LA POLITIQUE FINANCIÈRE DU GOUVERNEMENT
Tel est le titre que le député de Montmorency a mis en tête d'une autre partie de son discours écrit, et que je crois devoir citer copieusement, pour bien montrer à la Chambre et au pays que je ne crains pas la lumière, mais au contraire que je tiens à ne rien laisser debout de son argumentation boiteuse :
" La situation est grave. Il est inutile de se le dissimuler. Il ne faut pas se bercer de vaines et fatales illusions. Le réveil serait terrible. Infiniment mieux vaut calculer exactement où nous en sommes rendus.
" Les dépenses ordinaires du service public de la provinee qui, pendant les quatre années financières de 1882 à 1886, avaient été en moyenne de $3,050,000 en chiffres ronds, ont été, en deux ans, augmentées, par le gouvernement actuel, au chiffre de $3,650,000. C'est donc une augmentation moyenne de $600,000. La prodigalité du ministère nous dit assez qu'il n'est pas fermement décidé au moins à s'en tenir là.
" Quant au revenu, il s'est aussi accru, mais dans de moins grandes proportions que les dépenses. Ce développement du revenu, les anciens gouvernements et leurs amis ont seuls le droit d'en réclamer le mérite pour la presque totalité. A la seule exception de l'augmentation de la rente foncière des concessions forestières et des droits de coupe de bois, et du taux des licences, c'est grâce à notre -politique financière, si le gouvernement peut maintenant compter sur de nouvelles sources de revenu. Le ministère actuel en est comme nous responsable, parce qu'il les conserve en maintenant les lois qui les a créées.
"Des sources actuelles du revenu, nous pouvons compter sur des recettes ordinaires, moyennes par année de $3,450,000 en chiffres ronds. Ce serait suffisant pour un gouvernement économe, sage et prudent. Mais avec un ministère aussi prodigue que celui qui administre aujourd'hui les affaires de la province, c'est loin d'être assez, puisqu'il porte les dépenses à plus de $3,650.000. Dans ces conditions respectives du revenu et du budget des dépenses, la province est donc incontestablement en face d'un déficit régulier, certain, d'au moins $200,000 par année. Cet état de choses ne peut et ne doit pas durer. Tous ceux qui veulent assurer sincèrement l'avenir financier de la province le diront avec moi.
" De deux choses, il faut absolument l'une ou l'autre ; une diminution de dépenses, ou une augmentation de revenus. Il n'y a pas à sortir de là.
" La Chambre ne peut pas espérer une diminution de dépenses, parce que le ministère lui demande de voter un budget général pour l'année prochaine, 1889-90, plus élevé que celui de l'année courante. Comme celui de 1888-89, le budget de 1889-90 sera certainement gonflé de plus d'une centaine -de mille piastres par les budgets supplémentaires et les mandats spéciaux. Donc le gouvernement s'écarte davantage de la voie sûre de l'économie. "
L'honorable député trouve la situation grave. Je suis vraiment étonné de l'entendre parler ainsi, lui qui ne cessait de faire l'éloge des administrations précédentes lorsque celles-ci n'avaient que des déficits entre les recettes et les dépenses ordinaires de $300,000 à $400,000 par année et que nous augmentions notre dette d'audelà d'un million et
quart par année ; tandis que sons notre administration les déficits ont cessé et nos sources de revenu accusent, comme je l'ai démontré, une augmentation d'audelà d'un demi-million par année, chose qu'il admet lui-même. On l'a vu, tous ses calculs sur la dépense sont erronés, car d'après les états que j'ai produits et les autres documents officiels que j'ai soumis, l'augmentation de la dépense n'est pas de 1600,000 par année comme il l'affirme et comme il voudrait le faire croire par des calculs londamentalement erronés. J'ai établi, je crois, et d'une manière incontestable, que, dans nos prévisions, ce ne sont pas des déficits que nous prévoyons, mais bien des surplus. Ce qui fait toute la différence du monde. Il est facile pour l'honorable député de forger des déficits ; pour cela, tout ^e que l'on a à faire, c'est de retrancher d'un côté et d'ajouter à l'autre. C'est un système de comptabilité qui peut avoir son mérite aux yeux des gens qui ne sont pas en état de vérifier par eux-mêmes la vérité de ces calculs, mais pour ceux qui sont censés avoir les qualités requises pour se rendre compte de la vraie situation, de telles exagérations sautent aux yeux de suite.
Je dis que le procédé de l'honorable député est répréhensible au plus haut degré, en ce sens qu'en dénaturant ainsi les faits, cette ligne de conduite est de nature à faire un tort considérable aux intérêts de la province.
Même si ce qu'il dit était vrai, il aurait encore tort de parler et de calculer comme il le fait ; mais que penser d'un homme, qui sciemment ou non, vient froidement tromper la Chambre et le pays sur la véritable situation financière, qui, loin d'être dans l'état alarmant qu'il prétend, n'a jamais été, depuis 187-5, aussi bonne qu'elle l'est dans le moment ?
Si avec un revenu augmenté d'un demi-million et des dépenses contrôlables d'une moyenne bien peu plus élevée que celle des années passées. la situation est si alarmante, que devait donc être la situation financière lorsque nos prédécesseurs n'avaient à nous montrer que des écarts de $300,000 à |400,000 entre les recettes et les dépenses ordinaires* et d'audelà d'un million et quart par année sur les dépenses à compte du capital ?
Je le dis, et sans hésitation, mon ami n'est pas sérieux dans ses calculs, son langage est celui d'un farceur.
Après avoir décrié autant que possible la situation financière de la province, en «'appuyant sur tout ce qu'il pouvait inventer de plus erroné
et faux, afin de la présenter sous un jour qui n'est pas vrai, il ne s'a. i pas en si beau chemin. Il n'est pas encore satisfait, car il se lance à fonds de train contre le projet de la conversion de notre dette consolidée en se servant de chiffres et en employant des calculs qui sont tous aussi peu véridiques que ceux qu'il nous a précédemment soumis. Il s'efforce de déprécier une opération qui, si elle réussissait au gré de nos désirs, aurait pour effet de dégrever notre budget d'une somme considérable sur le service d'intérêt et dont le produit serait d'une si grande utilité pour la province dans un moment où il y a tant à faire pour améliorer notre condition. Il est si anxieux de détruire la perspective d'une transaction qui est purement et simplement dans l'intérêt de tous, qu'il va jusqu'à représenter comme de vaines utopies des projets dont le succès n'est qu'une question de temps.