LE CARLISME ET DON CARLOS. U
postérité rendra justice à ces deux héros de la croisade espagnole du droit, de la religion, deâ libertés de leur pays.
« Les Cristinos expédient ambassades sur ambassades pour obtenir l'intervention du gouvernement de Juillet. Cependant, le duc de Broglie s'oppose formellement à l'envoi d'une armée française. M. Thiers, comme le cabinet anglais, tourne la difficulté : on arme et on organise une légion polonaise de dix mille hommes pour combattre à côté de la légion britannique, de dix mille hommes également.
« Or, pendant que l'Angleterre et la France fournissaient subrepticement des centaines de milliers de fusils et de canons, des légions et de l 'argent à l'insurrection, que faisait Charles V?
« Je refuse, disait-il, tout secours étranger; la question est espagnole, elle doit être tranchée par des Espagnols. »
« Le peuple espagnol, qui s'y connaît, comprit le patriotisme de son roi. Pendant sept ans, les légions coalisées de l'insurrection, du Portugal, de
la France et de l'Angleterre, ne purent faire capituler sa constance. Il fallut la trahison de Maroto pour décider du sort de l'Espagne. Charles V fut abandonné à Vergara malgré la fidélité de d'Algarra et, dès lors, l'Espagne perdit ses vraies libertés.
« Ne dirait-on pas que cette histoire, vieille de cinquante ans, est celle de la dernière guerre? Changez les noms propres : au lieu de Maroto, nommez Cabrera; aux secours fournis par l'Angleterre, substituez les canons Krupp traversant impunément le territoire français ; à la place de M. Thiers, mettez M. Decazes, et le parallèle sera complet.
« Doué, tout jeune, de l'instinct des hommes d'État et des hommes de guerre, don Carlos, dès 1868, tenait les yeux fixés sur les événements qui se déroulaient dans la Péninsule. Il avait l'âme, le patriotisme, la politique de son aïeul. Comme lui il était résolu à ne jamais abdiquer. En dehors de ses droits imprescriptibles, il aimait trop l'Es-
■ÇJÇ**ÏV*^*r '. \ T «
LE CARLISME ET DON CARLOS. lia
pagne pour ne pas être convaincu que le renversement de la loi de succession au trône, établie par Philippe V et consentie par les Cortès^ occasionnerait des révolutions périodiques de palais, des pronunciamientos d'antichambre et d'alcôve; — n'ont-elles pas eu de tristes prémices dans les pronunciamientos militaires dont la monarchie de Christine a fait don à l'Espagne? Il se disait que, si chaque souverain ou chaque souveraine pouvait en appeler aux Cortès d'un fils ou d'une fille qui leur déplairait et changer la loi de famille, il n'y avait plus qu'à proclamer le règne de l'anarchie. Pour cela plus n'était besoin de dynastie. Il pensait avec Chateaubriand, ce magnifique amant de la liberté, « que l'Espagne, où chaque individu jouit de la plus entière indépendance, où chaque commune, gouvernée par les lois municipales d'origine romaine mêlée d'arabe, est une petite république; que cette nation n'a ni le besoin ni le sentiment de libertés artificielles ». La royauté carliste ou la république! pas de milieu. C'est pour cela que don Carlos a arboré hautement
/ »' ~i ?. ^T^TOf^lip^^W^^r
sur son drapeau un écusson où n'existe aucune brisure : il veut être roi tout de bon, catholique déclaré « sans épithètes ambiguës et sans réticences ».
« La Providence avait bien choisi le représentant de la cause de Dieu, du droit et de la liberté en Espagne. Le petit-fils de Charles V était au physique ce qu'il était au moral. De haute taille, de bonne mine, avec un certain air de grandeur répandu dans toute sa personne, un penchant particulier à s'adresser aux cœurs et comme un charme secret dans sa courtoisie ; affable et civil au delà de tout ce qu'on peut attendre d'un roi ; craignant toujours de n'être pas assez gracieux ; descendant du rang suprême sans jamais déroger ; grave et circonspect sans cesser d'être gai ; souriant et ouvert, tel est le prince calomnié par ceux qui n'ont pas ses qualités.
« Quand il tira l'épée, il y eut comme un renouveau de gloire et de jeune héroïsme dans les Espagnes. Il n'avait qu'à dire à ses compagnons, comme le soldat d'Israël : « Souvenez-vous des
" l *PW!Wr*T s| vT'. , ~-T* î *^