‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 18 sur 101 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

LES PERSÉCUTIONS VIOLENTES

Monsieur Bruneïière a glissé bien légèrement, on l'a vu, sur les persécutions violentes que les catholiques des États-Unis ont eu à subir à différentes époques. Il ne mentionne que l'incendie du couvent de Charlestown, par la populace de Boston, et il laisse ses lecteurs sous l'impression que même cet acte barbare a pu n'être pas inspiré par le fanatisme religieux, mais par un sentiment de colère naturelle.

Il faut donc jeter un coup d'œil sur les persécutions violentes que l'Église a connues dans la terre dite de la liberté.

D'abord, on peut dire d'une manière générale que depuis le commencement des treize colonies jusqu'à la guerre de l'Indépendance, les catholiques, dans cette partie de l'Amérique, n'ont connu que la persécution à la fois violente et légale.

Au premier congrès des catholiques des États-Unis, tenu à Baltimore en 1889, à l'occasion du centenaire de l'établissement de la hiérarchie américaine, un célèbre orateur catholique de New-York, M. Daniel Dougherty, s'est exprimé ainsi :

« Nous, catholiques américains, nous avons subi en silence des torts et des injustices multiples depuis

un lemps immémorial. Jadis, à l'époque coloniale, les catholiques ont souffert les plus affreuses cruautés. On parle des esclaves du Sud, avant la guerre ; mais ils étaient traités comme des visiteurs de distinction, si nous comparons leur sort à celui des catholiques de l'époque coloniale. C'est là la « tache maudite » qui ne veut pas disparaître (1). Les seuls martyrs religieux dont le sang ait arrosé le sol de notre beau pays, étaient des catholiques pourchassés par les soupçons, privés de tout droit civil, persécutés à cause de leurs croyances, traqués comme des criminels et punis de mort par des lois infâmes (2). »

Dans un autre endroit, je continuerai la citation, qui est très instructive. Je l'arrête ici, pour ne pas dépasser le cadre de ce chapitre consacré aux seules persécutions violentes. Pendant cent cinquante ans, la persécution a sévi, dans les colonies, comme elle sévissait en Angleterre. Ce n'est guère qu'au commencement du dix-septième siècle, à New-York, alors ville hollandaise et appelée Nouvelle-Amsterdam, que les catholiques ont pu respirer un peu. A peine cette colonie était-elle devenue territoire anglais, que la persécution y éclata, violente et stupide.

Lors de la guerre de l'Indépendance, le fanatisme, qui s'était affirmé encore une fois en 1774 au sein du congrès, à l'occasion de l'Acte de Québec, dut se dissimuler. Les chefs de la Révolution avaient besoin de l'appui des catholiques, non seulement de l'Amérique, mais aussi de l'Europe. Ils réussi-

1. Allusion à des paroles de lady Macbeth, dans la fameuse tragédie de Shakespeare.

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