CONCLUSION
AI voulu faire parler les faits. Je crois que cela suflit, De longues considérations théoriques, pour finir, me paraissent superflues,
Les faits exposés dans les pages qui précèdent confirment hautement la doctrine de l'Église, savoir que le régime du libéralisme, du droit commun, de l'Église libre dans L'État litre, de la Séparation de l'Église d'avec l'É'tat,n’est pas le régime le plus favorable au développement de la religion.
Si ce régime avait pù donner d'heureux fruits quelque part, c'est bien aux États-Unis. Il y à fonctionné en toute liberté pendant plus d'un siècle. Il n'y élait gêné par aucune tradition du passé, par aucun vestige d'un autre "régime, par aucune tentative de le remplacer. Il à donné la mesure de ce qu'il pouvai! produire de plus acceptable, Et le résultat, examiné froidement, sans enthousiasme et sans hostilité systématique, n'est pas brillant.
Quoi que l'on ait dit, la religion catholique n'a pas fleuri sous ce régime. C'est à peine si Île à végété. Car si la vigne du Seigneur, en ces parages, s'est accrue prodigieusement, c’est par une transplantation continuelle et excessive que le phénomène s'est produit. Le sol même a donné un maigre accroissement. Ou plutôt, sans les nouveaux Cceps, arrivant chaque année de pays étrangers, Ja vigne américaine se dégarnirait bientôt.
Les faits exposés nous disent encore auire chose. Ils proclament, une fois de plus, que l'État ne saurait rester dans une indifférence bienveillante à l'égard de l'Église. La où il ne la défend pas, là où il ne la protège pas, où il ne la soutient pas et ne s'appuie pas sur elle comme sur un fondement très solide, il {ui est toujours hostile ; tantôt ouvertement et furieusement, tantôt sourdement et hypocritement. Aux États-Unis l'hostilité de l'État à l'égard de l'Église est sourde et hypocrite, parce que l'Église s'y fait aussi petite qu'elle peut l'être, sans cesser entièrement d'être militante.
: Église étant d'institution divine appelle ou l'amour ou la haine, La véritable indifférence est aussi impossible à son égard qu'à l'égard de Jésus-Curisr luimême. Là où l'État ne remplit pas le rôle d'Évèque du dehors, il est forcément amené à celui de persécuteur. Lorsque Constantin disparaît, c'est Julien qui le remplace.
Nous avons vu que l'Église d'Amérique, comme le peuple américain, est seulement en voie de formation ; qu'elle n'est pas américaine conune l'Église de France est francaise ; qu'il faut, par conséquent, tenir compte du problème des nationalités qui complique la situation et qui pourrait facilement devenir 1ne source de troubles profonds, si l'on tentait de le résoudre par l'américanisalion des divers éléments (4).
Enfin, ce qui se passe aux États-Unis nous montre clairement que l'on n'a pas découvert en Amérique un
1. On trouvera, à l'Appendice, des documents qui indiquent l'acuité de cette question des nationalités et la tension des esprits qu'elle occasionne.
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CON£LUSION. 271
moyen plus facile de se sauver et de sauver les autres. Ceux qui, dans ce pays, ont accompli les œuvres de Div, ont 2mployé les vieux procédés que les Apôtres mêmes nous ont transmis. Pour se sanctifier, là-bas comme #illeurs, il faut prier, se mortifier et vaincre la
* chair de toutes manières. Ce que l'on a pris pour des
vertus &cfives ne sont que des qualités naturelles, ou même des défauts, incapables d'élever l'homme à sa fin surnaturelle,
Les évêques et les prêtres qui ont opéré des prodiges en Amérique, venus presque tous de l'Europe, ont suivi les méthodes de l'ancien temps, les méthodes des saints de tous les, siècles et de tous les pays. Ils étaient animés de l'esprit apostolique, non point de l'esprit moderne. Ils prèchaient Jésus-Curisr crncifié et ne s'entretenaient guère de progrès et de liberté avec les reporters des journaux profanes. L'Évangile, et non la politique, était leur arme de combat. En un mot, ils savaient et enscignaient que de nos jours, ‘comme autrefois, on arrive au ciel par le Chemin de la Croix,
et non pas en chemin de fer.