‹ La situation religieuse aux États-Unis; illusions et réalitéChapitre 26 sur 101 · Catholic World, juillet 1892, page · texte numérisé non relu

Catholic World, juillet 1892, page

sauvages, c'est une augmentation de crédit de 131,900 dollars en faveur des écoles des différentes sectes, pour l'exercice de 1900. »

VAve Maria y a vu un autre résultat :

« Quelques heures avant l'expiration du cinquantecinquième congrès, on voulut savoir ce qu'était devenue la pétition du cardinal Gibbons demandant la revision de la question des écoles des sauvages. Tout ce que l'on put savoir, c'est que le sénateur Gorman et quelques autres avaient employé toutes les ressources pour faire prendre la requête en considération, mais sans succès. L'influence catholique avait été mise à l'épreuve, et elle a subi un échec complet, ignominieux. » Ainsi parle le journal américain.

Les archevêques de Baltimore, de Philadelphie et de Saint-Louis, NN. SS. Gibbons, Ryan et Kain (1), forment une commission pour le développement des missions catholiques parmi les nègres et les sauvages. Dans son numéro du 18 février 1899, le Freemans Journal, de New-York, publaitun appel aux fidèles en faveur de ces missions. Cet appel porte les signatures des trois illustres membres de la commission. Nous y lisons ce qui suit :

« Les rapports des missions parmi les sauvages font voir que si nous voulons conserver les débris de la grande race rouge à l'Église catholique, qui a tant fait dans le passé pour ces tribus, les enfants doivent être protégés contre les occasions qui pourraient porter préjudice à leur foi et à leurs mœurs. L'aide du gouvernement ayant été graduellement et en grande partie

1. Ne pas confondre avec Mgr Reane, archevêque de Damas et ancien recteur de l'Université catholique de Washington.

retirée, et devant très probablement nous manquer entièrement, les sacrifices héroïques de ceux qui travaillent parmi les sauvages catholiques seraient vains, à moins que la charité ne leur prête main-forte dans la lutte inégale qu'ils sont obligés de soutenir. C'est donc à la charité des fidèles de ce pays que les enfants abandonnés sont confiés ; et si un verre d'eau froide donné en son nom mérite récompense, à quelle riche récompense ne peuvent pas s'attendre ceux qui sauvent de la triste situation qui menace leur vie morale, ces enfants opprimés (downtrodden) de la race noire et de la race rouge ! »

Voilà la position lamentable à laquelle l'esprit sectaire du gouvernement de Washington a réduit ces malheureux débris des peuplades autochtones des États-Unis. Cette conduite ne peut être dictée par aucun autre sentiment qu'une sourde hostilité à l'égard de l'Église. Ce même président qui demande, et ce même Congrès qui autorise chaque année des dépenses fabuleuses ; qui s'entendent pour prendre dans le trésor quasi inépuisable de la République des millions et des milliards, ne peuvent pas trouver quelques milliers de dollars pour permettre aux missionnaires et aux religieuses catholiques de poursuivre leur belle œuvre de civilisation et de conservation des tribus sauvages. Mais il convient d'ajouter que ce n'est pas la raison d'économie qu'on invoque pour refuser cette aide. Le Congrès de Washington recule rarement devant une dépense pour ne pas obérer davantage le budget. La mesquinerie n'est pas un défaut américain. Sans l'esprit hostile à la religion catholique qui règne partout clans les hautes sphères gouvernementales, le

Congrès ne lésinerait probablement pas. Mais on est animé de l'esprit sectaire. On aime mieux que le bien ne se fasse pas plutôt que de le voir accompli par l'Église de Jésus-Christ. Voilà pourquoi, sous le prétexte que l'État ne doit favoriser aucune religion en particulier, on laisse péricliter les missions catholiques. On prétend faire de Yunsectarianisme, et, en réalité, on favorise toutes les sectes, — particulièrement la secte des incrédules et des sans-Dieu, — au détriment de l'Église.

On peut maintenant mieux comprendre l'assertion suivante du grand historien catholique, de l'américain éminent John Gilmary Shea, assertion qui fera sans doute tressauter plus d'un lecteur européen :

« On est généralement sous l'impression que la liberté religieuse existe aux États-Unis, en ce sens que chacun est libre d'adorer Dieu selon les lumières de sa conscience. Ceci, cependant, est une erreur. — This, however, is a fallacy. — La constitution des États-Unis ne garantit aucune liberté de ce genre. Elle déclare simplement que le Congrès ne pourra établir aucune religion ni prescrire le libre exercice d'aucune. Et la cour suprême des États-Uuis a décidé que la constitution (fédérale) n'empêche pas les États d'établir une religion. Chacun des États de l'Union peut avoir une religion établie, comme le Massachussetts en avait une au commencement du siècle. Un amendement à la constitution des États-Unis, soumis, il y a quelques années, par M. Blaine, allant plus loin, aurait enlevé ce pouvoir aux différents États. Si cet amendement avait été adopté et si on l'avait interprété

raisonnablement et honnêtement, il aurait porté un coup fatal à la « religion protestante », qui est officiellement établie dans beaucoup d'endroits de ce

pays(l). »

Et dans le même article l'auteur ajoute :

« Au siècle dernier, sous le régime colonial, le congrégationisme était la religion établie dans presque toute la Nouvelle-Angleterre; l'église anglicane, en Virginie, à New-York et dans quelques colonies ; tandis que toutes les autres maintenaient plus ou moins la suprématie de la « religion protestante ». Malgré le grand changement qui s'est opéré à la Révolution, malgré la formation du gouvernement fédéral actuel, cet établissement virtuel de la « religion protestante » existe encore, plus ou moins, sous le masque de la liberté religieuse. »

Dans un article écrit quelques années plus tard, Shea s'exprime comme suit :

« Mais chaque État peut faire, de l'acceptation de la « religion protestante » pour tous ceux qui se trouvent sur son territoire, une condition nécessaire à la possession de biens immeubles, à l'exercice d'une profession, du droit de suffrage ou à l'éligibilité aux fonctions publiques ; et le gouvernement fédéral ne peut pas intervenir. La constitution, telle qu'elle a été votée au commencement et telle qu'elle a été amendée depuis, laisse à chaque État le pouvoir d'établir une religion, ou de faire de la profession de la « religion protestante » une condition à n'importe quoi, et d'exiger un test oath (2). »

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