plus fausses, mais que dans le but de rendre le tableau plus sombre encore, il avait été assez déloyal pour ne pas dire un mot de l'augmentation de $800,000, en chiffres ronds, dans le revenu : augmentation 'qui était bien audelà du surcroit de la dépense comparée avec 18H(Î dont il fait un si pompeux étalage. En un mot, j'ai refait avec le plus grand soin tous ses calculs, et les ai corrigés à la lumière des chiffres officiels, et sur chaque point, la Chambre a reçu la preuve que l'honorable député dans toute sa critique n"avait eu qu'un but : l'induire en erreur. J'ai trop d'> confiance dans l'esprit de justice de la Chambre 4 des électeurs de cette province, pour croire
un instant qu'ils se laisseront prendre à d'aussi grossiers subterfuges que ceux auxquels le député de Montmorency a eu recours pour travestir la véritable situation financière et la représenter sous un jour sombre et alarmant, lorsque de fait nous avons réussi, à force de travail, de prudence et d'activité, à la mettre siir un excellent pied, et à la rendre plus florissante quejamais. Avec un pareil bilan, nous pouvons attendre avec confiance le jugement de la Chambre et de la province.