CHAPITRE CINQUIÈME
ous avons entendu M. Daniel Dougherty déclarer, devant le Congrès catholique de Baltimore, que les catholiques des États-Unis, « bien qu'ils soient les égaux de leurs concitoyens par l'intégrité, l'intelligence et l'instruction, reçoivent bien rarement des positions élevées. » «Les plus grands honneurs, au sein de cette république, a-t-il dit encore, nous sont refusés en vertu d’un préjugé qui a toute la force d’une loi organique. »
En effc:, c'est une loi non écrite, comme on dit en anglais — an unwrillen law — mais une loi inflexible, que le président des. États-Unis ne peut pas être un catholique. Il y aura peut-être un roi catholique en Angleterre avant qu'il y ait un président catholique à Washington. Aucun parti politique ne songerait à proposer un catholique au poste de premier magistrat de la République. Si, par impossible, un des partis faisait une telle proposition, il serait littéralement balayé aux élections comme une vile poussière. On ne peut pas se figurer un catholique ou un nègre président des États-Unis. C’est une impossibilité morale.
Le Catholic Record, d'Indianapolis, publiait, dans son numéro du 23 juillet 1896, un article remarquable sur ce sujet. J'y relève ce qui suit. S’étant posé la
question : Un catholique pourrait-il être président des États-Unis ? Y'auteur répond ainsi. Je résume sa pensée :
« On peut, sans danger, donner à cette question une réponse négative. Il est vrai que rien, dans la constitution générale des États-Unis, ne s'oppose à ce que les catholiques acceptent les grandes charges publiques. Au contraire, il y est dit expressément que personne ne doit souffrir à cause de sa religion. Mais à côté de la loi écrite, il y a une loi non écrite qui affirme que les catholiques ne sont pas sur un nied d'égalité avec les autres citoyens. Vollà un fait qui s'affirme à chaque élection où il y a des candidats catholiques. Rarement les candidats catholiques reçoivent autant de votes que les autres candidats du même parti, et ils sont souvent battus lors même que leur parti triomphe. Il y a plus d'un demi-siècle, un: écrivain distingué déclara « qu'aucun parti politique en » ce pays ne pourrait songer sérieusement à un catho- » lique comme candidat à la présidence. » Ce n'est pas aller assez loin. Voici comment il faut formuler la proposition : « Un homme qu’on soupçonne d’avoir » des parents catholiques peut-il être élu président ? » » On a appliqué ce genre d'ostracisme d’abord au général Scott, dont la fille avait embrassé la foi catholique. Si M. Blaine n'avait pas été le descendant d'une famille. catholique, il aurait eu beaucoup plus de chances d'arriver à la présidence. Son origine catholique était toujours contre lui, et ses adversaires, dans son propre parti, employaient cet argument contre lui, avec avantage. On avait parlé du général Sherman comme candidat à la présidence, mais le catholicisme
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OSTRACISME POLITIQUE. 113 | F il de sà famille le fit facilement mettre de côté. Le général | a Hancock, devenu candidat du parti démocratique à la |
présidence, fut obligé de déclarer qu'il n'avait aucune | 1e | sympathie pour $es parents catholiques. Il fut ques-
s- tion, un jour, de la candidature du général Sheridan, | ue mais On n'en päria plus du moment qu'on apprit qu'il (| li- était catholique. || 1 >r- » L'existence de cette loi nonécrite contre les catho- | ; à liqués, et contre ceux qu'on soupçonne de tolérance qui à l'égard des catholiques, est aussi certaine que l’exisled tence des dispositions constitutionnelles en faveur de qui la liberté religieuse. Les faits historiques de ce genre, ats il faut les admettre ; on ne saurait les écarter : ils
soi- s'imposent. Les catholiques déplorent cette situation,
me mais ils doivent reconnaitre qu'ils sont frappés d’une
eur incapacité politique. »
cri- Voici un fait tout récent. En 1896, le parti démo-
> en | cratique était réuni pour choisir un candidat à la ho- présidence. Le Vew-World, de Chicago, en date est du 18 juillet, nous dira ce qui s'est passé à cette réu-
r la nion :
oir « Celui qui paraissait tout d'abord devoir être le Lt?» candidat du parti démocratique à la présidence, était
au | M. Bland. C'est lui qui a.toujours été à la tête du mou-
tho- vement argentiste. Son nom s’imposait à la convention une des délégués réunis à Chicago, et l’on s'attendait
de généralement à le voir choisi. Mais M"° Bland est
tho- | catholique, et les enfants de M. Bland sont également ans catholiques, bien que lui-même soit protestant. C'était lui, plus qu’il ne fallait pour qu'il fût ostracisé par la secte
an M haineuse. Les gens de l'A. P.A. firent distribuer pàrmi
sme les délégués une carte portant ces mots ; « Votez pour
Bland et érigez un nfessionnal dans la Maison Blanche. » La majorité des délégués a-t-elle eu peur? Sans doute, puisque M. Bland, que sa position politique appelait au premier rang, a été mis de côté. »
Dans l'American Catholic Quarterly Review de janvier 14881, M. John Gilmary Shea consacre un article à discuter le sentiment anticatholique soulevé pendant la campagne électorale qui venait de se terminer par l'élection de Garfield contre Hancock. Il démontre que le triomphe de Garfield était dû au fanatisme anticatholique. Hancock était soupçonné d'avoir quelques sympathies pour les catholiques, et les partisans de Garfield, les républicains, avaient poussé le cri que les catholiques voulaieni détruire les écoles publiques. Ce cri, dit Shea, a suffi pour rallier au parti républicain l'appui de l'élément Ænow-nothing du parti démoeratique et faire battre Hancock.
Le parti démocratique passe généralement pour être « l'ami et le soutien des catholiques. » On y trouve probablement moins de fanatiques, moins d’ennemis haineux de l'Église que dans les rangs du parti républicain. Les catholiques, en majorité, donnent leurs suffrages aux candidats démocratiques. Cependant, voici ce que Shea, dans ce mème article, dit de ce parti qu'on considère comme le moins hostile aux catholiques :
« Le parti démocratique n’a jamais favorisé le: catholiques en tant que catholiques ; il n’a jamais, quand leurs droits constitutionnels étaient menacés, maintenu fermement les vrais et sains principes américains. Il s’est toujours opposé au choix des candidats catholiques aux postes importants ; et quand
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