American Catholic Quarterly Review, octobre 1887, p
Donc, la liberté religieuse, en théorie, se réduit à ceci, aux États-Unis : Le Congrès, ou Parlement central, ne peut pas établir ou proscrire une religion quelconque, mais les différents États peuvent le faire. Et, de fait et en pratique, plusieurs États ont profité de cette lacune, accidentelle ou voulue, dans la constitution fédérale, pour proscrire la religion catholique. L'État de New-Jersey, les deux Carolines et le Massachussetts firent tout d'abord du congrégationalisme la religion de l'État. Cette religion établie exista au Massachussetts pendant plusieurs années après rétablissement de l'Union. Dans quelques États, il fallait professer la « religion protestante » pour jouir du droit de suffrage dans toute sa plénitude. Un avocat éminent de la Caroline du Nord, élevé à la magistrature, ne put exercer ses fonctions à cause du serment qu'il lui aurait fallu prêter. Un catholique élu membre de l'assemblée législative de New-York ne put pas prendre son siège. Mgr de Cheverus, premier évêque de Boston, fut condamné par les tribunaux clu Maine pour avoir béni un mariage. Le New-Hampshire, jusque dans ces derniers temps, ne permettait pas aux catholiques de remplir le moindre emploi de l'État. L'Éta; de New-York avait une constitution perfidement hostile aux catholiques. « Ce qui a été, peut se répéter, » ditShea(l). \
Le territoire du Nouveau-Mexique aurait pu et aurait dû être admis au rang d'État, il y a bien longtemps. Pourquoi ne l'a-t-il pas été? Tous le savent, aux États-Unis, catholiques, protestants et athées :
1. Je trouve tous ces faits rapportés par Shea dans les deux, articles signalés plus haut.
Situation relig. aux États-Unis. 8
c'est parce que la population de ce territoire est en grande partie catholique. C'est une ancienne colonie espagnole. Dans son article d'octobre 1887, déjà cité, Shea dit formellement, page 710, que c'est l'esprit anticatholique, en grande partie du moins, qui prive ainsi le Nouveau-Mexique de ses droits depuis près d'un demi-siècle.
Enfin, devant le congrès catholique de Baltimore, en 1889, Shea a fait cette importante déclaration qui résume les justes griefs des catholiques américains et les motifs qu'ils auraient de s'organiser pour la lutte :
« Le gouvernement des États-Unis ne peut pas, en vertu de la constitution, établir une religion d'État. Cependant, tout en ne le faisant pas directement, le gouvernement fédéral a constamment empiété sur les droits des catholiques, garantis par la constitution ou par les traités. C'est ainsi que, en plus d'une occasion* on s'est emparé des biens de l'Église. Les droits des catholiques, dans l'armée de terre et de mer des États-Unis, sont souvent méconnus. Le département des Sauvages appelle une action prompte et énergique. Depuis des années, il est administré de façon à contrecarrer les travaux des missionnaires, à détruire leurs établissements aussitôt qu'ils montrent quelques signes de prospérité, et à placer les sauvages catholiques et leurs écoles sous une direction étrangère au catholicisme. Dans plusieurs États surgissent de temps à autre des conflits relatifs à l'éducation, à la faculté que revendiquent les catholiques de disposer de leurs biens par testament, de jouir du libre exercice de leur culte dans les établissements pénitentiaires et de cha-
rite, de posséder leurs églises et leurs institutions (1).
Si quelqu'un en Europe émet seulement un doute sur les bonnes dispositions du gouvernement de Washington à l'égard de l'Église, on le dénonce comme un ennemi des institutions démocratiques. Et M. Shea a pu formuler ces terribles reproches sans exciter un murmure. C'est que tous les congressistes savaient que c'était l'expression exacte de la vérité.
Pour montrer que l'hostilité gouvernementale est toujours la même aux États-Unis, il suffit de rappeler que les autorités américaines, à peine installées à Cuba et à Porto-Rico, commencèrent une série de tracasseries à l'égard des autorités religieuses. On a bouleversé d'abord les dispositions du code civil de Porto-Rico relativement au mariage, établissant d'un trait de plume le mariage purement civil entre catholiques (2). Puis on a sécularisé les cimetières. A la date du 12 avril 1899, une dépêche de Cuba disait : « Le général Brooks a signé un décret déclarant que les cimetières sont la propriété des municipalités, et annonçant que si le clergé désire maintenir ses prétentions à la propriété des cimetières, il devra s'adresser aux tribunaux (3). » Comme le fait remarquer le Freemaris Journal, en publiant cette dépèche, il est manifeste que le clergé avait la possession des cimetières à titre de biens d'Église. Alors pourquoi n'avoir pas laissé aux tribunaux le soin de décider