AVANT-PROPOS,. VI
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tableau : les catholiques qui étaient 30 ou 40,000 ily a cent vingt-cinq ans, avec un seul évêque, sont aujourd'hui neuf ou dix millions, avec une hiérarchie nombreuse qui se meut librement. Trop de catholiques, en Europe, je le crains, ne remarquent que ce fait historique incontestable; et ils en tirent lu conclusion que dans aucun siècle et dans aucun pays l'Église n'a été aussi heureuse qu’elle l'est, en cette fin du dix-neuvième siècle, au sein de la grande République Américaine ; qu'à nulle autre'époque et nulle part ailleurs elle n'a fait d'aussi merveilleux progrès, d'aussi précieuses conquêles.
D'après les idées qui sont évidemment acceptées dans certains milieux européens, l'Église ne rencontrerait, aux Étais-Unis, que juste aserz d'obstacles pour aiguiser son sèle el exciter son activité. Les surmonter ne serait pour elle qu'un exercice salutaire destiné uniquement à entretenir ia plénitude de sa vie : quelque chose comme le travail auquel devaient se livrer nos premiers parents avant leur chute. En un mot, les États-Unis, au point de vue catholique, seraient un Paradis terrestre.
C'est là l'impression qui se dégage de la lecture de l'article de M. Brunetière. Et c'est cette impression qu'il importe, selon moi, de détruire ; car les impressions fausses ne font de bien à personne.
Des écrivains d'Europe ont, plus d'une fois, iravaillé à redresser les idées de leurs contemporains sur la situation véritable de l'Église aux États-Unis. Ils ont écrit d'excellentes choses. Je n'ai pas la prétention e rien dire de meilleur, ni surtout de mieux dire. Mais il m'a semblé que je pouvais apporter au débat un peu d'inédit,
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el que mon titre d'Américain authentique donnerait quelque poids à mon témoignage.
S'il s'agissait d'une question de liltéralure, je n'oserais certes pas me mesurer avec M. Brunelière, qui jouit, à juste titre, d'une grande réputation d'écrivain. Mais je crois avoir quelque compétence spéciale pour parler de ce qui existe et de ce qui n'existe pas aux États-Unis. J'y suis né et j'y ai vécu jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Ensuite, il est vrai, je suis devenu Canadien ; mais pendant ces trente dernières années, j'ai visité les États- Unis plus d'une fois, et j'ai toujours conservé des relations fréquentes et intimes avec mes parents américains. De plus, journaliste depuis vingt-cinq ans, j'ai dû suivre de très près, chez nos voisins, dans leurs journaux et leurs revues, les discussions sur les questions religieuses et sociales, la marche des événements politiques et le mouvement général des idées.
Voilà mes titres à rendre témoignage dans la discussion engagée autour de l’américanisme. On les trouvera suffisants, je crois, pour justifier mon intervention.
Je divise mon travail en deux parties : les illusions et la réalité. Dans la première, j'examine ce que certaines personnes s'imaginent découvrir aux États-Unis. Dans la deuxième, me basant sur des autorités compétentes je constate ce qui réellement y existe.
JULES TARDBIVEL.
Chemin Sainte-Foye, près Québ”c, Fête du Sacré-Cœur, 1899.