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LA QUESTION SCOLAIRE. 193 beaucoup plus acceptable que le plan de Faribault, qui convertissait tout simplement les écoles paroissiales en écoles neutres. La proposition de 1893 laissait aux écoles paroissiales leur caractère d'écoles catholiques, et leur donnait une part des impôts municipaux et des subventions de l'État.
En même temps, une pétition, préparée à Baltimore, fut adressée au conseil municipal Jde cette ville, à la législature de l'Écat a. Maryland et à divers fonctionnaires, demandant, pour les écoles catholiques, une part des impôts et des subventions scolaires. Et les journaux annoncèrent que la même pétition devait tre présentée à la législature de plusieurs autres États. Si l'impression, disait-on, est favorable, difrérentes législatures seront saisies de projets de loi analogues à celui qui devait être soumis à la législature de New-York.
Les catholiques, cette fois, semblaient unis ; le mouvement paraissait général et devait avoir, par conséquent, quelque chance de réussir. Qu'en advintil ?
A peine le projet fut-il lancé, que l'épouvante s'empara des catholiques ; une vraie terreur panique se déclara dans to1s les rangs de l'armée. C'était à qui répudierait le plus vite et le plus haut le malheureux plan de Baltimore.
L'Ave Maria, Revue publiée à l'Université de Notre- Dame, Indiana, disait :
« Nous n'avons aucun espoir de voir réussir le plan de Baltimore pour le règlement de la question scolaire. Autant que nous pouvons en juger, il à déjà suseité une nouvelle opposition et attisé davantage le
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fanatisme entretenu par les organisations anticatholiques, telle que l'Association Protectrice Américaine (l'A. P. A.) Si le plan de Baltimore est rejeté, — et, nous l'avons dit, nous n'avons aucun espoir de le voir agréer, — le résultat sera une augmentation d’antagonisme à l'égard des catholiques, et leurs griefs ar sujet de la question scolaire seront plus loin que jamais d’une solution équitable. »
Et la même revue avait soin de dire aux catholiques qu'il ne fallait pas méconnaître la puissance de l'élément hostile.
« On ne saurait commettre une plus grande erreur que de croire à l'insignifiance, au point de vue du nombre et de l'influence, de l'Association Protectrice Américaine, et des autres organisations semblables qui viennent de prendre naissance aux États-Unis. Au contraire, elles constituent une armée et une puissance dont ce serait une folie de ne pas tenir compte. »
A la date du 16 décembre 1893, on pouvait lire ce qui suit dans le Catholic Universe, de Cleveland, Ohio :
« L'archevêque Corrigan (de New-York) se dégage de toute responsabilité en ce qui .'egarde le projet de loi dont on se propose de saisir la législature de New- York, cet hiver, pour régler la question des taxes scolaires. Sa Grandeur considère ce mouvement comme très peu sage et déclare qu'aucun évêque de sa province ne l’approuve. Le cardinal Gibbons affirme qu'il n'a eu aucune connaissance préalable de la lettre circulaire (ou pétition) venant de Baltimore. Le vénérable Mgr Mac Colgan est, assure-t-on, l'inspi-
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rateur de ce document. L’A. P. A., si pauvre en armes contre les catholiques, est reconnaissante, à l'égard des promoteurs de ce projet, de lui avoir fourni ce nouvel engin de guerre. »
Voilà comme l'Église militante est obligée de lutter dans le pays de la liberté !
Mgr Mac Colgan, vicaire général du diocèse de Baltimore, fut désavoué par tout le monde, et le projet tomba à l’eau, bien entendu. Il n'en à jamais été question depuis, et ce n'est pas de si tôt, assurément, qu'on renouvellera l'expérience.
Devant le congrès catholique de Baltimore, en 1889, M. Edmond F. Dunne, parlant de la question scolaire, s'écria :
« Mais, nous dit-on, un système d'écoles confessionnelles ne pourrait pas bien fonctionner. Pourquoi pas ? Ce système fonctionne bien ailleurs, pourquoi pas ici (4) ? »
Oui, le système d'écoles confessionrelles subventionnées par l'État et maintenues par des impôts municipaux, dirigées et inspectées par le pouvoir politique, sous une forme ou sous une autre, fonctionne d’une façon relativement satisfaisante dans plusieurs pays : en Angleterre, par exemple, et plus particulièrement dans deux provinces du Canada : Québec et Ontario. Mais pourquoi ce système peut-il exister dans ces pays, tandis qu'il semble impossible de limplanter aux États-Unis ?
C'est d'abord parce qu'en Angleterre on a quelques notions de liberté. Aux États-Unis on parle beaucoup
3 Proceedings American Catholic Congress, p. 75.
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de liberté. La langue anglaise a même deux mots pour exprimer la chose : liberty et freedom ; deux beaux mots, certes, qui arrondissent admirablement une phrase et qui font toujours éclater des arplaudissements pourvu qu'on les prononce avec un peu d'emphase. Mais dans le Land of freedom on n'a réellement pas la moindre idée de ce que c'est que la vraie liberté.
Dans la province de Québec, où les catholiques et les Français sont en grande majorité — sept contre un — la vraie liberté existe. La minorité protestante et anglaise est traitée avec une générosité chevaleresque. Elle fait absolument ce qu'elle veut en matière scolaire, et l’on ne songe même pas à la molester. Non seulement la majorité catholique de la province de Québec accorde toute liberté à la minorité protestante, mais elle la gâte.
Dans la province protestante d'Ontario, la minorité catholique, sans être aussi bien traitée que la minorité protestante de la province de Québec, est cependant protégée par la loi organique que les sectes maçonniques et orangistes n'ont pas encore réussi à détruire, parce que les fanatiques y sont en minorité.
Voilà donc la première raison qui explique l'existence du système des écoles confessionnelles en Angleterre et au Canada, et l'impossibilité d'introduire ce système aux États-Unis. Dans ce dernier pays on a toujours le mot de liberté sur les lèvres, mais on ne sait seulement pas ce que ce mot signifie. En Angleterre et dans deux provinces du Canada, on parle moins de la liberié qu'aux États-Unis, mais on y fait quelques efforts pour la cultiver.