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« achever » les victimes de la roulette, et qui protégeait le tripot d'Enghien, moyennant un pot-devin mensuel de 40.000 francs (un demi-million par an).
A la Petite République socialiste^ où des collaborateurs agrégés de l'Université recevaient 125 francs par mois, M. Jaurès payait 10.000 francs le rédacteur qui lui servait d'intermédiaire pour la subvention de Monte-Carlo, et qui était un ancien agent de la sûreté générale sous Constans.
C'est un député socialiste unifié, M. Emile Faure, qui exploite à Vichy les petits chevaux du « Casino-Jardin ».
Le restaurant le plus cher d'Enghien héberge tout le long de l'été les notabilités du Parti unifié, comme le pesage d'Auteuil et de Longchamp les voit ponter par dix et vingt-cinq louis sur les chevaux de course.
Leur avidité à jouir de la « vie large » n'a d'égale que leur effroi d'être surpris par leurs camarades envieux et par leurs dupes.
Le 5 novembre 1913, le citoyen Grandclément, maire socialiste unifié de Villeurbanne, était dans le rapide de Lyon, tamponné près de Melun. Il venait de dîner au wagon-restaurant et fumait un havane exquis dans un compartiment de première classe. Comment avouer ces détails au Prolétariat conscient ? UHumanité du 6 publia les excuses embarrassées du Social-LucuUus.
Nous en avons vu, à Paris, les soirs de « grande première » et de grand meeting, qui dépouil-
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laient hâtivement le veston râpé de la réunion publique pour revêtir le smocking impeccable et se rendre au foyer du théâtre chic.
Quand M. Jaurès partit pour une tournée en Argentine, il reçut de son Barnum 120.000 francs. Avec Nini Buffet, chanteuse de café-concert (i), il courut toute l'Amérique du Sud. Mais les Argentins et les Brésiliens, déjà exploités par MM. Anatole France, Guitry et Clemenceau, refusèrent de se déranger pour la tournée Nini-Jaurès-Buffet. Les salles étaient vides. Le Barnum, menacé de ruine, s'emporta contre son « phénomène », qui implora le secours du Gouvernement français. Les consuls de France reçurent l'ordre de louer les places, qu'ils firent occuper par tous les va.gabonds, rôdeurs, apaches disponibles. De sorte que les 120.000 francs versés par le Barnum à M. Jaurès furent en définitive fournis par les contribuables français.
A la fin de 1913, une organisation ouvrière de Casablanca invita « le camarade Jaurès » à faire le court voyage du Maroc pour y porter la bonne parole et pour étudier lui-même la condition des travailleurs. Mais les suppliants ne joignirent pas le chèque de 120.000 francs à leur requête. M. Jaurès refusa {Humanité, 23 décembre).
Quand il entreprit la démolition du Président
(1) Le Temps a reproduit les affiches des conférences et des agapes : « Nini Buffet, la grande chanteuse, et Jean Jaurès, le grand orateur ».
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Casimir-Périer, M. Jaurès n'était pas tendre pour les grands bourgeois. Il s'écriait :
Je vous l'avoue, j'aimais mieux pour notre pays les maisons de débauche où agonisait la vieille monarchie de l'ancien régime que la maison louche de banque et d'usure où agonise l'honneur de la République bourgeoise.
M. le Président. — Monsieur Jaurès, vous allez trop loin. Vous avez fait jusqu'à présent le procès de la famille Périer, et vos dernières comparaisons dépassent toutes les bornes : vous comparez la maison du président de la République à une maison de débauche...
M. Jaurès. — Je ne la compare pas, je la mets au-dessous.
Dans les meetings et banquets, le directeur de VHumanité bondit sur la table et rugit :
Ça ira, ça ira, Tous les bourgeois à la lanterne !
Ça ira, ça ira.
Tous les bourgeois on les pendra !
Mais M. Jaurès était beau à voir lorsque, viceprésident de la Chambre, il promenait son ventre de Vitellius entre deux haies de soldats. Les clairons sonnaient, les tambours battaient aux champs, les officiers saluaient de l'épée. Le gros paon se gonflait à crever. C'était d'une simplicité vraiment prolétarienne.
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Il était beau, M. Jaurès, au gala du roi d'Italie, où les diamants de la citoyenne Jaurès firent une telle sensation !
En juillet 1903, fut annoncé le prochain voyage des souverains d'Italie à Paris.
Le gouvernement royal avait fait mitrailler le peuple de Milan ; les bagnes italiens étalent pleins de socialistes ; les journaux et les propagandistes républicains étaient traqués sans merci. Le Comité socialiste interfédéral français eut donc l'idée d'organiser, à Paris, une manifestation vengeresse contre le monarque fusilleur ; mais le Comité de direction du Parti socialiste italien demanda, dans l'intérêt du bon accord entre les deux peuples, que les socialistes de France s'abstinssent de toute démonstration : la protestation devait être « silencieuse ».
Le citoyen Jaurès, qui contemplait d'un œil d'envie les Ordres Impériaux et royaux collectionnés par le socialiste baron Millerand, s'éleva résolument contre l'idée de manquer aux galas ; il voulait sa part des banquets et des baise-mains ; la dame de Bessoulet tenait à paraître dans les cours. La Petite Ré' publique socialiste (18 juillet 1903) publia cette cynique amplification de la formule : » Nous ne sommes pas des ascètes ! »
Le vieux et respectable Amilcare Cipriani qui avait passé le tiers de sa vie dans les cachots italiens, fut expulsé provisoirement des colonnes de la Petite République où on lui permettait de maudire la maison de Savoie ; les dithyrambes du citoyen Jaurès remplacèrent ses invectives.
Au mois d'octobre, enfin, le roi et la reine d'Italie nrrivèrent. Le ministère Combes fit arrêter en masse.
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immédiatement, plusieurs centaines d'Italiens qui avaient eu la naïveté de se fier à l'hospitalité française. Les uns furent expulsés, les autres tenus en prison sans jugement. La Confédération générale du Travail publia une vigoureuse protestation que tous les journaux socialistes passèrent sous silence. Les fêtes commencèrent.
La presse républicaine décrivit les attitudes de la dame Loubet « pâle d'émotion )>, présentant à la Reine « les dames de la Maison militaire et de la Maison civile ». M. Mollard lui-même était « profondément émotionné (L'Action) devant Leurs Majestés. Toute la valetaille républicaine éprouvait (VAction) « l'impression d'un retour au passé, d'un rappel des pompes royales ». On comparait respectueusement les signes de croix de la Reine et de la Présidente dans la chapelle du château de Versailles, les diadèmes de la Présidente et de la Reine à l'Opéra.
Les feuilles du Bloc imprimèrent la longue énumération des « Truffes du Périgord au Champagne, Marquises au clicquot, Ananas Pompadour, ris de veau Régence, poularde Sévigné, Spooms au Lacryma-Christi )> consommés par les princes.
La Petite République socialiste cita avec orgueil, parmi les convives du gala de l'Elysée, le citoyen Jaurès, encadré de la duchesse d'Ascoli et de la comtesse Guicciardini, dames d'honneur, et la citoyenne Jaurès, éblouissante de diamants entre le comte Bruschi Falgari et le capitaine Leonardi di Casalino y Pismenzo, gentilshommes du Roi.
Tous les prolétaires français se redressèrent fièrement. Ils eurent une pensée de mépris pour les socialistes italiens emprisonnés ou fusillés.
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Le lendemain même des agapes royales, le tribun de Bessoulet gourmanda durement (Petite République, 17 octobre) les ouvriers d'Armentières, qui s'étaient laissés aller « à des violences à la fois enfantines et coupables ». Il revêtit sa jaquette spéciale pour meetings et se rendit sur le théâtre de la grève pour ramener les affamés à Tobéissance.
La représentation étant close, et les barons socialistes ayant savouré ces royales jouissances, leurs journaux insérèrent une déclaration violente des Comités contre Victor-Emmanuel II, bourreau du prolétariat italien, etc., etc. {Petite République, 20 octobre, p. 3, petit texte). Les souverains étaient partis, les truffes étaient digérées ; il n'y avait plus d'inconvénient.
« Le Comité interfédéral du P. S. F., était-il dit, affirme hautement ses sentiments de solidarité à l'égard de toutes les victimes du roi d'Italie et invite les militants, les élus du Parti socialiste français, à se tenir à l'écart de toutes les manifestations humiliantes dont sa venue est l'occasion, sous peine de déchoir aux ijeux du prolétariat révolutionnaire. »
Mais le directeur de VHumanité n'en est pas à une déchéance près !
Aux derniers jours d'Edouard VII, les citoyens Brousse et Turot, tous deux socialistes unifiés, portèrent aux pieds de Sa Majesté britannique les hommages du Conseil municipal et du Parti ; la faveur leur fut accordée de prier sur la tombe de la reine Victoria et du prince consort. Ils se rendirent ensuite en Portugal, où le roi Carlos leur distribua les décorations du Christ et de
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VImmacuïée-Conception. M. Jaurès, n'en ayant pas reçu pour l'enfant du Jourdain, applaudit à î'assasinat du monarque.
A la dernière visite du roi d'Espagne, lorsque Alphonse XIII vint chasser chez le maître occulte et chez le chef officiel de la France, MM. Rothschild et Poincaré, VHumanité se déchaîna furieusement contre « l'assassin de Ferrer » !
En effet, le citoyen et la citoyenne Jaurès n'étaient point, cette fois, conviés au gala.
S'ils l'avaient été, « l'assassin de Ferrer » fût devenu le « jeune et chevaleresque souverain d'un pays ami ».
Qu'il est beau encore, M. Jaurès, dans le salon de Mme la comtesse de Noailles, née princesse de Brancovan, dont VHumanité patrona l'époux aux élections du xvT arrondissement (mai 1906).
Et dans les coulisses du Théâtre-Français, harem officiel ! Et dans la loge de Mlle Cécile Sorel !
On sait l'attraction qu'exercent les théâtres et les actrices sur les politiciens de province, en particulier sur les démagogues.
Un des soucis de M. Jaurès fut de faire installer à l'Opéra — par le « renégat » Briand qu'il flétrissait dans VHumanité — son secrétaire intime, célèbre au « bowling » du Jardin de Paris. Le secrétaire intime était là pour ouvrir les portes au patron.
Le 4 janvier 1907, c'est sous l'escorte et les auspices de douze députés socialistes que MM. Mes-
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sager et Broussan vinrent assaillir M. Aristide Briand pour enlever la direction de l'Opéra. Le sort des cantatrices et des danseuses intéresse au plus haut degré la Sociale.
On a vu comment VUumanité recrute pour le Bal Tabarin des femmes et des clients. Son premier « lancement » fut fait avec ISlana : « Lisez 'Nana ! Faites lire autour de vous 'Nana ! » recommaiidait à ses ouailles l'organe du Prolétariat conscient.
Lorsque l'acolyte de M. Jaurès, le chevalier des dames de Bessoulet, eut la prudence de mourir, il était sous le coup d'un mandat d'amener signé par le juge d'instruction de l'affaire Flachon...
Ah ! elle est joyeuse, la Sociale...
La régénération du Peuple est en bonnes mains !
Du vidame de Hault de Pressensé, rédacteurdiplomate de VHumanité, professeur de révérences et de baise-main pour les galas royaux, cidevant député unifié, le Vieux Cor délier donnait ce croquis :
Cet homme politique fournit une somme de travail considérable :
— De dix heures à midi, rédacteur opportuniste, capitaliste et biblique au Temps ;
— De midi à deux heures, Social-Lucullus chez Peter's ;
— De deux à six heures, mameluck-ministériel au Palais-Bourbon ;