‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 14 sur 101 · Discours de Mgr lreland à Baltimore. The Church and · texte numérisé non relu

Discours de Mgr lreland à Baltimore. The Church and

Modem Society, p. 72.

OUID DICIS DE TEIPSO ?

encore que la démocratie, même irréligieuse, est un moyen de salut (1).

Il n'y a pas si longtemps, le 10 février 1899, le Catholic Universe, de Cleveland, Ohio, publiait une lettre de M. J. D. Croke, écrivain américain connu, qui admettait franchement que les américanisants avaient souvent dépassé et dépassaient encore les bornes du raisonnable. Je crois devoir traduire quelques passages de cette communication, qui jette une vive lumière sur Fétat d'âme des tenants de la démocratie devenue moyen de salut ; de ces singuliers philosophes chrétiens pour qui, non seulement la grâce vient par le canal de la démocratie, mais qui trouvent dans la séparation de la démocratie d'avec la religion, le comble de la perfection :

« En Amérique, dit M. Croke, on a enseigné aux

1. Je crois qu'il convient de citer ici l'opinion d'un américain célèbre, Brownson, sur la bonté intrinsèque de la démocratie :

« Là où les peuples sont catholiques et soumis à la loi de Dieu telle qu'elle est enseignée et appliquée par le Vicaire de Jésus- Christ et le Pasteur suprême de l'Église, le système démocratique peut être regardé comme une bonne forme de gouvernement ; mais là où il se trouve combiné avec le protestantisme ou l'incrédulité de la nation, ce système tend fatalement à l'abaissement du niveau de la moralité : il affaiblit les forces intellectuelles, il fausse les caractères et entrave la civilisation, comme suffit pour le prouver notre courte expérience d'Amérique. Notre république a eu, sans doute, son expansion et son développement dans l'ordre des choses matérielles ; mais tout américain qui veut observer et penser, et dont le souvenir, » comme le mien, peut se reporter à cinquante années dans le passé, voit clairement que, sous tous les autres rapports, notre société baisse et s'en va sur la pente de la plus complète sauvagerie. » — Brownson s Review, janvier 1873.

En d'autres termes, la démocratie exige les grandes vertus, elle ne les crée pas.

Situation relig. aux États-Unis. 5

générations catholiques qu'il faut approuver et admirer le système qui y prévaut. Cela montre quelle sûreté offre l'Église dans tous les pays. Cela prouve qu'elle ne présentait aucun danger à Néron ou à Caligula, qu'elle n'en présente pas en Pologne et en Russie, et qu'elle n'en présente pas dans les États républicains de France et d'Amérique. Mais des interprètes non autorisés de l'opinion catholique sont allés beaucoup plus loin. Ils ont férocement attaqué les relations actuelles entre l'Église et l'État dans le vieux monde, les ont condamnées comme fausses et nuisibles, et ont conseillé de leur substituer le système boiteux (one-legged) du nouveau monde. Or, avec toute la déférence possible pour ces personnes aux bonnes intentions, je demande la permission de faire une distinction qui est, je crois, dans la pensée de Rome, et qui, si l'on s'en était souvenu plus vite, aurait empêché tout ce tintamarre autour de l'américanisme. Le système qui prévaut dans le nouveau monde lui est spécial, historiquement et de toutes manières. Ce système représente la seule solution d'une difficulté créée par la Réforme. Les auteurs de la Déclaration d'Indépendance se trouvaient en face d'une situation unique dans l'histoire et qui était un legs de la Réforme du seizième siècle. Toutes les sectes de l'Allemagne et de l'Angleterre étaient reconnues en Amérique, ainsi que la vieille religion. Personne ne censure leur conduite. Mais louer chaleureusement le système qu'ils ont adopté en vue des conditions nouvelles et spéciales du pays, c'est une chose ;demander que ce système soit appliqué partout, c'en est une autre. Or, cela, on l'a fait. Maintes et maintes fois, j'ai lu des articles dans des publications américaines, où on louait cette reconnaissance universelle de toutes les religions et • où on la proclamait convenable, non seulement aux États-Unis, mais aussi à l'Europe, et où, ce qui était pis encore, on la déclarait convenable en thèse générale. »

OUID DICIS DE TEIPSO ?

Nous avons dans cet écrit l'aveu que le mal est très répandu : Maintes et maintes fois, dit M. Croke, j'ai lu des plaidoyers en faveur de la doctrine de la séparation de l'Église d'avec l'État.

Je puis ajouter mon témoignage à celui de M. Croke. Un très grand nombre cle catholiques aux États-Unis, de langue anglaise spécialement, sont fermement persuadés que non seulement la séparation absolue de l'Église et de l'État est une nécessité qui s'impose aux États-Unis — ce qui est très vrai — mais que les pays qui ne sont pas soumis à ce régime sont arriérés, revêches au progrès et fort à plaindre. L'État mettant toutes les religions, la vraie et les fausses, sur un pied d'égalité, ce n'est pas, à leurs yeux, un système qu'on doit, par la force des choses, adopter aux États-Unis, pour éviter un plus grand mal ; c'est la perfection même, théorique et pratique, des relations qui doivent exister entre les deux ordres. Les papes ont beau parler, les américanistes ne comprennent pas encore la doctrine de l'Église sur ce point, et s'imaginent et proclament que la religion catholique n'a jamais eu et ne saurait avoir une position plus enviable que celle qu'elle occupe aux États-Unis. The United States is the ChurcKs home.

Tout dernièrement encore, le 23 mars 1899, l'un des journaux catholiques américanisants, le Catholic Union and Times, de Buffalo, disait :

« Quand l'Église s'américanise, dans le sens déjà indiqué, elle met de côté les habillements vermoulus (moth-eaten) des pays épuisés et se couvre des vêtements brillants de la liberté. Car ici elle est plus libre que dans tout autre pays du monde entier, et cette

liberté lui est garantie à tout jamais par la Constitution. C'est donc de l'américanisme pour l'Église de n'être pas, en ce pays, entravée par les concordats des tyrans intrigants. C'est de l'américanisme pour les membres de son clergé d'être accueillis dans les rues, non par des huées, mais par des saluts de leurs concitoyens (1) et d'être subventionnés par leurs ouailles affectueuses, et non par l'État qui se propose d'en faire ses serviteurs. »

Ces quelques citations suffisent pour montrer ce que les américains américanisants pensent et disent d'eux-mêmes. Je pourrais donner des pages et des pages dans la même note, car la quantité d'encens que ces braves gens s'offrent depuis quelque temps, est vraiment prodigieuse.

Je crois pouvoir clore ici la première partie de mon travail. Le lecteur s'apercevra, en étudiant la réalité, jusqu'à quel point on vit d'illusions aux États-Unis.

1. Il est bon de faire observer que les prêtres des États-Unis se croient encore obligés de ne pas porter la soutane sur la rue. Beaucoup de prêtres séculiers, je devrais peut-être dire tous, y compris les évêques, s'habillent en clergymen même à la maison. Ils ont un costume clérical, mais à peu près le même que celui que portent les ministres protestants. Les religieux portent généralement leur costume particulier chez eux, mais quand ils sortent de leurs couvents, ils se transforment en clergymen. Même à New- York, ville catholique au dire de M. Brunetière et où, en effet, les catholiques sont très nombreux, je nai jamais vu un religieux traverser seulement la rue revêtu du costume de son ordre. Je crois, pourtant, que les prêtres séculiers pourraient porter la soutane publiquement, et les religieux leur costume propre, sans grave inconvénient. Les religieuses des différents ordres le font habituellement. On dirait vraiment que les prêtres catholiques des États-Unis préfèrent ne pas trop trancher sur les clergymen en général. La soutane et l'habit monacal seraient-ils, par hasard, compris dans les « habillements vermoulus » — moth-ealen vestnre — du vieux monde épuisé ?

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