‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 11 sur 101 · The Church and Modem Society, p · texte numérisé non relu

The Church and Modem Society, p

Providence a assigné à la république de Washington, et sans nous demander si elle remplit ce rôle fidèlement ou non, je crois que Mgr Ireland a dû exagérer la tâche imposée providentiellement aux États- Unis. Le rôle de la grande République doit être plus modeste. Surtout, le Ciel ne doit pas exiger qu'elle dépense son génie à faire une chose qui a été faite, et divinement faite, il y a près de deux mille ans. Notre- Seigneur Jésus-Christ est descendu sur la terre pour briser les chaînes de l'humanité. Il les a brisées. Et dès lors le monde a été préparé « au règne de la liberté humaine et des droits de l'homme, » autant que cette liberté et ces droits sont légitimes et voulus de Dieu. Le monde, depuis deux mille ans bientôt, n'a eu qu'à s'attacher aux pas de Jésus-Christ pour jouir de la plénitude de la liberté des enfants de Dieu et du libre exercice de tous les véritables droits. C'est le grand malheur des américains américanisants de vouloir refaire l'œuvre de Notre-Seigneur. Cela ne peut pas être leur vocation nationale, et en s'engageant dans cette voie, ils font nécessairement fausse route.

Mais celui qui est féru d'une idée ne voit pas clair. Pour ces adorateurs de l'américanisme, la religion chrétienne, dans toute sa pureté, est, je le répète, d'invention moderne, et américaine par dessus le marché. S'ils admettent que Léon XIII — avant sa dernière lettre au cardinal Gibbons, bien entendu — a contribué quelque peu à faire entrer enfin l'Église dans la bonne voie, après dix-huit siècles d'errements, c'est par pure complaisance, et aussi pour marquer leur dédain pour les papes en général. La vraie cause

QUID DIGIS DE TEIPSO ?

de cet heureux événement, c'est la démocratie américaine.

En 1888, Mgr Keane a fait une conférence à Washington sur la Mission providentielle de Léon XIII. Le Père Hecker en a rendu compte lui-même dans le Calholic World d'octobre 1888. Voyons ce que la démocratie a fait, suivant Mgr Keane et son sympathique commentateur :

« C'est pourquoi l'évêque Keane ne voit pas dans la démocratie l'objet direct de la religion, mais il veut dire que, de nos jours, la Providence indique la démocratie comme un moyen de l'ordre naturel pour aider les hommes à sanctifier leurs âmes ; un meilleur moyen, pour l'époque actuelle, que d'autres formes de gouvernement (1). »

Et encore, dans le Catholic World de juin 1887, p. 333, le même P. Hecker s'exprimait comme suit :

« La forme du gouvernement des États-Unis est préférable, pour les catholiques, à toutes les autres formes. Elle est plus favorable que les autres à la pratique des vertus qui sont les conditions nécessaires du développement de la vie religieuse chez l'homme. »

Je traduis mot pour mot C'est loin d'être clair ; mais on voit bien le fond de la pensée que l'auteur a voulu exprimer : c'est que les catholiques des autres pays ont plus de difficultés à pratiquer certaines vertus, à opérer leur salut, par conséquent, que les catholiques des États-Unis, à cause de la forme du gouvernement. On n'est pas loin, il faut l'admettre,

Page 1