LA VIE LARGE
— De six à sept heures, socialiste collectiviste révolutionnaire à VHumanité ;
— De sept à neuf heures, Social-Lucullus chez Foyot ;
— De neuf à onze heures, anarchiste dans les meetings ;
— De onze heures à minuit, Anacréon chez les... Muses, avec ses jeunes poètes favoris ;
— Après minuit, philosophe spiritualiste, et gentilhomme.
Un jour, dans VHumanité, le citoyen jaures flétrissait, à propos d'une discussion de politique étrangère, « la perfidie empoisonnée du Temps, son fétichisme ignominieux, et le sombre venin {sic) de sa vertu ». Lre rédacteur anonyme de la politique étrangère au Temps était précisément le vidame de Pressensé, collaborateur du même Jaurès à VHumanité (1).
Ces cumxuls étranges favorisent de fructueuses combinaisons. Ainsi, pendant la lutte des Boërs contre les Anglais, le docteur Leyds, agent financier du président Kruger, vint à Paris avec 75 millions pour se concilier la presse européenne.
(1) Le respectable vidame se rattrapait en racontant, dans les salles de rédaction, les succès galants d'un souspréfet de Villefranche (Tarn), et la mémorable tentative de chantage du citoyen Jaurès sur le multimillionnaire Edwards.
Est-ce lui qui trouva pour le mari de la Juive Lippmann le joli sobriquet d'Administrateur du collage de France ?
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Sa cause était bonne ; mais il supposait que 75 millions de gratifications la feraient paraître meilleure. En effet, il fut assiégé par les « amis de la Justice ». Il trouva notamment dans son courrier une lettre qui lui réclamait des subsides au nom de M. de Hault de Pressensé. La requête exposait que M. de Hault de Pressensé, tribun révolutionnaire (le soir) à VAurore^ présidait aussi (le matin) à la politique étrangère du Temps : de sorte que les bulletins diplomatiques du Temps se ressentiraient de la satisfaction éprouvée par le rédacteur de V Aurore... Le doteur Leyds, qui avait pris d'autres arrangements, refusa celui-là.
M. de Hault de Pressensé, en entrant à VAurore, avait donné sa parole de gentilhomme qu'il ne serait pas candidat aux élections de 1902. W fut candidat officiel dans une circonscription créée tout exprès, et il livra \ Aurore au ministère de l'Intérieur contre une trésorerie générale (au nom de son frère). La presse vit rarement un trait plus cynique de trahison et de vénalité. Or, M. de Pressensé passait pour le plus honnête homme du Parti...
La curée; le népotisme
Le Parti socialiste a déclaré Ji guerre à la société bourgeoise et aux gouvernements bourgeois.
Mais il n'y a pas de politiciens plus avides de sinécures, de prébendes, de hochets, de pots-devin et de profits « bourgeois » que les exploiteurs du socialisme.
C'est pourquoi les jeunes bourgeois incapables de faire leur chemin dans une profession honnête s'agrègent à l'état-major de la Sociale. Les pères soucieux d'assurer à leur fils une carrière fructueuse décident : « Nous le mettrons député socialiste ». Ils ont sous les yeux l'exemple de ces innombrables aventuriers, ratés, écornifleurs, qui n'avaient point de chaussettes dans leurs « ribouis » ni de chemise après leur faux-col, et qui sont présentement châtelains, millionnaires, hommes du monde et du demi-monde, par la vertu du seul mot socialisme et par l'insondable stupidité du Prolétariat « conscient ».
Les socialistes Millerand, Briand, Viviani, Au-
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gagneur, de Monzie, Métin, sont devenus ministres.
Ils ont pourvu grassement leurs fidèles.
Ceux des chefs qui ne sont pas devenus ministres assiègent les ministres pour caser leurs parents, leurs neveux et gendres, leurs secrétaires, leurs courtiers électoraux.
M. Briand répète volontiers : « Les socialistes unifiés m'ont excommunié, injurié, flétri ; en public, ils me traitent de renégat ; dans les coins, ils obsèdent le camarade Aristide pour obtenir de lui quelques faveurs ».
La mésaventure de M. Willm, député unifié, faisant la fête avec le camarade « renégat », résume le cas de toute la troupe. M. Rouanet, mariant sa fille, eut aussi comme témoin le « renégat » Viviani, ministre.
M. Jaurès est le plus avide — hiérarchiquement.
A peine entré au Parlement comme député centre-gauche, il obtenait une sous-préfecture pour son beau-père, M. Bois, marchand de fromages et gimblettes en Albi (1). On trouvera plus loin tout un chapitre consacré aux promotions scandaleuses du frère Marie Jaurès. Le cousin Jaurès, mécanicien de la Marine, faisait ses orges à l'état-
(1) « Je le vois encore dans sa boutique, où il vendait d'excellentes gimblettes )>, témoigne M. Jean Bernard, correspondant de l'Indépendance belge (y. L<i Vie d Paria, 1912, p. 442),