‹ La situation financière de la province de Québec en 1889 [microforme]Chapitre 1 sur 29 · MONSIEUR L'ORATEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR L'ORATEUR

Eu proposant que la chambre se forme de nouveau en comité général pour continuer l’examen des divers crédits inscrits au budget, il me sera bien permis, j'espère, de répoudre aux critiques exagérées contenues dans le discours de l'honorable député de Montmorency en réponse à mon exposé sur la situation financière de la province. La tâche que j'ai à remplir est loin de m'être agréable, car je sais qu'il y a quelque chose de plus intéressant à entendre qu'un discours sur les finances, mais je ne puis laisser la critique de mon honorable ami sans réponse, ce qui pourrait indiquer aux yeux de quelques-uns une sorte de faiblesse de ma part et leur faire croire que je suis sans défense.

Je n'ai pas besoin d’avertir l'honorable député de Montmorency que, dans les remarques que je vais faire, ce n’est pas à sa personne, mais aux opinions qu'il a exprimées, que je m'attaquerai. Mais franchement, sa

critique est tellement fallacieuse, mal fondée en fait, de nature à tromper la Chambre et le pays sur la véritable situation financière et à nuire au crédit de la province que ie me crc.s en droit de faire ressortir avec autant de force que possible les erreurs fondamentales sur lesquelles

repose toute son argumentation.

Je"dois dire que j'ai été vivement désappointé en l'entendant, l'autre jour, critiquer mon expose budgétaire en termes aussi erronés. J'avais droit de im'attendre, surtout de la part d’un homme qui prétend s'être dévoué spécialement à ce genre d'études, à une critique plus rationnelle, plus juste, et disons le mot, plus sérieuse. Au lieu de discuter comme un homine d'affaires, l'honorable député a échafaudé à grands frais tout un long raisonnement, non pour établir la vérité sur la situation financière, mais uniquement pour arriver à une fin de parti, et pour discréditer des adversaires, Il a agencé ses chiffres, 1l est vrai, avec une certaine habileté, mais en ayant soin de les étayer sur des bases absolument fausses qu'il s'est appliqué à dissimuler au regard du public. C’est une duperie adroitement fabriquée, mais ce n’est qu'une duperie, comme je n'aurai pas de

peine à le démontrer.

L'honorable député à commencé par dire que j'étais pessimiste dans l'opposition et que je suis devenu optimiste ou, en d’autres termes, que je ne voyais que défigits et extravagances lorsque mes honorables amis de la gauche occupaient les banquettes du trésor, et que maïntenant je vois tout sous de riantes couleurs. Que l'honorable député se rassure, ce n’est pas moi qui ai changé ; c’est lasituation seule de nos finances qui s'est modifiée pour le mieux. Cette situation s'est considérablement améliorée parceque le gouvernement nouveau, que le peuple s'est donné, a travaillé sériensement à ramener l’ordre dans les finances et à faire prévaloir Jes vrais principes d’une énergique et saine administration. Quant à moi personnelle. ment, je suis resté le même homme qu'autrefois, et si les choses allaient comme du temps de ceux que j'ai critiqués, je n’hésiterais pas à le dire avec la même franchise et à exhorter la Chambre à prendre les mesures

propres à ramener la prospérité.

Pour ma part, je ne me contenterai pas de renvoyer à l'honorable député l'accusation d’incovséquence qu'il porte contre moi sans raison et qu'il n’a pu appuyer d'aucune preuve. À ses vagues et gratuites affirinations, je répondrai en faisant un retour sur son passé et en citant quelques-uns des discours qu'il a prononcés lorsque ses amis étaient au pouvoir, non pas pour le plaisir de l’humilier,—je dédaigne ces moyens-là—mais

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pour permettre à la Chambre de mieux apprécier la futilité des arguments qu'il invoque aujourd'hui contre notre administration. Ce coup d'œil retrospectif formera la première partie de mes remarques.

Après avoir fait connaître quelles étaient les théories financières de mon honvrable ami quand il était ministériel, je m'appliquerai à démontrer la fausseté et l'injustice de ses présentes critiques. Je le suiverai dans les moindres détails où il lui a plu de nous entraîner, car je tiens à ne pas laisser une seule de ses arguties sans réponse. Tout ce que je demande à la Chambre, c’est un peu de patience et d'attention.

L'honorable député de Montmorency se vante de n'avoir pas varié dans ses principes financiers en passant de droite à gauche et de calculer dans l'opposition exactement de l4 même manière que lorsqué ses amis politiques étaient au pouvoir

Cette déclaration de sa part pourrait avoir un certain succès, si nous n'avions sous les yeux, dans le Hansard, l'histoire politique et financière de l'honorable député tracée en caractères ineffaçables. Je vais commencer par établir, à l’aide de ses propres déclarations lorsqu'il était ministériel, quels étaient pour lui les vrais principes et les règles absolues de la bonne finance. Je n'entreprends pas ce travail pour le simple plaisir de mettre mon honorable ami en contradiction avec lui-même, mais pour éclairer la Chambre et le publie sur l'inanité de ses belles protestations d'invariabilité et pour prouver que sa présente critique est absolument en désaccord avec les principes qu'il émettait lorsque ses amis étaient au pouvoir. Je démontrerai aussi que cette saine doctrine dont il fait un si grand étalage n’a jamais été pour lui qu'une matière excessivement élastique et malléable qu'il a toujours pliée aux circonstances. En d'autres termes, on verra que, s'il accordait à mon budget seulement la moitié de l’indulgence qu'il avait pour les trésoriers qui m'ont précédé, il me donnerait raison sur tous les points.

Je ne fatiguerai pas la Chambre de longues citations. Il me suffira de rappeler ses théories passées, en indiquant avec soin et précision la date, le volume et la page du Hansard, afin qu'on puisse vérifier les textes.

C’est en 1883 que l'honorable député a fait ses débuts comme financier. Il a voulu frapper un coup de maître, en suppléant à la qualité par

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la quantité. S'il n'a pas réussi au point de vue de la clarté, personne ne pourra lui reprocher de ne pas avoir parlé assez longuement. Si je me rappelle bien, son premier discours financier n'a pas duré moims de trois longues séances de la Chambre. C'était bien assez pour éclairer la Chambre et le pays si l'une et l’autre n'étaient pas complètement aveugles. Malheureusement, vous vous en rappelez, monsieur l’Orateur, nous sommes tous sortis de cette longue démonstration beaucoup moins avancés que nous

l'étions auparavant.

L'honorable député avait débuté sur un ton solennel, tout aussi solennel que celui qu'il a pris pour critiquer mon budget; il nous avait appris qu'après avoir fait des études sérieuses, longues et patientes, après avoir lu des auteurs pour bien se pénétrer des grands principes financiers, il allait nous donner ses appréciations du passé, ses opinions sur le présent et ses prévisions pour l'avenir. (Voir Débats de 1883, p. 528.)

Il insistait ensuite, comme point de départ, sur la nécessité absolue de diviser les dépenses en ordinaires et extraordinaires: chose pour laquelle il me censure aujourd'hui.

Pour 1875-76, il comptait comme dépense extraordinaire $16,000 pour les bureaux publics à Montréal, il lui fallait cela pour convertir le déficit d'alors en un surplus de $1,101.63. (Débats de 1888, p.531). Aujourd'hui il prétend tout le contraire en refusant de reconnaître comme extraordinaires des dépenses plus légitimes encore que celles qu'il rangeait alors dans la catégorie des dépenses extraordinaires, pour l'unique raison qu'il lui faut cela pour convertir mon surplus en déficit.

Pour 1881-82, il affirmait qu'une somme de $1v,000 pour édifices permanents de l’exposition à Montréal, n'étant pas une dépense annuelle, devait pas figurer comme dépense ordinaire ; de même il éliminait des dé penses ordinaires une somrae de $10,000 prêtée aux RR. PP. Trappistes, (Débats de 1883, pp. 534-5835.) Ce calcul lui était nécessaire alors pour diminucr les déficits de ses amis. Aujourd'hui, pour faire croire à un déficit, il prèche précisément le contraire ; il veut absolument me forcer à compter comme dépense ordinaire un prêt de $10,000 pour l'asile des aliénés protestants et comme dépenses annuelles un fort montant de frais de construction qui sont d’une nature permanente.

Lorsque le gouvernement Chapleau faisait voter et payait $10,000 pour les incendiés de Québec, c'était, suivant l'honorable député, une

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dépense spéciale, ‘“ un grand acte de charité, mais non une dépense annuelle du service public.” (Débats de 1883, p. 534) Mais quand nous donnons $5,000 pour les incendiés de Hull, qui sont portées aux dépenses ordinaires, l'honorable député n'en dit rien, car cela nuiruit à sa cause.

Na contradiction est trop flagrante sur la question des prêts pour que je ne le cite pas textuellement :

‘ En 1881-82, disait-il, dans son discours de 1883, le gouvernement a prêté la somme de $10,000 aux révérends pères Trappistes. On ne saurait sérieusement prétendre qu'un prêt est une dépense ordinaire qu'il faille compter pour connaître le montant des obligations annuelles de la province.” (Débats de 1883, p. 535).

Mais aujourd'hui, voici ce qu'il dit à propos 43 $10,000 avancées à l'asile protestant, qui sont un prêt et non une dépense :

“ Ni l'honorable trésorier insiste que ces dépenses spéciales ne sont pas des dépenses ordinaires et ne doivent pas ètre compiées dans les déboursés de l’année, en établissant la balance des opérations de l'exercice, je lui répondrai que sa prétention n'est pas soutenable, :t que d'ailleurs elle n'améliorerait pas sa position.”

Peut-on se contredire plus carrément ? Voilà l'espèce d'impartialité avec laquelle l'honorable député critique mon exposé.

Mon honorable ami ne veut pas que je compte comme recette ordinaire les $558,000 de taxes e 1mmerciales que j'ai perçues en $1587-88. [l prétend que la majeure partie de cette recette, étant composée d’arrérages, est imputable au capital. Cependant, quand en 1882 l'honorable M. Wurtéle comptait comme recette ordinaire les $554,146.83 de la dette de Montréal, qui était la perception d’un actif, l'honorable député de Montmorency l'a approuvé en disant que les recettes du fonds d'emprunt municipal, bien qu'étant des recettes d’actif, devant durer quelques années, celle-là devait être comptée comme recette ordinaire. Il ajoutait sur un ton doctoral, comme pour établir d’une mauière finale et sans appel la règle en pareille matière :

“ Toute source de revenu annuel qui doit avoir une certaine durée peut avec beaucoup de plausibilité être considérée comme une ressource ordinaire.” (Débats de 1883, p. 535.)

Or, en appliquant cette règle, il est clair que les recettes des taxes commerciales sont encore plus susceptibles de durée que celles du fonds

d'emprunt municipal, qu'elles sont des perceptions de revenu, tandis que les recettes du fonds d'emprunt municipal sont des perceptions d’actif. On le voit, mon honorable ami a complètement oublié la règle qu’il avait posée en 1883.

Après avoir dit en 1885 :

“ Ni vous retranchez du revenu ordinaire d'un exercice les recettes du capital, il estévident que, pour la même raison, il faut déduire des dépenses du même exercice les travaux imputables au capital.” (Débats de 1885, p. 1088.)

Il cherche aujourd’hui à me fabriquer un déficit précisément en faisant le contraire de ce qu'il préchait autrefois.

Voici quelques-unes des règles qu'il posait alors pour établir la distinction du budget ordinaire et extraordinaire.

Il considérait comme dépense extraordinaire les frais de construction, d'addition et de parachèvement des édifices publics, (voir Débats 1883, p. 529), et cependant aujourd'hui il me refuse ce privilège pour un fort montant de frais de construction, d'addition et de parachèvement.

Non seulement il comptait comme recette ordinaire en 1881-82 les $554,146.83 reçues de la cité de Montréal, qui étaient la perception d’un actif mais encore les sommes suivantes :

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Fonds en fidéi-commis (dépôts remboursables à demande)...........…. né se SR Re Dan Ut ir: RON

Ce qui, ajouté aux $554,146.00, faisait un total de $592,633 de recettes qu'il inscrit au budget ordinaire sans le moindre scrupule, tandis qu'aujourd'hui il me refuse ce privilège pour des recettes beaucoup plus imputables au budget ordinaire que les recettes d’actif, les remboursements et les fidueies.

Lui qui me reproche de ne pas inscrire dans le budget ordinaire de l'année certaines dépenses spéciales appartenant, comme arrérages, à l'exercice précédent, voici les calculs qu'il faisait en 1885 à propos de l'exercice 1883-84 :

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“ De $118,072.65 retranchons les $74,398.56 de l'augmentation du service de la dette, et il reste une balance de $43,674,09. Mais il ne faut pas oublier que, pendant l’année 1883-84, nous avons fait des dépenses spéciales et tout à fait imprévues. L'incendie de l’ancien palais Législatif nous a obligés de payer $15,000 pour la bibliothèque, et $28,032 pour le logement temporaire de la Législature. La province a contribué 815,000 aux frais de construction d’une salle de manœuvres à Québec. Le ministère des &rres de la Couronne a payé, en 1883-84, la somme de $14,549.49 pour les dépenses faitæs en 1882-83. Il est évident que pour faire une comparaison exacte entre les dépenses des deux exercices, il faut ajouter ces $14,549.49 à celles de 1882-83, et les déduire de celles de 1883-84 : soit un écart de $29,098.98. Ces différentes sommes de dépenses spéciales et imprévues s'élèvent au montant de $87,120.98, et excèdent de $43,456.89 la balance de l'augmentation des dépenses de 1833-84 comparées à celles de 1882-83, déduction faite de l'accroissement dans le service de la dette. Il ressort donc de ces chiffres qu'en réalité il y a eu, l’année dernière, une diminution de $43,456.89 dans les frais du service ordinaire de la province, comparés à ceux de l'exercice précédent.” (Débats 1885, p. 1062.

Il se gardait bien alors de faire entrer dans ses tableaux comparatifs l'augmentation du service de la dette, et disait :

* L'intérêt de la dette, la somme appliquée au racket de nos obligations amortissables et les frais d'administration ne sont pas compris dans ce tableau, parce que ce ne sont pas des dépenses controlables.” (Débats 1885, p. 1064).

Aujourd'hui, il garde le silence, dans tous ses calculs, quant aux augmentations d'intérêts et de frais d'amortiss:ment et d'administration, dont nous ne sommes nullement responsables et qui sont inscrites à titre de dépenses ordinaires. Et cependant il ose déclarer qu'il calcule toujours à mon égard de la même manière que lorsque ses amis étaient au pouvoir.

Ce ne sont là que quelques-unes des variations du député de Montmorency sur la question des budgets ordinaires et extraordinaires. En voici maintenant quelques-unes sur l’auginentation des cépenses et de la dette, sur la manière de changer un surplus en déficit, ete.

Il fallait voir avec quel empressement l'honorable député engageait ses amis en 1883 à s'endetter, à jeter l'argent par les fenêtres, à accumuler les déficits, à construire des chemins de fer à grands frais, à y engouffrer des millions, sauf à les vendre ensuite à sacrifice comme on venait @e le faire pour le chemin de fer du Nord. Dépenser sans y regarder, s’endetter, c'était s'enrichir. Oh! alors, il ne marchandait pas au gouvernement les subsides aux chemins de fer ; s’il avait fallu l'écouter ; on

aurait dépensé des milliards, on aurait hypothéqué la province entière pour cet objet. Qu'on relise son discours de 1883, on y trouvera des pages entières sur ce ton.

Mais je ne saurais mieux rendre sa pensée qu'en faisant quelques

citations :

‘* Je prétends, disait-il, avec la conviction de ne pas être sérieusement contredit, qu’il n'y a rien qui donne une idée plus exagérée, plus fausse, de la situation des finances d'un pays, que ces comparaisons des chiffres des dépenses publiques à des années et des années d'intervalle sans y ajouter les explications nécessaires pour bien faire comprendre combien tout a changé, tout s'est développé, tout à grandi, sous l’action bienfaisante et progressive de l'autorité gouvernementale, de l'exercice de la liberté et d'une grande pensée politique.

“Ni vous comparez les budwets actuels des dépenses des grandes nations de l’Europe avec ce qu'ils étaient, il y a quinze. il y a vingt, trente ans, vous êtes étonnés des augmentations énormes que vous constatez. De un milliard six à sept cent millions de franes qu’il était en 1868 et 1869, le budget des dépenses ordinaires de la France est monté à près de trois milliards. Vers 1860, le budget d'Angleterre ne dépassait guère trois cent millions de piastres. Le voilà qui touche bientôt à quatre cent cinquante millions. 1I]les dépassera très probablement avant cinq ans. Les budgets de l'empire Allemand, de l'Autriche, de la Russie, de l'Italie, ont augmenté dans d'aussi grandes proportions. Sans doute que chacun de ces pays à dépensé bien des millions, depuis trente ans, pour la défense de son drapeau, de son territoire, de ses grands intérêts extérieurs. Mais il est aussi certain qu'une partie très considérable de l'augmentation de leurs dépenses annuelles à été causée par les nécessités d'un service public plus fortement constitué pour répondre aux besoins de peuples augmentant rapidement en nombre, en ressoure»s, et en richesses agricoles, commerciales et industrielles. L'ère des chemins de fer a créé, dans tous les pays où l’on en a construit de vastes réseaux, l'ère des grands développements financiers, tant en dépenses qu'en recettes,

“ La même cause a produit le même effot dans notre province. Loin de s'en étonner et de s’en alarmer, il faut s’en réjouir, parce què nous avons l'assurance que, proportionnellement, nous progressons pour le moins autant que les autres pays.

“ Pour un, et je suis convaincu que la grande majorité de cette Chambre et des électeurs de cette province sont de mon opinion, je vois dans cette augmentation les causes de la plus vive satisfaction. Je constate avec un véritable bonheur que, graduellement, depuis 1867, les ressources de notre trésor provincial ont permis à nos devanciers dans cette Chambre, comme elles nous permettent à nous-mêmes, de donner de plus en plus pour favoriser le progrès moral, intellectuel et matériel de notre peuple, la princi-

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pale obligation de ses gouvernants et de ses députés. Nous avons dépensé beaucoup plus pour la colonisation, pour l’agriculture, pour l'instruction publique. Tout le monde doit en être pleinement satisfait, et en féliciter les gouvernements qui ont appliqué cette patriotique et sage politique, ainsi que les députés qui ont eu le courage de braver les vaines criailleries pour l'appuyer de eur parole et de leur vote.

‘ Non, non, ce n’est point là une voie funeste; c’est, au contraire, ia grande voie de la prospérité dans laquelle notre peuple, guidé par des hommes d'Etat éclairés, est résolument entré, et de laquelle il ne sortira pas, il ne voudra pas sortir, quoiqu’en disent ceux qui paraissent prendre plaisir à le décourager dans son persévérant effort pour asseoir ses destinées sur des bases larges et solides !” (Débats 1888, pp. 569 70-71-72.)

Ainsi, en ce temps-là, il n’y avait pas d'exagération à comparer les grands pays d'Europe avec leurs millions de population et leurs fortunes colossales, à la jeune province de Québec. L'honorable député trouvait ridicule et anti-patriotique toute critique des dépenses. Il voyait dans l'augmentation de ges dépenses une cause ‘“ de la plus vive satisfaction. ” Plus ses amis alors au pouvofr commettaient d’extravagances, plus ils vidaient le coffre public pour des objets qui n'avaient que de vagues rapports avec l'intérêt publie, plus ils emplissaient son âme d’un bonheur ineffable. Croirait-on que c’est le même homme qui est venu dans cette Chambre, l’autre jour, jeter des cris de détresse parceque, pour augmenter le revenu de $800,000 de plus qu'en 1885, nous avons dû dépenser un pu plus que le gouvernement Koss dans sa dernière année d'adininistration À

Ecoutons-le maintenant sur le chapitre de la dette :

“ Une dette publique, contractée pour de grands travaux d'intérêt général, n’est pas un fardeau ni une cause d'appauvrissement pour un pays. C’est au contraire un des plus efficaces et des plus puissants moyens de développer ses ressources naturelles et d'augmenter sa richesse nationale. Nous en avons chez nous la plus forte preuve que nous puissions désirer dans le succès des grandes améliorations publiques que le gouvernement de l’ancienne province du Canada, et le gouvernement fédéral depuis l'union, ont exécutées avec une patriotique énergie. Voulez-vous aller en chercher d’autres preuves dans la république voisine qni, du moins sous le rapport de l’activité, de l'intelligence des affaires et du. progrès matériel, nous offre tant de si bons exemples, vous en trouverez en abondance dans les livres de la statistique américaine. Presque tous les états de l'Union ont des dettes, et les plus riches, les plus prospères, sont au nombre des plus endettés.” (Débats 1883, p. 597.)

C'était alors l'opinion de l’honorable député que, plus on s’endette, plus on s'enrichit, Aujourd'hui il est dans l'épouvante parce que nous

avons consolidé l’énurme dette flottante que nous ont léguée nos prédéces- . seurs. Assurément, le député de Montmorency n’est pas sérieux quand il vante l’invariabilité de ses principes. Je pourrais lui dire comme il disait en 1883 :

‘ Que l’on cesse donc ce déplorable système de toujours remplir l'air de craintes vagues, ridicules, absurdes. Que l’on cesse donc d'ahurir le peuple avec ces extravagantes prédictions de ruines, de malheurs, de désastres.” (Débats de 1883, p. 599.)

Voilà comment mon contradicteur entendait guider ses amis quand ils étaient au pouvoir. Les dépenses, les dettes n'étaient alors rien à ses yeux, dès que ces augmentations étaient faites par le gouveruement qu'il En 1885, il était encore de la même opinion :

appuyait.

“ Il n'y a donc pas de raison, disait-il, de censurer les gouvernements conservateurs pour une augmentation de dépenses entièrement dans l’intérêt public bien compris.” (Débats 1885, p. 1085.)

C’est seulement depuis que ses adversäires gouvernent qu’il a changé soudainement d'avis.

Dans son fameux discours de 1883, où il y a de tout, je trouve l’observation suivante :

L'emprunt de $3,000,000, autorisé à la dernière session, et celui de $500,000 que cette Législature va permettre sont pour rencontrer autant d'obligations qui forment partie du passif de la province. Par conséquent, la dette provinciale n’est pas augmentée d’une seule piastre.”” (Débats de la Légrislature, 1838, p. 1214.)

Ni mon honorable ami était franc et sincère, il dirait aujourd’hui:

“ L'emprunt de $3,500,000 contracté en 1887 était pour rencontrer un égal montant de dette flottante et d'obligations léguées au nouveau gouvernement par ses prédécesseurs, et formant déjà partie du passif. Par conséquent la dette provinciale n’est pas angmentée d’une seule piastre.”

Au lieu de cela, l'honorable député crie à tue-tête que nous avons augmenté la dette dans des proportions alarmantes en consolidant la dette

flottante de ses amis.

De même, au lieu de critiquer notre emprunt, l'honorable député serait plus sage en nous appliquant les paroles qu’il adressait en 1883 à cette Chambre :

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