‹ La situation religieuse aux Etats-Unis [microforme]Chapitre 4 sur 132 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ONSIEUR BRUNETIÈRE commence par s'étonner

du développement du catholicisme aux États- Unis. C’est, pour lui, un « phénomène paradoxal », ni plus ni moins.

« Comment, s'écrie-t-il, ceux qui n'étaient, il y à cent vingt-cinq ans, qu'un peu plus du centième de la population de l Union, 30 ou 40,000 âmes sur 3 millions d'habitants, en sont-ils devenus le septième, 9 ou 10 millions sur un chiffre qui n’atteint pas encore tout à fait 65 millions (1)? et comment de toutes les confessions qui se partagent « l’un des peuples les plus religieux » du monde, la plus nombreuse et bientôt la plus riche?.... Comment se fait-il qu’une ville, New-York, fundée par des marchands protestants, soit actuellement une des plus grandes villes catholiques duü monde? »

Après s'être ainsi livré à l'étonnement, M. Brunetière se met à la recherche des causes de ce « prodi-

de

| gieux développement » du catholicisme aux États-

nr ntnatnnnmn, Unis, Il affection ne ce mot: prodigieux développement ;

, nous le retrouvons plus loin, à la page 168. Pour

1. Les journaux américains prétendent que la population des : États-Unis est actuellement de 70 ou même de 15 millions,

ie Lois au aresrerge

expliquer ce « prodigieux développement », il y a, suivant lui, des « causes particulières et locales », des causes vraiment « américaines » ; il y en a « d’autres, et de plus générales et qui tiennent peut-être à l’'essence même du catholicisme, »

Soyons persuadés que si l'Église a fait quelque progrès aux États-Unis, cela est dû surtout aux causes «qui tiennent à l'essence même du catholicisrne. » Quant aux « causes particulières et locales », elles n'existent que dans l'imagination des Européens enthousiastes. Ou plutôt il n'y en a qu'une ; et cette unique cause « particulière et locale » n'est guère « américaine » ; c'est l'immigration. L'air des États-Unis n'est absolument pour rien dans le développement du catholicisme aux États-Unis. J'espère en convaincre le lecteur avant de déposer la plume.

M. Brunetière cite ensuite M. de Tocqueville qui a dit prophétiquement : « Si le catholicisme parvenait

enfin à se soustraire aux haines politiques qu'il a

fait naître, je ne doute presque point que ce même

espril du siècle qui lui semble si contraire ne lui

devint très favorable, et qu'il ne fit tout à coup de

grandes conquêtes. » M. Brunetière, qui sonligne la prophétie de son compatriote, est d'avis qu'elle s’est réalisée : « C'est ce qui s'est vu en Amérique, aux » États-Unis, dans le siècle où nous sommes, et c'est » ce que je voudrais essayer de montrer », dit-il.

La triple thèse de M. Brunetière, si je saisis bien sa pensée, c'est donc : 4° que le catholicisme est parvenu, aux États-Unis, à se soustraire aux haines politiques, 2 que l'esprit du siècle lui est devenu très favorable, et 3° qu'il a fait tout à coup de grandes conquêtes.

LA

Avan que M.

Il no fondate portes récomp nombre persécu autres ( l'Indépe concour de la F théoriq d'égalité Jusqu connu.

ne com Suit u premiers naires ft

\'elle ne m | de M, de

La pag

b lesquelles } &U COMM

si l'on n

D on ne le écrivains | manifeste | Il signale :proyincia 22 avril 4

es,

Avant d'examiner cette thèse, résumons les preuves que M. Brunetière apporte pour l’appuyer.

Il nous parle d’abord de la tolérance religieuse des fondateurs catholiques du Maryland, qui ouvrirent les portes de leur colonie aux protestants et qui en furent récompensés par la plus noire ingratitude. Devenus le nombre et la force, les protestants s'y livrèrent à la persécution légale des “atholiques, comme dans les autres colo ‘es. Ce n’est que lors de la guerre de l'Indépendance que les Américains, ayant besoin du concours de leurs compatriotes catholiques et de l'aide de la France et de l'Espagne, songèrent à admettre, théoriquement, la religion catholique sur un pied d'égalité avec les diverses sectes protestantes.

Jusqu'ici nous n'avons qu'un fait historique bien connu. La preuve de la triple thèse de M. Brunetière ne commence pas encore à poindre.

Suit un résumé, pages 142-144, des travaux des premiers missionnaires, particulièrement des rnissionnaires français. C'est une page fort édifiante, mais elle ne montre nullement la réalisation de la prophétie de M, de Tocqueville.

La page 145 est consacrée aux difficultés contre

à lesquelles les catholiques des États-Unis ont dà lutter : «u commencement du siècle. M, Brunetière se demande si l'on n’a pas exagéré parfois ces difficultés, si

2 on ne les a pas « tournées au tragique ». — « Les écrivains protestants le disent », et notre auteur n'est | manifestement pas éloigné de croire qu'ils ont raison. 1] signale bien la lettre des Pères du troisième conci!s provincial de Baltimore à Grégoire XVI, en date du

22 avril 14837, se plaignant des mauvais traitements

er nine ir vcn E

Tu os dot tte

que recevaient les catholiques des États-Unis; mais il paraît être d'avis que les bons évêques exagéraient quelque peu la situation, que tout se réduisait, en fin de compte, à la destruction du couvent de Charlestown par la populace de Boston. Du reste, suivant M. Brunetière, «c'est une question de savoir s'il se méêlail vraiment du fanatisme ou de la passion religieuse à

cette exnlosion de fureur populaire. On accusait les # religieuses d'avoir affolé l’une d'elles à force de mau- # vais traitements. » Croire aussi facilement à pareille accusation, et traduire sa croyance en incendiant le M

couvent, cela ressemble singulièrement à un acte de

fanatisme ou de passion religieuse, ou plutôt anli- |

religieuse. Chose certaine, c'est qu'on ne saurait y

trouver cette preuve de bienveillance que nous recher-

chons.

M. Brunetière nous apprend, dans une note à la page 45, que pour «plus d’impartialité », il suit la

version du Révérend Robert Baird, « qui n’est pas tout |

à fait conforme à celle qu'on trouve dans les Annales de la Propagation de la Foi. » Pourquoi la version du Révérend Baird offre-t-elle plus de garanties d'impartialité? Mystère! « En tout cas, ajoute-t-il, la réprobation contre ce: acte de violence fut universelle en Amérique.» Il s'appuie sur lès mêmes Pères pour

prouver cette universalité de la réprobation. Mais les #

évêques ne parlent que de «la majeure et la plus saine partie de la population. »

Nous aurons l’occasion, plus loin, de parler de l'incendie du couvent de Charlestown ; mais, en atten-

dant, il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer, |

encore une fois, que même la version qu’en donne

M. Bru convai füt deve de la co les âmé portait Néron, :

tribuer grossir à invoq reur, ni de ce te M. Br «les vr rencontr peu bien leurs déf Mais dès tombées,

entière. »

les événe d'emport cons d’ar viction, « même du Pas mêm

| The Ame:

qui à pou

tique et c Vous d

inelière af chercher,

is il ent n fin Own

une- |

ôlait

use à !

t les A mau- | reille à nt le M

te de an liait Y

cher-

à la it la s tout nales bn du par- Sprole en pour

is les !

plus

r de tten-

quer, !

nne

l'entière. » Et il ajoute : « Quelques années plus tard,

: d'emporter ce qui pouvait survivre encore des soup-

| The American Protective Association, — société secrète ; qui a pour but d’écarter les catholiques de la vie poli- De tique et civile, de les ostraciser de toutes manières. à

}netière apporte à l'appui de son optimisme. J'ai beau k chercher, je ne trouve que ce décret du premier Con-

titi

M. Brunetière, d'après le Révérend Baird, ne nous convainc pas qu'à cette époque « l'esprit du siècle » | füt devenu favorable au catholicisme. Cette explosion de la colère aveugle de la foule a pu augmenter, dans les âmes droites, « l'estime et la vénération qu'on portait aux catholiques. » De même, les atrocités de Néron, à l'égard des premiers chrétiens, ont dû contribuer puissamment, avec le concours de la grâce, à grossir les rangs des fidèles. Mais on n'a jamais songé à invoquer ce fait à la décharge du sanguinaire empereur, ni comme une preuve que « l'esprit du siècle » de ce temps-là était favorable à la religion du Curisr. M. Brunetière nous raconte ensuite, pages 146-149, «les vraies difficultés, le plus redoutable obstac!e que rencontrait le catholicisme. » C'étaient les dispositions peu bienveillantes des protestants, leurs préjugés et L leurs défiances à l'égard de l’Église et de ses doctrines. Mais dès 1852, affirme-t-1l, « bien des défiances étaient tombées, et la liberté religieuse était tout pres d’être

TR PLAT (AS AA DD De ours 2 20

les événements de la guerre de Sécession achevaient

çons d'autrefois. » Et à l'heure qu'il est, c’est sa conviction, « aucun Américain ne se défie du civisme ou même du libéralisme de ses concitoyens catholiques. » Pas même, je suppose, les membres de l'A. P. A., —

SRE:

Vous demanderez peut-être quelles preuves M. Bru-

cile plénier de Baltimore : « La Constitution et les lois # de nos États ayant pourvu très sagement à ce qu'aucun | pouvoir séculier n'entreprit de s'immiscer dans les # choses de la religion, les évêques devront employer £ tout leur zèle, avec prudence toutefois, pour qu'en 4 aucune rencontre les soldats ou marins catholiques M ne soient obligés d'assister contre leur conscience aux ! cérémonies des cultes non catholiques. » Voilà tout # ce qu'il a fallu à M. Brunetière pour le convaincre que # « la liberté religieuse est tout près d’être entière »

aux États-Unis.

Sans doute, celui qui désire voir un paysage tel ! qu'il est ne doit pas se servir de vers fumés ; mais des # lunettes roses, si elles donnent à la vue une impres- ! sion plus agréable, ne nous montrent pas davantage À

les objets sous leur véritable couleur.

Mais voici un petit nuage qui passe devant les | lunettes roses. C'est rose comme le reste, mais enfin # c'est un nuage. Et un nuage, même rose, ce n’est pas À le ciel bleu. Ce petit nuage s'appelle «un dernier À obstacle à la propagation du catholicisme aux États- | Unis. » On l’a plusieurs fois signalé à l'attention de |

M. Brunetière, mais il « n'ose guère en parler, comme n'étant pas de ceux dont on puisse aisément mesurer

la force ou seulement vérifier l'existence, » Mais enfin M il faut le mentionner. « Est-il donc vrai, serait-il donc M possible que, dans cette grande démocratie, l'humble À origine et la condition populaire du plus grand nombre fs

des catholiques eussent jeté quelque défaveur sur les doctrines qu'ils professent ? » M. Brunetière ne peut

pas croire aisément que ses chers Américains « parta- | gent cette manière de voir ou de sentir. » C'est bien

là, pou partage Mais ré « mani ment à l'extrèn litres. | règle, 1 aucune cratie p redorer Américé et milite y foison nels surt a inspir des État:

personn( licisme, dant pas [essor où estime st Quoi q Cains à €:

« Catholi munion € de Lrcp, 1

bce qu'il a

« Appren cœur (1).

Page 1