‹ La Situation Matérielle Du MédecinChapitre 70 sur 98 · RP QUE · texte numérisé non relu

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et le corps médical sur l’ensemble des praticiens sans distinction de rang et d'opinions?

Libre choix du médecin par le malade. — La question qui prime toutes les autres est la liberté de confiance, le libre choix du médecin par le malade, qu’il soit riche ou pauvre, qu'il appartienne à une administration publique ou privée ou à une société de secours mutuels. Cette liberté est un droit imprescriptible de l’homme, le droit que possède chacun de disposer à son gré de sa personne et de confier sa santé et sa vie à celui qu'il juge le plus capable et qui lui offre le

plus de garanties, droit sacré aussi important que les grands principes de la liberté de conscience et d'association, de la presse, que nos pères ont conquis au prix de leur sang.

C’est ce principe qu'a déjà reconnu la loi de 1898 accordant à l’ouvrier blessé dans son travaille libre choix de son médecin et édictant des peines contre le patron qui chercherait à porter entrave à cette liberté. Pourquoi, en cas de maladie, tout citoyen n’aurait-il pas ce droit reconnu par une loi à l’ouvrier blessé?

Suppression des monopoles médicaux. — Comme conséquence du libre choix du médecin découle la suppression des monopoles médicaux, c’est-à-dire l'interdiction pour toutes les administrations de l'Etat, des départements et des communes, des administrations privées, des sociétés financières ou philanthropiques de confier à certains médecins exclusivement au détriment des autres la mission de donner des soins à leurs malades et l'obligation pour ceux-ci d'avoir recours aux médecins de l'administration. ‘Nous n'avons pas ni l'intention, ni le pouvoir de supprimer d’un seul coup tous ces monopoles, toutes ces positions acquisës, mais nous demandons de poser nettement une question de principe et de nous employer auprès de nos élus pour faire valoir la légitimité de ce principe chaque fois que l’occasion s’en présentera, comme à l'heure actuelle où il s’agit d’établir les cahiers des charges des nouvelles Compagnies du

gaz, des Omnibus, bientôt de l'Electricité, du Métropolitain, etc.

Suppression de l'abus de l’hospitalisation des gens aisés et riches. — Vient ensuite une vieille questionsurlaquelle nous sommes tous d'accord, qui a été étudiée par tous les groupements médicaux, qui à fait l'objet de maints rapports, de démarches multiples : la question de lhospitalisation des gens aisés et riches. Nousaffirmons en conformité de l’esprit de la loi sur l’assistance que l'hôpital doit être exclusivement gratuit et réservé aux seuls indigents et nécessiteux. Je n’ai pas besoin de renouveler les nombreux arguments fournis à ce sujet: l'encombrement des services hospitaliers contre toutes lesrègles de l'hygiène tandis que les indigents meurent sans secours à la porte d'établissements hos-pitaliers créés pour eux, la démoralisation du personnel grâce aux pourboires élevés des gens riches hospitalisés, l'impossibilité pour un médecin d’hôpital de soigner un si grand nombre de malades, tous faits connus de nous et de nos élus.

Opposition à la tendance au fonctionnarisme médical. — A l'heure actuelle ilexiste une tendance à faire du médecin un fonctionnaire. Celui-ei moyennant un traitement souvent minime déguisé sous le nom d’indemnité, est chargé de fonctions souvent délicates et qui engagent sa responsabilité. Nous demandons que chaque fois que l'Etat ou une administration attache à ses services un médecin, soit comme contrôleur ou expert, celukci participe aux avantages de la retraite, et qu’il ne soit pas fait d'exception à cet égard. Nous ne verrions plus la création de ces nombreuses places de fonctionnaires attribuées aux médecins, si l’aboutissant devait être la retraite.

Réforme de l'Enseignement médical. — Nous demanderons en outre qu'une place soit réservée aux praticiens légalement organisés en syndicats dans les commissions ayant à étudier les réformes à apporter à l’enseignement médical.

Il est juste qu'on prenne l'avis des praticiens compétents

dans un enseignement qui doit être surtout un enseignement professionnel et non un enseignement purement scientifique. $

Limitation de la responsabilité médicale. — Enfin, tout en protestant contre les tendances à l'extension de la responsabilité médicale, nous demanderons la limitation de cette responsabilité aux cas où il y a faute lourde, faisant ainsi rentrer le médecin dans le droit commun. Tout citoyen, ycompris le magistrat, devrait être responsable de ses fautes lourdes portant préjudice à autrui. »

Extension du droit syndical. — Il est une revendication de premier ordre oubliée dans le projet du D' Vimont (1), c'est la revision de l’article 13 de la loi du 30 novembre 1892 sur l'exercice de la médecine, interdisant aux syndicats médicaux d’actionner les communes, les départements et l'Etat; or, s’il y a des collectivités qui nous exploitent, ce sont bien celles-là, et contre elles, nous sommes désarmés.

Tout ce programme est juste. Pour le réaliser, c’est l’union entre médecins qu’il faut préconiser.

Moyens de faire aboutir les revendications médicales — Le médecin livré à la merci des collectivités qui l’exploitent, ne peut leur résister s’il reste isolé. À cette exploitation collective qui le menace le médecin doit répondre par une organisation collective. La coalition des médecins doit se dresser en face de la coalition des collectivités publiques et privées. Ce mouvement nécessaire de solidarité profes- sionnelle préconisé depuis plus de vingtans, prend à l'heure actuelle une force de plus en plus grande. Le seul obstacle qu’il rencontre estla mauvaise volonté d’une minorité d’égoïstes ou de jaloux, qui veulent conserver pour eux seuls certains privilèges, ou qui n'étant pas confiants en eux-mêmes, craignent l'application du droit commun.

. (1) Exposée par le D'L. Gourichon à la suite de la lecture du rapport du Dr Vimont.

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