LA FARCE ANTICLÉRICALE
Si un acte quelconque absorbait toute la puissance d'être que sa forme enveloppe, ce serait un acte absolu, un acte divin, et Tunivers, par cette trouée divine, s'engloutirait en Dieu !
Trois cent soixante-dix pages in-8° sur ce ton.
Le Prolétariat conscient s'ébahit. Gomme il ne comprend pas, il admire ; moins il comprend, pins il admire. Il ne lit pas De la Réalité du monde sensible ; mais il croit que M. Jaurès est « affranchi des dogmes ».
Un autre type de clérical était M. de Hault de Pressensé, rédacteur à VHumanité^ ancien député collectiviste, et Président de la Ligue des Droits de l'Homme. Tour à tour protestant rigide, catholique enflammé, féroce adversaire de l'Eglise, il parlait toujours un langage mystique.
En 1897, il flétrissait dans la Revue des Deux- Mondes (15 février) « l'instituteur transformé en commis-voyageur de la libre-pensée » ; il condamnait « l'enseignement a-religieux, ou même systématiquement irreligieux » ; il conjurait la République de se mettre aux mains des ralliés.
La même année, c'est-à-dire quelques mois avant de se jeter (pour conquérir un mandat législatif et une trésorerie générale) dans l'affaire Dreyfus et dans la propagande anticléricale, M. de Pressensé publiait Le Cardinal Manning^ afin d'arrêter « la contagion mortelle du rationalique moderne ». Il s'écriait :
A notre époque, où il est si malaisé de mainte-
nir sans défaillance le témoignage en l'honneur du surnatui'el chrétien et de Jésus-Christ, miracle des miracles, rien n'est dangereux comme la coalition d'un rationalisme fort pratique et d'une charité imprudente.
Aussi ne saurait-on professer assez de reconnaissance pour les champions inflexibles qui, tout en prêchant les premiers et avec une incomparable ardeur la croisade sociale de l'Eglise, ont eu soin de la. rattacher étroitement à la profession du christianisme objectif, dogmatique, orthodoxe.
Ils n'ont pas seulement lavé l'Eglise d'un reproche : ils ont offert au monde le seul instrument efficace de salut...
Sans un mandat divin, sans le secours de son Maître, sans l'Evangile pour- réveiller les consciences, sans les sacrements pour nourrir les âmes, que serait, que ferait, que pourrait même espérer l'Eglise en matière sociale ? Le christianisme social sera chrétien au plein sens du mot, ou il ne le sera pas.
Et plus loin :
Comme la femme de l'Evangile, plutôt que de laisser échapper le Christ, peut-être faudra-t-il que notre génération saisisse les franges de son manteau. Peut-être faudra-t-il qu'elle s'attache aux pas de ses disciples, quand ce ne' serait que pour être touchée par cette ombre de Pierre qui guérissait les malades de Jérusalem.
...Il faut faire du Pape, proclamé et reconnu le gardien incorruptible du dépôt de la révélation chrétienne, le chef d'une Eglise redevenue l'asile des
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souffrants et des opprimés ; montrer au peuple, désabusé d£s fictions du libéralisme doctrinaire, écrasé sous le poids des réalités du libéralisme économique, Vincomy arable puissance d'affranchissement, de réparation et de régénération d'une Religion tout ensemble d'autorité et de liberté ; en un mot, faire de l'Evangile du Christ, appliqué par son vicaire et par les successeurs des Apôtres, la charte de l'humanité ; agenouiller VEglise devant la Croix, et le monde devant VEglise.
Point de transactions coupables ! point de compromissions entre la Révélation et la Science ! point de christianisme au rabais ! Ce qu'il faut à M. de Pressensé, « c'est le christianisme des Apôtres et des Saints ; c'est la folie de la Croix ; c'est l'Evangile avec ses révélations et ses miracles ; c'est VEglise maîtresse de foi et dompteuse d'erreurs l »
Plus catholique que beaucoup d'évêques catholiques, le vidame se ralliait fougueusement au dogme de l'Infaillibilité. Il raillait les scrupules de Lamennais et autres libéraux dangereux. Il célébrait, pour conclure, « la doctrine bienfaisante que les encycliques sociales de Léon XIII ont sanctionnée et exposée, et qui a le double objet de rappeler l'Eglise à l'accomplissement d'une partie essentielle de sa vocation divine, et d'offrir à notre Société malade le remède du christianisme surnaturel ».
Si ces hommes-là ne sont pas spécifiquement
des cléricaux, pourvu de cervelles incurablement cléricales, — il faut l'aller dire à Rome !
En second lieu, leurs évolutions sont commandées par l'intérêt électoral.
A Paris, et dans les grandes cités industrielles, l'anticléricalisme est un numéro de tous les programmes « avancés ». Mais dans les petites villes et dans les campagnes, la Sociale peut racoler des électeurs parmi les catholiques ; un certain nombre de prêtres lui offrent leur concours ; de riches catholiques appuient ceux qu'ils prennent pour des « révolutionnaires » en haine des Francs-Maçons radicaux et dans l'espoir de hâter les catastrophes libératrices.
D'où la nécessité, par les Socialistes, de louvoyer.
Au mois d'août 1912, M. Vandervelde, qui est le Jaurès belge (millionnaire, châtelain somptueux, paré de bracelets d'or, marié à une Juive) s'avisait qu'un rapprochement du côté catholique ne serait pas une mauvaise spéculation. Il disait à Bruxelles :
Nous n'avons jamais été un parti confessionnel Nous faisons appel aux travailleurs de toutes croyances... Combien de fois n'ai-je pas été choqué en voyant la pensée sociahste passer à l'arrière-plan pour laisser passer des préoccupations d'anticléricalisme ?
J'ai souffert quand, au lieu de chanter de beaux chants socialistes^ nos ouvriers ne trouvaiemt plus
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qu'à chanter A bas la calotte ! à bas la calotte !... Je souffre quand j'entends chanter des paroles froissantes et d'une insupportable stupidité : Le Christ à la voirie ! La Vierge à V écurie ! De grâce, ne chantons pas ces inepties qui ne sont ni dans notre pensée ni dans notre tendance.
C'était M. Jaurès en personne qui hurlait « ces inepties » grossières durant l'affaire Dreyfus.
Mais sous le ministère Waldeck-Millerand-Galliffet, il vota pieusement le budget des Cultes ; et en janvier 1903, dans la Petite République socialiste, il condamnait ainsi ses propres violences anticléricales :
Si tout Kulturkampf, en France comme en Allemagne, ne peut aboutir qu'à renforcer la puissance politique du cléricalisme, si ses effets rétrogrades sont d'autant plus profonds qu'il est plus hardi, pourquoi le socialisme français s'engagerait-il dans cette lutte même avec ses formules propres ? Il entraînera bien le libéralisme bourgeois au-delà des limites que celui-ci s'était marquées d'abord ; mais il n'est pas assuré d'avance d'aboutir à la destruction et à l'expropriation totale des ordres monastiques.
Pourquoi donc se compromettre dans un combat dont il n'a pas seul la direction et dont il ne peut développer à son gré les conséquences ?
Dans îp PM.c-rle-Caiais, le Q. M unifip de Poulogne-sur-Mer, Pierre Myrens, marche résolument avec les catholiques contre les radicaux.
Dans VHumanité même, le Q.-M. unifié Gompère-Morel a vivement applaudi aux conseils du camarade Vandervelde, et il exhorte la clientèle socialiste à répudier l'anticléricalisme.
Escroquer les suffrages catholiques tout en extorquant les subsides juifs^ c'est une admirable combinaison !
Il n'y a pas danger que le Prolétariat conscient se cabre devant ces continuelles palinodies, ces incohérences bouffonnes, ces contradictions brutales. Il avale tout, les yeux fermés.
Le Q.-M. unifié Compère-Morel écrit dans VHiiinanité :
Vandervelde a mille fois raison : nous avons autre chose à faire que de tomber dans la basse et vulgaire démagogie anticléricale des Homais du village, dont le sectarisme aveugle et Tétroitesse d'esprit sont un véritable danger pour la libre-pensée elle-même.
Les lecteurs de la feuille judéo-prussienne devraient être ahuris d'apprendre que les doctrines dont on les gavait depuis l'Affaire sont « de la basse et vulgaire démagogie ».
Mais ils sont dressés ; ils feront amende honorable au Sacré-Cœur de la même façon qu'ils allaient faire amende honorable chez Galliffet, — avec la même soumission qu'ils crient alternativement : « Mort aux tyrans ! gloire à Caserio I Vivent la glorieuse Maison de Savoie et Leurs Majestés italiennes ! A bas les capitalistes ! Honneur à Rothschild ! »
(f La vie large »
« Le Parti socialiste fera un effort immense pour rallier autour de son haut idéal et de son vigoureux programme les énergies populaires », clame M. Jaurès {Humanité, 28 décembre 1913).
Le « haut idéal », c'est la curée, la saturnale, les jouissances du ventre et de la plus grossière vanité.
UHumanité ouvre une souscription pour les six enfants d'un ouvrier « rouge » que M. Jaurès envoyait assassiner les « jaunes » et qui est resté sur le carreau. M. Jaurès donne 20 francs.
Le 21 mars 1913, VHumanilé ouvre une souscription « pour le suffrage universel en Belgique ». M. Jaurès donne 20 francs.
Mais pour Noël, V Humanité prescrit à ses ouailles ce double menu :