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naires, que sais-je encore ! Le vocabulaire des américanistes est très étendu ; et si vous hésitez seulement à découvrir dans la démocratie américaine l'aurore d'une nouvelle révélation, ils vous assomment avec des phrases, sonores mais creuses, comme celles-ci :
« Notre travail est dans le présent, non point dans le passé. C’est une erreur de vouloir mieux comprendre le treizième siècle que le dix-neuvième... Le monde est entré dans une phase toute nouvelle ; le passé ne reviendra pas; la réaction est le rêve de ceux qui ne voient pas et n'entendent pas; qui, entièrement oublieux du monde vivant derrière eux, vont s'asseoir aux portes des cimetières pleurant sur des tombes qui ne se rouvriront jamais (1). »
Arrangez-vous avec cela. C'est tout ce que vous aurez jamais, en réponse à votre légitime demande de renseignements sur la nature des secours spirituels dont la démocratie américaine a daigné gratifier le genre humain, qui languissait depuis dix-huit siècles dans le demi-jour du christianisme vieux modèle.
Dans sa sollicitude paternelle, Léon XII à pourtant essayé, par son encyclique Longinqua Oceani, du 6 janvier 1895, de jeter un peu d’eau froide sur ces enthousiasmes politico-religieux. Quelque admirables que soient les institutions américaines, dit-il dans ce document, «il n’en faut pas moins écarter l'erreur qui consisterait à croire qu'il faut chercher en Amérique l'idéal de la condition de l'Église. » Cela n’a pas calmé l'ardeur des apôtres du nouvel évangile. Ils croient
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4: Discours de Mgr lreland à Baltimore. The Church and Modern Society, p. 72.
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Situation
encore que la démocratie, même irréligieuse, est un moyen de salut (1).
I n'y a pas si longtemps, le 10 février 1899, le Catholic Universe, de Cleveland, Ohio, publiait une lettre de M. J. D. Croke, écrivain américain connu, qui admettait franchement que les américanisants avaient souvent dépassé et dépassaient encore les bornes du raisonnable. Je crois devoir traduire quelques passages de cetle communication, qui jette une vive lumière sur l'état d'âme des tenants de la démocratie devenue moyen de salut; de ces singuliers philosophes chrétiens pour qui, non seulement la grâce vient par le canal de la démocratie, mais qui trouvent dans la séparation de ia démocratie d'avec la religion, le comble de la perfection :
« En Amérique, dit M. Croke, on à enseigné aux
4. Je crois qu'il convient de citer ici l'opinion d'un américain célèbre, Brownson, sur la bonté intrinsèque de la démocratie :
« Là où les peuples sont catholiques et soumis à la loi de Dieu telle qu’elle est enseignée et appliquée par le Vicaire de Jésus- Curisr et le Pasteur suprême de l'Eglise, le système démocratique peut être regardé comme une bonne forme de gouvernement ; mais là où il se trouve combiné avec le protestantisme ou J'incrédulité de la nation, ce système tend fatalement à l'abaissement du niveau de la moralité : il affaiblit les forces intellectuelles, il fausse les caractères et entrave la civilisation, comme sufit pour le prouver notre courte expérience d'Ainé rique. Notre république a eu, sans doute, son expansion et son développement dans l'ordre des choses matérielles ; mais tout américain qui veut observer et penser, et dont le souvenir, comme le mien, peut se reporter à cinquante années dans le passé, voit clairement que, sous tous les autres rapports, notre société baisse et s’en va sur la pente de la plus complète sauvagerie. » — Hrownsons Review, janvier 1873.
En d'autres termes, la démocratie exige les grandes vertus, elle ne les crée pas.
Situation relig. aux États-Unis.
- générations catholiques qu'il faut approuver et admirer N le système qui y prévaut. Cela montre quelle sûreté offre l'Église dans tous les pays. Cela prouve qu'elle rép: ne présentait aucun danger à Néron ou à Caligula, lu d qu'elle n’en présente pas en Pologne et en Russie, et atic qu'elle n’en présente pas dans les Élats républicains Je de France et d'Amérique. Mais des interprètes non Crél autorisés de l'opinion catholique sont allés beaucoup : plus loin. Ils ont férocement attaqué les relations États actuelles entre l'Église et l'État dans le vieux monde, ferm les ont condamnées comme fausses et nuisibles, et tion : ont conseillé de leur substituer le système boiteux qui & (one-legged) du nouveau monde. Or, avec toute la AD 1 déférence possible pour ces personnes aux bonnes re hi intentions, je demande la permission de faire une egim LA distinction qui est, je crois, dans la pensée de Rome, plainc ï et qui, si l'on s’en était souvenu plus vite, aurait les fau Me empêché tout ce tintamarre autour de laméricanisme. veux , M Le système qui prévaut dans le nouveau monde lui adopt
est spécial, historiquement et de toutes manières. Ce système représente la seule solution d'une difficulté créée par la Réforme. Les auteurs de la Déclaration d'Indépendance se trouvaient en face d’une situation unique dans l'histoire et qui était un legs de la Réforme du seizième siècle. Toutes les sectes de l’Alle-
mal :
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magne et de l'Angleterre étaient reconnues en Amé- point, rique, ainsi que la vieille religion. Personne ne censure atholi( leur conduite. Mais louer chaleureusement le système position qu'ils ont adopté en vue des conditions nouvelles et spé- États-|
ciales du pays, c'est une chose ;demander que ce sys- | tème soit appliqué partout, c'en est une autre. Or, cela,
| on l’a fait. Maintes et maintes fois, j'ai lu des articles dans des publications américaines, où on louait cette reconnaissance universelle de toutes les religions et où on la proclamait convenable, non seulement aux États-Unis, mais aussi à l'Europe, et où, ce qui était pe encore, on la déclarait convenable en thèse générale. »
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Nous avons dans cet écrit l'aveu que le mal est très répandu : Maintes et maintes fois, dit M. Croke, j'ai lu des plaidoyers en faveur de la doctrine de la séparation de l'Église d'avec l'État.
Je puis ajouter mon témoignage à celui de M.
Croke. Un très grand nombre de catholiques aux États-Unis, de langue anglaise spécialement, sont fermement persuadés que non seulement la séparation absolue de l'Église et de l'État est une nécessité qui s'impose aux États-Unis — ce qui est très vrai
— mais que les pays qui ne sont pas soumis à ce régime sont arriérés, revêches au progrès et fort à plaindre. L'État mettant toutes les religions, la vraie et les fausses, sur un pied d'égalité, ce n’est pas, à leurs yeux, un système qu'on doit, par la force des choses, adopter aux États-Unis, pour éviter un plus grand mal ; c’est la perfection même, théorique et pratique, des relations qui doivent exister entre les deux ordres. Les papes ont beau parler, les américanistes ne comprennent pas encore la doctrine de l'Église sur ce point, et s’imaginent et proclament que la religion
catholique n'a jamais eu et ne saurait avoir une
position plus enviable que celle qu’elle occupe aux
États-Unis. The United States is the Church's home.
Tout dernièrement encore, le 23 mars 1899, l’un des
Journaux catholiques amérieanisants, le Catholic
Union and Times, de Buffalo, disait :
« Quand l'Église s'américanise, dans le sens déjà indiqué, elle met de côté les habillements vermoulus (moth-eaten) des pays épuisés et se couvre des vêtements brillants de la liberté. Car ici elle est plus libre que dans tout autre pays du monde entier, et cette
liberté lui est garantie à tout jamais par la Constitution. C'est donc de l'américanisme pour l'Église de n'être pas, en ce pays, entravée par les concordats des tyrans intrigants. C'est de l’américanisme pour les membres de son clergé d’être accueillis dans les rues, non par des huées, mais par Jes saluts de leurs concitoyens (1) et d'être subventionnés par leurs ouailles affectueuses, et non par l’État qui se propose d'en faire ses serviteurs. »
Ces quelques citations suffisent pour montrer ce que les américains américanisants pensent et disent d'eux-mêmes. Je pourrais donner des pages et des pages dans la même note, car la quantité d’encens que ces braves gens s'offrent depuis quelque temps, est vraiment prodigieuse.
Je crois pouvoir clore ici la première partie de mon travail. Le lecteur s’apercevra, en étudiant la réalité, jusqu'à quel point on vit d'illusions aux États-Unis.
4. Il est bon de faire observer que les prêtres des États-Unis se croient encore obligés de ne pas porter la souiane sur la rue, Beaucoup de prêtres séculiers, je devrais peut-être dire tous, y compris les évêques, s'habillent en clergymen même à la maison. Ils ont un costume clérical, mais à peu près le même que celui que portent les ministres protestants. Les religieux portent généralement leur costume particulier chez eux, mais quand ils sortent de leurs ccuvents, ils se transforment en clergymen. Même à New-York, ville catholique au dire de M. Brunetière et où, en effet, les catholiques sont très nombreux, je n'ai jamais vu un religieux traverser seulement la rue revêtu du costume de son ordre. Je crois, pourtant, que les prêtres séculiers pourraient porter la soutane publiquement, et les religieux leur costume propre, sans grave inconvénient. Les religieuses des différents ordres le font habituelicment. On dirait vraiment que les prêtres catholiques des États-Unis préfèrent ne pas trop trancher sur les clergymen en général. La soutane et l'habit monacal seraient-ils, par hasard, compris dans les « habillements vermoulus » — moth-eaten vesture — du vieux monde épuisé ?
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