‹ La société de MadridChapitre 13 sur 38 · LE CAIILISME ET DON CARLOS · texte numérisé non relu

LE CAIILISME ET DON CARLOS

s appellent carlistes aujourd'hui, c'est qu'ils ont vu à l'œuvre les deux Carlos. Ils ont fait à l'aïeul et au petit-fils l'honneur immortel de prendre leur nom. Charles V et Charles VII les ont baptises , l'épée au poing, au baptistère de cent combuls.

« Quand vous descende/ le Grand Canal, h Venise, et que vous arrivez à hauteur de la fabrique tic Salviati, vous avez à votre droite le palais Cavalli, à votre gauche le palais Loredan : Henri Y en face de don Carlos. Car il ne déplaît pas à Pieu, lorsqu'il veut éclairer l'histoire, de prendre pour fanal la majesté proscrite. Des fenêtres du Loredan, don Carlos adolescent apercevait, au balcon du Cavalli, une jeune fille blonde : c 'était la nièce du comte de Chambord, Marguerite de Bourbon et de Parme. Il l'épousa. Il en eut quatre enfants, trois filles et un fils. Le fils, don Jaïme, va avoir quinze ans. Quelles que soient les vicissitudes que la Providence réserve à l'Espagne, quels que soient les destins, cet enfant est prédestiné. Tous les partis en. Espagne sont d'accord sur ce point.

« Au pied (le 1 escalier du Lorcdan , deux poteaux bariolés de rouge et de jaune, aux couleurs espagnoles. Les gondoles y sont amarrées : c'est l'écurie du vainqueur de Lacar, de Montejurra, de Sommorostro. Il n'a plus son cheval de bataille; mais quand la lagune est un peu forte, qu'elle est tumultueuse, qu'elle lui rappelle de loin l'Atlantique ou la Méditerranée, il s'élance dans sa gondole et, si ses gondoliers lui obéissaient, il aurai! perdu la vie dans des courses aventureuses. 11 y a deux ans, il remontait (ce qui ne s'est jamais vu) la Brenta en gondole, de Venise à Vicence, passant trois nuits à la belle étoile.

« Pour Venise le palais Loredan est petit; mais le prince l'a décoré et aménagé avec un goût charmant. La chapelle, où reposent, à droite et à gauche de la Vierge espagnole del Pilar, le drapeau royal espagnol et le drapeau blanc d'Henri V; le cabinet des armes, où les drapeaux teints de sang sont entassés pêle-mêle avec les épées de combat et les sabres d'honneur; le cabinet indien, où don Carlos a réuni la précieuse collection amassée aux

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Indes, il y a huit mois, sont de véritables sanctuaires voués à la foi, à la vaillance, à Fart. L$ dufijuasç, de Madrid aime beaucoup Venise; retenue par sa santé à Viarregio, elle vient souvent au Loredan avec ses enfants, élevés au Sacré-Cœur de Florence.

« Les familiers du palais Loredan sont : A L Mt ■!gar, chambellan du duc de Madrid, serviteur sans pareil pour l'activité, l'intelligence, le dévouement, l'affection; les généraux Cavero el Ipparaguyray, le vicomte Mont serrat.

« bes Français aussi : MM. de Maillé. d'Amligné, de Chardonnet, etc.

« Du temps que le faubourg Saint-Germain, à Paris, s'arrachait don Carlos, le Loredan aurait été trop petit pour recevoir tous les courtisans de l'heure heureuse. Un jour, sans même laisser refroidir le corps du roi leur maître, ils ont découvert, tout à coup, que l'aîné des petils-lils de Louis XIV était un étranger. Ce que c'est que de n'avoir plus besoin de l'oncle!

« Mais laissons ces tristes souvenirs. Qui sait d'ailleurs si plus d'un ne s'en est pas repenti?

Revenons au carlisme et à son héroïque capitaine. « La bataille de cinq ans livrée par don Carlos est la même que celle livrée pendant sept ans par son aïeul. On y retrouve les mêmes vicissitudes de gloire, de succès et de revers. On y retrouve aussi les mêmes défaillances, les mêmes abandons, les mêmes ingratitudes, les mêmes trahisons. Don Carlos y tient le même drapeau ; il y combat pour* le même Dieu, pour les mêmes principes, pour le même droit. L'Europe de 1870 ne changea pas beaucoup dans ses haines ou dans ses sympathies pour la cause carliste. La Prusse et le Piémont passèrent à l'ennemi. La Russie fut toujours fidèle ; l'Autriche persévéra dans les abstractions d'un dévouement peu compromettant. Le monde catholique pria, espéra. Mais le caractère principal de ces deux entreprises est entièrement identique : c'est le patriotisme des deux Carlos. Leurs adversaires ont appelé l'étranger à leur secours ; mieux que cela, ils ont demandé un Hohenzotlern et accepté un prince de Savoie ! Lorsque les passions politiques auront diminué d'intensité, la

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