S. Jean, xv
fondements que l'Église a posés n'ont pas été entièrement déracinés. Même les pays hérétiques et maçonniques de l'Europe ont conservé des beautés qu'on ne trouve pas ailleurs ; beautés qui viennent du travail de l'Église accompli dans les siècles passés.
Les États-Unis se sont formés, nous l'avons vu, sous l'impulsion de l'esprit du monde, et cet esprit devient de plus en plus l'unique facteur de la civilisation américaine. L'Église et l'esprit de l'Église, dans les commencements, n'y étaient guère connus; et les restes de christianisme qu'avaient conservés les sectes protestantes, et qui donnaient, tout d'abord, une teinte religieuse à la vie publique, disparaissent rapidement, se transforment en incrédulité, en indifférence et même en hostilité ouverte contre la doctrine fondamentale du christianisme : la chute de l'homme et la rédemption du genre humain par l'Homme-Dreu. Il suffit d'avoir vécu quelques années aux États-Unis pour s’apercevoir que ce pays, loin d'êire la patrie de l'Église — 7'he Church's home — est plutôt l'habitat du naturalisme maçonnique (1).
Il est donc moralement impossible que « l'esprit du siècle » des États-Unis, l'esprit publie, l'opinion publique, puisse être devenu « très favorable à l'Église. » Il lui est resté très hostile, au contraire, à cause de la
1. On l’a vu plus haut, les sociétés secrètes et maçonniques comptent des millions d'adeptes aux États-Unis. Le Freeman's Journal, de New-York, à la date du 11 février 1899, a déclaré que sur 75 millions d'habitants que renferme la République, 25 millions seulement fréquentent les différentes églises. IL y aurait donc 50 millions de personnes qui n'y pratiquent aucune forme de religion chrétienne. Le chiffre de la population totale des Etats-Unis est peut-être exagéré, mais la proportion des
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nature même et de cet esprit et de l'Église. Si « l'esprit du siècle » était devenu « très favorable » à l'Église, ce serait la preuve que l'Église de ce pays aurait cessé d'être la véritable Église de Dreu. Et si l'esprit du siècle était devenu « très favorable » à certains catholiques américanisants, cela prouverait que ces catholiques sont pervertis, non pas que l'esprit du siècle est converti.
Mais les catholiques américanisants ont beau faire du zèle ; ils ont beau approuver bruyamment toutes les iniquités de leur pays, y compris l’inique guerre déclarée à l'Espagne ; ils ont beau crier leur palriotisme sur tous lestoits, ils ne parviendront pas à combler l'abime qui existe entre l'Église de Jésus-Curisr et l’église de Satan, Prince de ce monde. Et même malgré eux, tant qu'ils resteront dans l'Église de Jésus-Carisr qu'ils cherchent à compromettre, ils seront haïs du monde; pas autant qu'ils devraient l'être, sans doute, mais plus qu'ils ne voudraient. Pour n'être plus haïs du monde, ils devraient trahir tout à fait Jésus-Cnrisr, et sortir ouvertement de son Église. Alors étant au monde, le monde les chérirait; « l'esprit du siècle » leur deviendrait « très favorable ». Mais ils ne seraient plus les disciples de JÉsus-Curisr.
À ce point de vue encore, les écrivains catholiques
incroyants ne l'est pas. Dès 1877, M. Claudio Jannet disait : « Les spirites se sont vantés, dans une de leurs dernières séances, d'être trois millions d'Américains et d'Américairnes ayant rompu avec toutes les églises chrétiennes et décidés à agir sur l'opinion publique, non seulement pour les questions de dogme, mais pour les questions morales et sociales.» Les États-Unis contemporains, tome IT, p. 72.
des États-Unis ont fait, autrefois, des aveux qu'il es! bon de recueillir et d'opposer à leur optimisme d’aujourd'hui. Commençons par le Catholic World d'il y a un quart de siècle.
« La communauté catholique des États-Unis doit combattre un ennemi beaucoup plus insidieux et dangereux que les ennemis qui se sont ligués contre l'Église, même à l'époque des plus sombres persécutions. Alors l'Église n'avait plus qu'à briser les idoles de la Rome impériale déjà ébranlée jusque dans ses fondements. Aujourd'hui nous devons lutter contre ce qu'on peut appeler le paganisme civilisé, énergique, sans scrupules, habile, qui n’a qu'un but : le plaisir des sens, qui cultive l'intelligence aux dépens de l'âme, et essaie de tirer des œuvres mêmes de Dieu, une justification du mépris de ses lois et des arguments contre son existence... C'est triste à dire, mais il n'en est pas moins vrai que, d’après la statistique officielle, près de la moitié des habitants de ce pays, hommes et femmes, ne croient en aucune forme de religion. Les écoles publiques qui ignorent l'existence de DrEu ou qui ne reconnaissent DiEc que pour tourner en ridicule et travestir sa doctrine, en ont fait de purs animaux cultivés (1). »
On l’a vu, le paganisme a progressé et la proportion des incrédules à beaucoup augmenté depuis 1874. Ils composent maintenant les deux tiers de la population, au dire du Freeman's Journal, qui n’est pas porté à exagérer contre les États-Unis. Le Catholic Universe, de Cleveland, Ohio, déclarait dans son numéro du