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tion, de Faribault, l'abbé James-J. Conroy, fit au bureau des écoles de sa ville :
« En compensation de la somme d’un dollar var année, — un loyer purement noininal, — je m'engage à placer sous la direction et le contrôle du Bureau d'Éducation de la ville de Faribault, la maison d'école avec tout son ameublement, école actuellemeni connue scus le nom d'école paroissiale de l’église de l'Immaculée- Conception, ainsi que le terrain sur lequel la maison d'école est construite, ladite maison devant servir pour les fins scolaires, selon les conditions que le Bureau d'Éducation pourre déterminer pour le bien des intéressés (1). »
L'offre fut acceptée, cela va de soi.
D'après l’almanach ecclésiastique de Hoffman, cette école de Faribault était fréquentée par 209 élèves, Elle était donc en état de se maintenir. Du reste, je ne crois pas que le manque de ressources ait été jamais allégué comme le grand motif de ce changement. Les journaux déjà cités rapportent que l'abbé Conroy donna comme une des principales raisons de son acte extraordinaire, un mobile plus étonnant que l'acte même. Il déclara qu’il avait transformé son écoie paroissiale ea école publique, « afin que les enfants qui fréquentaient cette école pussert recevoir les bienfaits qui résultent d’une formatiou américaine, dans le sens le plus étendu du mot, et pour qu'ils fussent bien préparés à remplir leurs devoirs de citoyens arhéricains. »
1. Ce document a été publié dans les journaux de l'Ouest, au commencement de septembre 1891, notamment dans le Minneupolis Journal et le Catholic Citizen, de Milwaukee.
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C'était dire assez clairement qu'une éducation catholique n'est pas une formation américaine, et que c'est dans les écoles publiques, et non dans les écoles catholiques paroissiales, que les enfants apprennent à bien remplir leurs devoirs de citoyens.
Le scandale fut grand, j'ai à peine besoin de le dire.
Les protestants et les non-catholiques eux-mêmes ne cachaient pas leur étonnement, je dirai même leur stupéfaction. Un reporter du Minneapolis Journal, feuille non catholique, alla trouver l'archevèque de Saint-Paul. Visiblement, il s'attendait à trouver le prélat fort irrité contre ce prêtre. Mgr Ireland lui répondit tranquillement : « J'approuve ce que Father Conroy vient de faire. Il me représente à Faribault. »
L'acte de l'abbé Conroy, approuvé par son Ordinaire, eut un immense retentissement aux États-Unis. Tous les journaux non catholiques : protestants, maçonniques, sceptiques, naturalistes, revenus de leur première surprise, y applaudirent bruyamment. Le Post, de Washington, par exemple, à la date du 26 septembre 1891, s’extasiait devant « cette nouvelle preuve de l'américanisme vigoureux — {horough going americanism — de Mgr Ireland. » Tous les journaux hostiles à la religion catholique voyaient dans cette transformation d’une école paroissiale en école publique, une politique nouvelle, — a new departure, — absolument contraire à ce que l'Église avait toujours enseigné et pratiqué, en Amérique comme en Europe. Quelques
journaux catholiques, entre autres le Vorth-Western
Chronicle, de Saint-Paul, et le Freeman's Journal, de New-York, le Ffreeman’s Journal du Grand Mac-Master,
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approuvèrent hardiment le plan de Faribault, et souhaitèrent de le voir se généraliser. Par contre, d'autres
journaux le dénoncèrent comme un grave péril pour
l'Église. Le Catholic Mirror, de Baltimore, par exemple, consacra à l'incident, aux dates du 3 et du 10 octobre, denx grands articles fort vigoureux. Il se prit corps à corps avec Mgr Ireland lui-même et déclara que l'acte qu'il venait de permettre et de sanctionner, était formellemet contraire aux enseignements des Papes et des Conciles. Si, disait en substance ce journal, la iransformation de l’école paroissiale de Faribault en école publique était justifiable, alors c'en serait fait de toutes les écoles catholiques des États- Unis. Car, ajoutait-il, les parents catholiques ont consenti à s'imposer un double fardeau pour créer des écoles paroissiales à côté des écoles publiques, uniquement parce que l'Église leur enseignait que c'était nécessaire en vue du salut de leurs enfants.
En réponse aux journaux qui disaient que les catholiques de Faribault ne pouvaient plus soutenir leur école, le Mirror déclarait qu'il fallait, dans ce cas, abolir tout simplement l'école et laisser aux parents le soin de pourvoir eux-mèmes à l'éducation de leurs enfants.
À peu près à la même date, le Catholic Citizen, de Milwaukee, constata que, bien que les religieuses eussent été maintenues comme institutrices, l’école de Faribault était devenue une vraie école publique ; que les images religieuses avaient disparu, que l'on n'y récitait plus l'Ave Maria, que l'enseignement religieux ne se donnait qu’en dehors des heures de classe.
citoyens, à cause de la signitication de leur costurne L
LA QUESTION SCOLAIRE, 175 t sou- Du reste, pour connaitre les conditions que l'État autres exigeait afin de reconnaître la légalité de la transfor- | pour mation de cette école paroissiale en école publique, il , par . suffit de lire ce passage du rapport spécial de M. D.-L. et du Kiehle, surintendant des écoles publiques du Minne- . Ise sota, chargé d'examiner le cas @e Faribault : me et « Un Bureau d'Éducation ne peut pas, légalement, | sanc- s'engager à tenir compte de la question religieuse eigne- dans le choix des professeurs, et il ne peut pas sépastance rer les enfants par classes selon leurs croyances reliale de | gieuses ; :# Bureau ne peut pas occuper une école | rs c'en paroissiale et en prendre la direction, avec l'entente, États- formelle ou implicite, que les professeurs seront chois ont sis parmi les membres d'une congrégation religieuse créer quelconque, ou que les enfants appartenant à une liques, secte particulière y seront envoyés. Une telle entente Fr it que priverait cette école de tout droit à une part des fonds po its. publics. » | 1 tholi- Il est donc manifeste que l'école catholique de Fariécole, bault avait été vraiment sécularisée. Elle étair devenue | É abolir une école mixte et neutre. Les religieuses n’y étaient LH nts le restées que par accident, et non en leur qualité de reli- | leurs gieuses. Dans son rapport, le surintendant est très | | 4 explicite ‘1r ce point. Dal en, de « Les sœurs (à Faribault) sont des personnes reli- pl ieuses gieuses, et comme telles, n’ont aucune place daus | à l’école l’école publique pour l’enseignement des doctrines } 1] ique ; | religieuses. Mais si ce sont des personnes instruites et | 1 , que | capables d'enseigner, le Bureau d'Éducation peut les | h ement | employer aux travaux légitimes de l'école. Toutefois, | | es de si leur présence déplaît à une classe quelconque de | t
religieux, le Bureau doit, ou les congédier, ou les obliger à porter dans la maison d'école les vètements ordinaires de l'institutrice (1). »
Au mois d'octobre de la même année 1891, l'école paroissiale de Stillwater, également dans le diocèse de Saint-Paul, fut louée au Bureau des écoies publiques de la ville à des conditions identiques à celles qui avaient été acceptées pour la transformation de l'écoie de Faribault.
Le Minneapolis Journal, en date du 16 octobre, publie une dépêche de Saint-Cloud, État du Minnesota, annonçant que l’on y était en pourparlers en vue d'opérer une autre transformation semblabie.
Vers la même époque, Mgr Mcüolrick, évèque de Duluth, et l’un des tenants de l'école de Mgr Ireland, de passage à New-York, se laissa interviewer par les reporters. Voici le langage qu'on lui prête au sujet de la transformation des écoles de Faribault et de Stillwater :
1. Rappelons ici, pour bien faire toucher du doigt l'esprit qui prévaut généralement aux États-Unis, deux faits récents. À Galitzin, en Pensylvanie, et à Poughkeepsie, État de New- York, il existait naguère quelque chose de semblable au plan de Faribault : des religieuses enseignaient dans les écoles publiques. A Galitzin, on protesta contre le costume des religieuses et l'on porta l'affaire devant le surintendant des écoles publiques, qui décida qu'en l'absence de toute loi défendant le port du costume religieux dans une école publique, les religieuses pouvaient continuer à porter leur costume tout en remplissant les fonctions d'institutrices. Mais la décision du surintendant ne fut pas acceptée. On porta l'affaire devant la législature de l'État et celle-ci vota une loi — The religious garb bill — défe:idant le port de tout costume religieux par un instituteur ou une institutrice dans une école publique. A Poughkeepsie, on protesta également contre le costume des reli-
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« C'est une excellente idée et je crois qu'elle est destinée à être adoptée dans tous les États-Unis. Zl est passé le temps des rancunes en raison de différences dans les opinions religieuses. Nous ne voulons être qu'un peuple, ne parlant qu'une langue, un peuple absolument américain. »
Je lis régulièrement un nombre considérable de
journaux des États-Unis, et je n'ai jamais vu le
moindre désaveu de ces paroles attribuées à Mgr McGolrick.
Le Herald, de New-York, à la date du 14 décembre 1891, publia une interview d'un de ses reporters avec Mgr Ireland. L'archevèque de Saint-Paul, s’expli-
quant sur le cas de Faribault, se serait exprimé comme suit :
« Le Bureau (des écoles publiques) a le contrôle suprême dans tout ce qui regarde l’enseignement des matières exigées par son programme et pendant tout le temps fixé par ce programme. En retour, le Bureau paie toutes les dépenses courantes. Ainsi, l’argent de
gieuses. Le surintendant des écules publiques de l'État de New- York, l’incomparable Skinner, jugea, lui, qu'en l'absence «’une loi permettant le port d'à costume religieux, les religieuses devaient ôter le leur. Dans le: deux cas, le résultat fut le “même. En Pensylvanie, ce fut la légi ture qui se montra fanatique et intolérante : dans l'État de À w-York, ce fut le surintendant. — Cf, Frecman’s Journal, 11 mars 1899. La lecon qui ressort de
ces deux incidents, comme du rapport du surintendant Kiehle, du Minnesota, c ‘est qu'aux États-Unis, les écoles publiqu?s sont absolument neutres et que l'on ne doit y tolérer le moindre signe religieux. Elles doivent être neulres non seulement par l'enseignement que les enfants y reçoiveni, mais aussi per l'atmosphère qu'ils y respirent. Tout ce qui peut rappeler à ces jeunes esprits des pensées religieuses, doit être banni impitoyablement.
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l'État (1) n'est pas appliqué aux fins d'une instruction confessionnelle, — sectarian instruction; — il n'y a aucun partage de fonds scolaires ; les droits de l'État ne sont aucunement mis de côté. Tandis qu'il y a ce grand avantage, que tous les citoyens américains devraient apprécier, savoir, que les catholiques voient leurs enfants instruits avec les fonds publics auxquels ils contribuent comme les autres ; et que l'État a la satisfaction de réunir sous sa direction, paisiblement, sans violation de droits personnels, pour leur donner l'instruction profane, — secular instruclion, -— des multitudes d'enfants catholiques qui autrement ne la recevraient pas. En vertu de ce plan, la conscience catholique est satisfaite. Car, tandis que l'on donne l'instruction profane, il n’y a aucun danger résultant de l'esprit protestant ou athée des professeurs ; et, les heures de classe passées, l'école retombe sous le contrôle des catholiques et l’on y donne l'instruction religieuse. »
Ainsi, d'après Mgr Ireland lui-même, les écoles, sous le nouveau régime, étaient des écoles purement neutres, soumises en toutes choses, pendant les heures de classe, au gouvernement exclusif du Bureau des écoles publiques ; les personnes qui y enseiguaient — bien qu'elles fussent des religieuses — ne pouvaient donner qu'une instruction profane — secular instruction — et ce n'était qu'après les heures de classe qu’elles pouvaient parler de religion aux enfants (2).
1. Provenant des contribuables, des catholiques comme des autres.
2. 11 est peut-être à propos de faire remarquer combien ce régime était contraire à ces paroles de Léon XIIL que nous
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Au mois de mars 1892, dans un centre canädienfrançais de l'État de New-York, des négociations furent entamées en vue d'introduire le school board dans les écoles catholiques.
Il paraissait donc à tout le monde que l'intention des promoteurs du plan de Far'bault était de le généraliser et de l'appliquer à toutes les écoles catholiques des États-Unis. Car, pour le public il n'y avait aucune circonstance particulière qui nécessitât la transformation inaugurée dans le diocèse de Saint-Paul. Il existait trois paroisses catholiques à Faribault et trois à Stillwater. Dans chaque ville il y avait une paroisse de langue anglaise, une paroisse de langue allemande et une paroisse de langue française. À Faribault, l'école attachée à la paroisse de langue anglaise comptait 200 élèves ; l'école paroissiale allemande, 60 élèves ; l'école canadienne-française, 40 élèves. A Stillwater, l'école catholique de langue anglaise était fréquentée par 300 élèves, l'école allemande par 100 élèves. Le chiffre de la population scolaire de la paroisse canadienne-française n'est pas donné par Hoffman ; seules les écoles catholiques de langue anglaise furent sécularisées. Le public ne put pas comprendre la nécessité financière qu'il y avait de livrer les écoles catholiques de langue anglaise au Bureau des écoles publiques, puisqu'elles étaient plus en état que les
lisons dans l'Encyclique Nobilissima Gallorum gens du 8 février 1884 : « Il est de la dernière importance que, dès le berceau, l'enfant reçoive une solide instruction religieuse, et que les enseignements divers qui doivent lé préparer à la vie, ne soient jamais séparés de celui de la religion. Disjoindre ces deux enseignements, c'est vouloir que l'enfant soit neutre à l'égard” des devoirs envers Dieu. »
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autres de se maintenir. Et jusqu'à ce jour on n’a jamais donné aux catholiques la moindre explication à ce sujet. Ce manque d'éclaircissements contribua puissamment à surexciter les esprits. Puisqu'on ne voyait aucune cause particulière qui justifiât ce changement, on croyait assez naturellement au désir de généraliser le plan de Faribault. Et cette croyance se justifiait par les bruits et les déclarations rapportés plus haut et par beaucoup d'autres incidents semblables. Cette croyance, qui se manifestait ouvertement, Mgr Ireland ne fit rien pour la détruire (1).
La discussion gagna les hautes sphères de l'Église des États-Unis. Des faits on passa aux principes. M. l'abbé Bouquillon, professeur à l'Université catholique de Washington, publia sa fameuse brochure : Education : to whom does it belong ? — À qui appartient l'éducation ? Le professeur répondit à cette question en disant que l'éducation — remarquez bien, l'éducation — appartient à l'individu, aux parents, à l'État et à l'Église. Dans cette nomenclature, j'observe l'ordre de l’auteur. Le R. P. Holaind, S. J., du collège de Saint-François Xavier, de New-York, répondit à l'abbé Bouquillon. Le savant religieux établit la différence essentielle qu'il y a entre enseignement et éducation, entre enseigner et éduquer. Si toute personne, toute association, tout être moral a le droit de faire bénéficier les autres des connaissances qu'il possède, l'éducation ou formation de l'enfance appartient, de droit naturel, aux parents, sous la haute direction de l'Église si les parents sont catholiques. Le