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de trouver dans la démocratie « l'objet même de la religion. »
Au cours du premier article mentionné, le Père Hecker avait déclaré (page 1) que, dans sa conférence, « l'évêque Keane considère comme un fait acquis, évident du reste pour tous, que l'Église et le monde entrent dans des voies nouvelles. » Le Saint-Père, on le sait, vient de mettre une barrière à l'entrée de la « voie nouvelle » dans laquelle voulaient s'engager, non pas l'Église, non pas même l'Église d'Amérique, mais quelques catholiques américains. Il sera vraisemblablement obligé d'en dresser d'autres, tôt ou tard, car sa lettre au cardinal Gibbons, quoique forte et belle et de large envergure, ne ferme pas toute l'entrée de la « voie nouvelle » que l'américanisme travaille à se frayer à travers la doctrine.
Qu'on regarde la démocratie comme la meilleure forme de gouvernement, au point de vue des intérêts purement matériels de l'homme, non seulement pour tel ou tel pays, mais en thèse générale, c'est une opinion philosophique, risquée peut-être, mais qu'on peut soutenir, je crois, sans porter atteinte aux choses de la foi. Il en va tout autrement, ce me semble, quand on prétend trouver dans les institutions démocratiques, non pas seulement la meilleure forme de gouvernement au point de vue humain, mais aussi un moyen de salut supplémentaire, institué par la divine Providence dans ces derniers temps. C'est là une proposition qui me paraît tellement étrange que je ne serais pas du tout étonné de la voir mal notée, un jour ou l'autre, dans quelque future lettre pontificale.
Cette théorie de la démocratie devenue ,un moyen
OUID DICIS DE TEIPSO ?
de salut n'est pas nouvelle aux États-Unis. Quelques années auparavant, le Catholic World prétendait découvrir cette singulière doctrine dans la lettre pastorale des Pères du troisième Concile plénier de Baltimore. Remarquez bien, je n'insinue pas qu'elle s'y trouve en réalité. J'ai lu cette lettre pastorale plusieurs fois et je n'y ai jamais remarqué cet enseignement. Je constate seulement que l'organe par excellence des américanisants affirme que les évêques expriment cette opinion :
« La lettre pastorale montre que la hiérarchie de l'Église catholique aux États-Unis partage la conviction que les institutions politiques de l'Amérique sont plus propres que celles de l'Europe à aider l'homme à sauver son àme, et qu'elles promettent au catholicisme un triomphe plus parfait que sa victoire au moyenâge (1). »
Si, au moins, on nous disait comment la forme démocratique peut aider l'homme à sauver son àme ; si, au moins, on nous indiquait les secours spirituels qu'apportent au genre humain les institutions républicaines, le suffrage universel, l'élection au premier degré des congressmen et l'élection au deuxième degré du président et des sénateurs ; si, au moins, on nous montrait la grâce divine arrivant aux cœurs par ces canaux nouveaux et extraordinaires ! Mais non, on n'explique rien ; on se contente d'affirmer. Et ceux qui ne croient pas que le salut s'opère plus facilement en Amérique qu'en Europe, sont des ennemis du progrès, des tardigrades, des rétrogrades, des réaction-