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CINQUIÈME LETTRE

Pour juger la cour actuelle d'Italie, ne faut-il pas en suivre la formation à travers les changements successifs des capitales et remonter jusqu'à la première ?

Les anciennes traditions de la cour de Piémont avaient déjà été bien entamées, soit par la Révolution de 1848, soit depuis la mort de la reine Adélaïde, femme de Victor-Emmanuel; la cour avait pris des allures exclusivement militaires.

Les institutions politiques de la nouvelle monarchie italienne étant absolument démocratiques s'opposaient en tout cas à la reconstitution d'une véritable cour.

En Piëmont la bourgeoisie avait très peu profité de la cessation des privilèges delà noblesse d'être seule admise à la cour.

La lutte continua entre la noblesse libérale et la noblesse cléricale, mais elle n'en fut que plus ardente. Les nouveaux pouvoirs politiques étaient nécessairement très hostiles au personnel de lancicnne cour qui avait été maintenu en place, mais qui était, sauf un petit nombre d'exceptions, attaché à l'ancien régime.

M. de Cavour fut impitoyable pour la cour ; y ayant trouvé une certaine résistance, il la brisa. S'attachant d'abord à enlever toute influence politique à l'entourage du Roi, il berna si bien les courtisans et s'en moqua de telle façon avec sa verve endiablée, qu'il n*y eut plus dans la noblesse piémontaise que les jeunes gens dont l'incapacité était notoire qui consentirent à occuper une charge à la cour.

M. de Cavour n'admettait que les luttes parlementaires; véritablement libéral, ayant une grande largeur d'esprit, très tolérant à l'égard de ses adversaires politiques, il combattait avec égard même ses ennemis dans le Parlement, mais il abhorrait l'intrigue des cours.

« La pire des chambres, disait-il, vaut mieux que la meilleure des antichambres? » 11 ne sup-

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portait pas la conlradiction, la résistance des petites influences; il en était injuste, et le dernier terme de son mépris pour quelqu'un était de dire : « Il est fait pour être chambellan ! »

Le Roi, de son côté, qui n'avait aucun goût pour les mœurs aristocratiques, ne s*opposa point à la désagrégation de ce qui restait de la cour. La reine mère et la reine Adélaïde étant mortes à quelques jours de distance en 1855, la cour, à Turin, devint exclusivement militaire.

Quand vint la convention de Septembre, à la nouvelle du transport de la capitale à Florence, la haute société de Turin se souleva comme un seul homme, depuis le dernier des hobereaux jusqu'au comte Sclopis en personne, qui, sans souci de sa haute situation, déblatérait au milieu de la foule sur la place du château, tandis qu'on lançait des pierres à ceux qui allaient au bal de la cour.

Toute la noblesse piémontaise abandonna Victor- Emmanuel, à l'exception de ceux qui avaient des charges auprès de sa personne et étaient forcés de l'accompagner.

Victor-Emmanuel arriva donc isolé dans la nouvelle capitale, ne pouvant attirer la noblesse toscane encore attachée au grand-duc et qui se maintint longtemps à l'écart. Lorsque, par un sentiment

admirable de palriolisme, les grands noms toscans des Strozzi, des Ginorî, des Corsini Laratico se rallièrent, comme il n'y avait pas de reine, pas de noyau de cour, il n'y eut aucune cérémonie pour grouper les rares éléments qui s'offraient.

L'influence de la Itosine qui prenait position et n'admettait une cour qu'à la condition d'en être, ce à quoi le roi ne souscrivit pas, fit manquer ou médiocrement réussir tout ce qu'on essaya.

A Florence, la princesse de Piémont ne s'installa point, elle ne fit que passer. Les scènes des Mirafiori mère et fils empêchaient le roi de garder auprès de lui son fils et sa belle-fille.

A Rome même, le Roi n'admit pas que la princesse de Piémont prît la place de la Reine. Il constitua une espèce de petite cour pour elle; il n'y eut rien d'officiel, même dans les bals qu'elle donna; cependant la princesse prenait chaque jour plus d'empire sur Tesprit de son beau-père, et elle fût parvenue bientôt à lui imposer sa volonté. Elle avait apprivoisé le Roi indomptable, tenace, qui fut le fondateur du Royaume et sut faire concourir à celte fondation des hommes aussi différents que Cavour, Garibaldi et Ma/ziui.

Un liomme secondait la princesse Marguerite très discrètement, mais avec la constance et la

clairvoyance d'un dévouement absolu pour le roi et pour ses enfants légitimes.

Quoiqu'il soit mort aujourd'hui, je veux vous parler du comte Panissera, dont j'ai été l'ami et dont la physionomie très curieuse fait connaître les transformations que la cour a subies dans ses voyages de Turin à Florence et de Florence à Rome. Le comte Panissera était à la fois préfet du palais, grand maître des cérémonies, introducteur des ambassadeurs. On avait, à la cour de Victor- Emmanuel, réuni ces trois charges par économie. Beau-frère du marquis de Villamarina, il avait épousé comme lui une demoiselle Rignon de Turin. C'était un très honnête homme, plein de tact, intelligent, modeste, d'une tenue parfaitement correcte, ne cherchant jamais à se faire valoir, très dévoué à ses souverains, ayant rendu à Victor-Emmanuel des services importants, notamment dans certaines, négociations privées avec l'empereur et avec le prince Napoléon.

II avait commencé par être suppléant dan^^tes fonctions futures quand le marquis de Brênoe elle prince Doria en étaient les titulaires. Il faisait toute. leur besogne et s'était acquis ainsi la confiance de Victor-Emmanuel. Simple capitaine d'artillerie, on lui refusa longtemps ses titres; la

droite du Parlement, qui gouvernait alors, déclara qu'on ne pouvait imposer un homme de petite noblesse, Piémontais par surcroît, aux princes et aux ducs des autres parties de Tltalie; mais ses mérites, l'estime en laquelle le tenait le roi Victor-Emmauuel finirent par vaincre l'hostilité des ministres; il fut nommé par les raisons que je vous dis et aussi parce qu'on ne pouvait se passer de lui.

Le roi Humbert, qui tint à garder toute la cour de son père, ne toucha point à la situation du comte Panissera, et continua à s'entretenir chaque jour de politique avec lui, comme avec un confident, non comme avec un conseiller. Il avait été fait sénateur, mais ne se mêlait point des affaires publiques.

Son suppléant est le comte Giannotli, lequel pourrait bien devenir titulaire, le Hoi ayant Thorreur des nouvelles figures et détestant de changer ^on entourage.

Le comte Giannotti était aux grenadiers-gardes. Il est entré comme officier d'ordonnance au sercicc du prince de Piémont, lorsqu'on fit à l'héritier du trône son premier établissement à Milan. Il ne quitta le prince que dans le bref délai exigé par le règlement pour permettre qu'il fût nommé

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lieutcnanl-colonel et ensuite aide de camp du prince. Quand le terme de ce nouveau service l'eut forcé à quitter la maison militaire du Roi, il prit sa retraite et entra dans la maison civile où Ton créa pour lui la charge de premier maître des cérémonies, charge qui en fit le suppléant du comte Panissera.

A la mort de ce dernier, il s'est trouvé régent des fonctions de préfet du palais et il aspire à devenir titulaire de ce poste important.

Aux côtés du prince Humbert à Custozza, il est devenu son confident, et il lui a prouvé plus d'une fois son dévouement aveugle. Le Roi sait qu'il peut disposer de lui, mais j'imagine que sa nomination serait loin de consoler la Reine de la mort du comte Panissera.

Le comte Giannotti a été un très brillant officier, portant joliment l'uniforme, et a inspiré un grand nombre de passions.

11 a épousé une Américaine plus âgée que lui, mais qui a l'art d'échapper aux outrages du temps. Elle parle un français très original, et j'ai fait autrefois collection de quelques-uns de ses mots. Très riche, elle a été à bon droit fière d'épouser un aide de camp du prince royal, mais elle est vue d'assez mauvais œil par les

grandes dames, parce qu'elle prend le pas sur elles.

Le comle Visone, ministre de la maison du Koi, a élé directeur général des finances sous M. de Cavour, mais il sut en même temps se faire apprécier par M. Rattazzi; celui-ci le donna comme directeur général des services civils au général La Marmora, quand il tenait la lieutenance générale du Roi à Naples.

Préfet à côté d'un général, gouverneur civil à côté d'un gouverneur militaire, il sut, sous les deux espèces, se faire également bien venir de La Marmora qui ne pouvait plus s'en passer.

C'est grAce à l'appui du général et à celui de- M. Rattazzi, qu'il a été appelé au ministère de la maison du Roi. Très fin, il avait mérité la confiance de Victor-Emmanuel, il a fini, non sans quelque peine, parait-il, par conquérir celle du roi Humbert.

Aujourd'hui, le ministère est entièrement dans ses mains ; comme il a une grande faculté de travail, il a fini par en accaparer tous les services.

C'est un homme fort bien élevé, plein d'aménité, d'une grande distinction, malgré un nez « qui pourrait servir de gouvernail », selon l'expression d'Alexandre Bixio.

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La comtesse Visone est une personne fort aimable et très agréée du grand monde.

M. Urbano Rattazzi, neveu de Tancien ministre, que le Roi a fait comte, est secrétaire général de la maison royale. Je n'ai rien de particulier à dire sur le comte Rattazzi, sinon que quand la Reine veut quelque chose, elle envoie M"* de Villamarina chercher M. Rattazzi qui s'emploie à contenter tout le monde, et y réussit, chose assez rare !

Cette maison est d'ailleurs admirablement tenue. Les équipages sont peut-être les plus beaux de l'Europe. Le Roi avait la passion des chevaux, mais il s'est restreint parce qu'il est la sagesse personnifiée. Il a fait des économies qui lui permirent de payer les dettes de son père, d'être très large avec sa famille. Le Roi surveille l'administration de sa maison, il est très ordonné et s'intéresse à tous les. détails ; son extrême générosité fait de son économie une vertu complète.

Dans l'entourage civil du Roî, je vous nommerai encore le chevalier Simone Peruzzi, proche parent de l'ancien maire de Florence, au moment où la viUe était capitale, et qui est toujours l'âme de l'incomparable ville des Médicis. Ubaldino Peruzzi est l'homme le plus charmant, l'esprit le plus cul-

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livé, le caractère le plus ferme que je connaisse; lout étranger, qui a passé à Florence, connaît rhospitalière maison de M. et M""" Peruzzi.

Un brave soldat, un vaillant patriote, le général Pasi, est le premier aide de camp du Roi ; le baron Pompon Carafa, le marquis délia Stufa, le marquis (lalabrini, sont tous trois des hommes de cour et des hommes du monde accomplis.

Quand la princesse de Piémont est venue s'établir à Rome, Tune des premières Dames du Palais qu'on lui a données a été la princesse de Teano, belle-fille de don Michèle Gaetani, duc de Sermoneta. M"* Teano est née Willbrand ; elle possède une beauté anglaise qui rappelle à la fois les figures de madones et celles des keepsakes, très belle encore aujourd'hui, quoiqu'elle ait quarante ou quarante -trois ans. C'est une femme exquise, idéale, de laquelle je n'ai entendu que chanter les louanges. Par son mari, elle appartient à ce qu'il y a de plus élevé dans l'aristocratie romaine.

Les Gaetani ont, avec les Colonna, les Orsini, disputé aux Papes la domination de Rome jusqu'à Sixte-Quint. Us possèdent une fortune énorme pour l'Italie, qui îivail été dissipée, mais que don Michèle, père du prince de Teano, a rétablie. La

maison passe pour avoir plus de six cent mille livres de rentes.

Don Michèle, tout en refaisant sa fortune, trouvait le moyen d'être encore grand archéologue, grand protecteur des arts; il réunissait chez hii les savants, et son fils, le duc de Sermoneta actuel, continue la tradition, aidé par sa sœur, la comtesse Ersilia Lovatelli.

La comtesse Ersilia a été reçue à Facadémie des Lincei, elle parle le grec et le latin couramment; c'est une véritable érudite, une archéologue distinguée. Ayant à parler d'une aussi docte personne, je dirai que Minerve a plus fait pour son cerveau que Vénus pour son visage : elle est la première à s'en moquer, mais c'est une femme de tête, de cœur, d'intelligence et de beaucoup d'esprit.

La princesse de Teano, duchesse de Sermoneta, a conservé les habitudes anglaises, qui, du reste, sont acceptées par l'aristocratie romaine. Elle va à la chasse, elle va au tir, elle cultive toutes les branches du sport le plus aristocratique; superbe ama/one, elle est splendide à cheval. Intelligente sans avoir l'érudition de sa belle-sœur, excessivement simple, ronde, pleine de solides qualités, elle est excellente mère de famille et s 'oc-

cupe personnellement de Téducation de ses enfants élevés à l'anglaise. La princesse, très bien vue de la Reine, lui était de son côté franchement attachée, mais elle n'a jamais pu se faire à la vie dépendante qu'exige le service de cour ; malgré toute rindulgence de la souveraine pour les oublis fréquents que la princesse de Teano commettait, elle a dû demander une démission qu'on lui a donnée à regret. Jamais la princesse de Teano n'arrivait à l'heure ; plusieurs fois, elle oublia d'avertir qu'elle ne pouvait faire son service. Elle dînait en ville quand elle devait dîner à la cour, etc. Elle danse comme personne, elle est élégante, enfin elle atteint la perfection anglaise sous toutes ses formes. Le prince et la princesse de Teano aiment à recevoir, ils ont maison ouverte à leur monde, car leur salon reste le salon romain traditionnel. Le prince est un homme extrêmement distingué, qui pourrait prendre une première place dans la politique, si eUe ne lui inspirait une antipathie insurmontable ; c'est un grand sacrifice pour lui d'être député, d'aller à la Chambre ; il est très populaire, et la preuve, c'est qu'il a obtenu une double élection cette année.

Quand la princesse Marguerite est devenue reine, outre les Dames du Palais, on a nommé six Dames

de Cour, qui sont de service deux mois chacune par an. Les Dames du Palais sont celles qui résident dans les villes principales et font le service quand la Reine y séjourne.

Parmi les dames de la Keine, la plus distinguée par l'esprit, par le savoir et dont je vous ai déjà parlé comme attirant et retenant la Reine à Venise, est la comtesse Marcello. Son mari appartenait au plus ancien patriciat de Venise, mais il ne faisait pas grande figure dans le cercle littéraire qu'elle a formé autour d'elle et où toutes les distinctions se donnent rendez-vous.

La comtesse Marcello a été fort belle et Test encore. Nature très fine, très délicate, ce qui, paralt-il, n'exclut pas la force. Rien n'a effleuré la pureté de cette noble figure où la passion de l'art n'a laissé qu'une trace de sérénité de plus.

L'amie de la reine Marguerite est intelligemment bienfaisante. C'est elle qui a cherché et retrouvé les traditions de fabrication des vieilles guipures de Venise et qui s'est mise à la tête de l'école des dentelles.

D'abord dame du palais à Venise, comme il y en a dans toutes les anciennes capitales, elle a été choisie par la Reine comme dame de Cour à Rome. Ce choix était indiqué et ce n'est pas l'une

des moindres qualités de la Reine de s'attacher les personnes remarquables de son royaume, avant que Topinion les lui impOvSe.

La comtesse Marcello est très liée avec Paolo Fambri, celui qu'on appelle en Italie « le colonel », et qui a joué un si grand rôle dans la Révolution italienne. Déjà, en 1848, il était officier du génie et il a été précieux à Manin durant le siège de Venise. Après la libération de la Vénétie, Fambri a quitté l'opposition, suivi de Civinini, disant ces paroles célèbres qui ont profondément irrité leurs anciens amis :

— Quand on a été à Aspromonte, on ne va pas à Mentana.

La comtesse est une amie si vaillante qu'elle a toujours défendu Fambri, même lorsque la malveillance s'acharnait, jusque dans son entourage, contre cet homme honnête, mais téméraire dans les spéculations et qu'une fortune adversen'a cessé de poursuivre. Fambri est ti'ès bien vu de la Reine lorsqu'elle va à Venise.

Si je vous ai parlé de Fambri, c'est pour vous montrer ce qu'est la comtesse Marcello, combien est grande sa générosité de cœur, grand son courage ainsi que sa fidélité au malheur immérité. Le caractère chevaleresque de la Reine ne peut

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donc rien perdre à rintimité de la comtesse Marcello, qui a su lui inspirer une sincère alTection.

Une autre dame de la cour est la princesse Pignatelli-Strongoli. Déjà, comme jeune fille, elle était très admirée à Naples pour son éducation littéraire exceptionnelle; c'est une personne tout à fait remarquable, instruite sans pédanterie, très nourrie d'un véritable savoir. Elle parle le grec et le latin, et on dit qu'elle aide son mari dans ses travaux. La princesse Pignatelli a ceci de particulier, qu'elle porte des lunettes d'or fines et légères. Elle n'a jamais été jolie, mais elle a gardé une grande jeunesse d'esprit et elle reste une femme fort agréable.

La Reine a pour elle une grande estime et presque de la tendresse. C'est certainement Tune de ses dames qu'elle aime le plus.

La duchesse Thérèse de Sartirana possède aussi un esprit cultivé ; c'est une très haute dame ; son mari, le duc de Sartirana, est un cousin germain delà duchesse d'Aoste, née princesse de la Cisterna, et fille de ce prince Emmanuel de la Cisterna, mêlé aux événements de 1821, et qui habita longtemps Paris.

La duchesse de Sartirana écrit joliment des vers italiens qu'elle n'imprime pas. Son rang, ses qua-

lités, son genre d'esprit, sa tenue solennelle, son port majestueux, en font le type parfait de raneîenric dame de cour.

Dans le gi'oupe aristocratique de Turin, dont elle était le plus bel ornement, ses amis se demandaient volontiers :

— Où Tiiérèse va-t-elle pontifier demain?

La princesse de Medici d'Ottajano est Napolitaine. C*est la bienfaisance faite femme. EUe a mille ingénieuses ressources pour provoquer la charité, et Ton peut dire que les murs du palais Miranda ont des oreilles pour écouter les plaintes des malheureux.

On est peu habitué à se figurer les Napolitaines blondes; mais il y en a beaucoup plus qu'on ne pense ; et on ne saurait trouver de nature plus napolitaine, et de chevelure plus blonde que celles de la princesse d'Ottajano, née de Moliterno. Elle est fort jolie, enjouée, entreprenante et capiteuse. Très admirée, très entourée, très adorée, elle a cette superbe abondance de vitalité qui fait réussir toutes les œuvres qu'une femme entreprend. C'est ainsi qu'elle sut attirer de tous les points du monde des secours d'argent pour les victimes d'Ischia.

La princesse d'Ottajano a deux sœurs très belles, dont l'une, la princesse de Solms-Braunsfeld au-

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jourd'hui, fut la fiancée dn prince Baldassarre Odescalchi. L'autre est la femme du riche baron Compagna de Naples, qui habite le merveilleux palais Syracuse, à Naples.

La dame d'honneur est la marquise de Villamarina et Montereno , née comtesse Rignon de Turin, et sœur delà comtesse Panissera; elle est belle-fille du marquis de Villamarina, autrefois ambassadeur de Sardaigne à Paris; c'est elle qui fut nommée, la première, dame de la princesse de Piémont, en même temps que son mari devint chevalier d'honneur. M"* de Villamarina ne dispute pas aux autres dames de la Reine la primauté dans les aptitudes littéraires; on lui reconnaît sans conteste celle du dévouement absolu à sa souveraine, ne l'ayant jamais quittée une minute, apportant à son service toute la tendresse qui se concilie avec le respect.

La Reine lui accorde en retour une confiance illimitée et la traite bien plus en amie qu'en dignitaire de sa maison. Belle personne, agréable, avec de grands yeux très doux voilés de longs cils, elle est châtaine, presque blonde, et ses cheveux aux lumières ont un éclat doré qui lui fait parfois une auréole de sainte. Sa situation est grande autant que ses qualités, mais elle la doit surtout au mar-

quis de Villamarina, son mari, petit-lils par sa mère de cette d'Azeglio, qui écrivait à son (ils de si belles lettres.

Le chevalier de Villamarina, son grand-père, a été longtemps ministre de la Guerre du roi Charles- Albert, et, auprès de lui, le rival et l'antagoniste du fameux comte Solaro délia Marguerita, le chef du cléricalisme, des ultra, comme on disait alors. Il y a donc une tradition d'atavisme libéral dans cette famille.

Le marquis de Montereno, du vivant de son père, ei\t pu, comme lui, poursuivre avec éclat la camère diplomatique. Doué de toutes les qualités qui font un diplomate de premier ordre, l'esprit très orné, il a tous les talents d'agrément. Musicien exercé, il possède la plus belle voix qu'on puisse entendre ; il peint de fort jolies aquarelles et il a beaucoup contribué à développer les goûts artistiques de la Ileine. C'est un lecteur agréable, qui parle français comme un Parisien.

Le roi Victor-Emmanuel l'avait chargé de transformer les appartements du Quirinal et il y a déployé un art de décorateur et d'architecte qui eussent fait sa fortune dans toutes les capitales de l'Europe.

La magnifique salle des Gobelins, le salon des

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Miroirs, témoignent d'un goût exquis et sont admirés sans réserve.

Un homme, comme le marquis de Villamarina, est, pour une cour, le génie bienfaisant qui transforme les pierres brutes en pierres précieuses.

Je ne vous parlerai pas à cette place de la Princesse Pallavicini, de la duchesse de Rignano, de la duchesse Sforza Cesarini, née Vittoria Colonna, qui sont Romaines et qui trouveront ailleurs la place qui leur est due. Les peindre ici serait décapiter la société romaine.

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