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MARINE

L'Italie, unifiée au lendemain de 1870, ayant le droit de réclamer sa place dans le concert des nations, dut conquérir, après son unité politique, son indépendance militaire. La tâche était considérable. Mais TefTort exigé par l'organisation simultanée de ses forces de terre et de mer ne dépassait ni le patriotisme de la nation, ni le talent de ses hommes d'Etat.

Quand les différentes provinces de la Péninsule

se groupèrent sous le sceptre de Victor-Emmanuel, la marine du nouvel Etat se trouva formée de la Hotte sarde, de la flotte napolitaine et d'un certain nombre de navires de la flotte sicilienne. Tous ces bâtiments étant, pour la plupart, de construction ancienne, ne pouvaient pas même servir de noyau à la flotte nouvelle qui devait donc être tout entière reconstituée, et, par conséquent, exiger de lourds sacrifices. De plus, l'époque était lointaine où l'État italien serait en possession de ces instruments de guerre.

Cependant, l'administration de la marine déploya une activité si prodigieuse que,grAce à ses efforts, dès 1866, le gouvernement italien possédait une force navale déjà importante et un matériel flottant évalué à 200 millions environ.

Mais, de 1866 à 1872, la marine italienne demeure stationnaire, et diminue par conséquent de près du quart de sa valeur, malgré l'indus- Irieuse activité de l'administration navale, l'augmentation de la qualité ne pouvant cempenser l'insuffisance du nombre.

Or, en 1872, pendant que l'amiral Riboty était ministre de la Marine, parut une série de brochures intitulées : le Récit dun yarde-côte, dans laquelle la France était représentée comme pré-

parant sa revanche aux dépens de Tltalie. L'émoi fut grand dans toute la Péninsule et gagna le Parlement.

On a de la peine à comprendre qu'il fallut cette brochure-panique pour qu'un pays qui possède 1 1 160 kilomètres de côtes, dont 1 600 appartiennent à la Sicile, 1860 à la Sardaigne et 7700 à la terre ferme et aux petites îles; dont 39 provinces sur 69 confinent à la mer et fournissent une inscription maritime de 204000 hommes, sur lesquels 135700 ouvriers de profession; dont le tonnage commercial s'élève à 1044000 tonneaux; qui compte dans son histoire tant de marins illustres, se soit, pendant de si longues années, désintéressé de sa marine.

Doit-on attribuer cette indifférence à l'humiliation causée par la défaite de Lissa, où la marine italienne, ayant à combattre non pas une marine de second ordre, mais de troisième, fut cependant défaite? Il est vrai que la marine autrichienne appartenait à un pays unifié de longue date et avait des traditions et des souvenirs. Un corps d'officiers, un personnel instruit ne se crée pas du jour au lendemain, à coups de millions. Le métier de marin ne s'apprend pas dans- les livres.

A quelque cause qu'on puisse la rapporter, cette

indifférence existait, complète et inexplicable, chez ce peuple intelligent qui descend à la mer par trois versants.

Le rapporteur de la commission du budget pouvait dire ; en 1873 : « il est un fait douloureux mais vrai : la marine n'est point populaire chez nous ; on en sent l'importance, oui, mais d'instinct et non pas par une conviction profonde et raisonnée ; il en est autrement des questions militaires, qui, au contraire, sont comprises à leur juste et entière valeur. »

Après la brochure-panique dont je vous ai déjà parlé, Topinion, ^l'égard de la marine, sortit de sa torpeur et trancha la question. L'amiral Riboty demandait 4 millions qui lui avaient été formellement refusés. A la suite de la brochure, les 4 millions furent votés par acclamation. Le ministre déclarant qu'ils suffiraient à peine à empêcher la flotte de périr, mais ne pourraient servir à la renouveler, la Chambre obligea le ministre à proposer, dans le budget définitif, les sommes nécessaires pour le renouvellement complet de la marine italienne.

Deux mois plus tard, à propos du projet de loi relatif à la création des établissements de Tarente, dont les travaux étaient estimés à 25 millions, sans

les fortifications, Tamiral Riboty, effrayé des dépenses, déclarait se contenter d'un port de refuge qui coûterait seulement 10 millions et demi. La Chambre répondit en votant 23 millions. Le ministère se reconnut impuissant à solder cette somme. L'amiral Riboty se retira et fut remplacé par Tamiral Pacoret de Saint-Bon, marin expérimenté et homme d'étude en même temps. Attentif à tous les progrès et à toutes les inventions, l'un des novateurs les plus déterminés de la marine italienne, l'amiral Saint-Bon avait prévu la révolution que devait amener dans larchitecture navale l'invention de la cuirasse, et, dès 1862, il avait jeté un cri d'alarme en publiant ses pensées sur la marine militaire et en démontrant l'inutilité de la construction de douze vaisseaux de ligne, annoncée par le ministère, malgré l'apparition de la cuirasse depuis deux ans.

Ces antécédents préparaient l'amiral Saint-Bon mieux que tout autre à la réorganisation de la marine italienne. Il sut se concilier la sympathie du personnel de la flotte et s'assurer sa collaboration. Son ardente conviction, sa parole entraînante dominèrent les hésitations du Parlement.

Devant ses électeurs de la Spezzia, après avoir montré la marine italienne moins bien traitée que la

plus petite marine européenne, il s'écriait : « Pauvre Cendrillon! faut-il donc s'étonner que ses forces s épuisent et qu'elle crie la faim. »

Répudier la routine, demander à la science de solides instruments de défense maritime au prix de dépenses modérées, tel fut le système de l'amiral Saint-Bon. Rien de superflu, rien d'inutile; sur 73 bAtiments de tout rang qui composaient la flotte de guerre, à son arrivée aux affaires, d'un seul coup, il résolut d'en condamner 32. Déposé le l"décembre 1873, ce projet d'aliénation ne flgura cependant à l'ordre du jour qu'en février 1875. Il ne fut point accepté sans résistance par le Parlement; M. Deyneris, ancien ministre de la Marine, M. Maldini, ancien officier de la flotte, exprimèrent hautement leurs inquiétudes; mais d'autres soutinrent ce projet avec conviction et le Parlement prononça la radiation de 33 navires. Pendant cette période, l'amiral Saint-Bon avait achevé l'armement du Duilio, ce legs glorieux de l'amiral Riboty. Il dota la flotte de la lumière électrique, et imprima une grande activité à la construction des bateaux-torpilleurs.

Si la marine italienne atteint un jour le développement de puissance auquel elle aspire, elle le devra certainement à la passion, à la foi que l'ami-

rai Saint-Bon a mis à son service pendant son passage aux affaires. Le vice-amiral Pacoret de Saint-Bon, est un Savoisien qui a opté pour la nationalité italienne. On peut supposer qu'il ne nourrit pas des sentiments très sympathiques à la France, quoiqu'il ait encore sa famille et des intérêts à Chambéry, où il va souvent. Il est désigné par l'opinion et par son poste de chef d'état-major général, pour prendre le commandement, non de l'escadre actuelle, mais de l'armée navale qui serait constituée. L'amiral Saint-Bon se transporterait à bord d'un cuirassé avec tout l'état-major qu'il a actuellement sous ses ordres, au ministère. C'est un excellent système que nous n'avons malheureusement pas en France. Ultalia a été le type du cuirassé rêvé par l'amiral : autonomie, puissance d'artillerie, résistance des parties cuirassées et vitesse, c'est-à-dire l'idéal du navire de combat.

Le 15 mars 1876, le cabinet présidé par M. Minghetti se retirait, et avec lui, l'amiral Saint-Bon, léguant à son successeur le soin de continuer l'œuvre commencée.

Ce fut l'ingénieur Benedetto Brin, constructeur de Yltalia, qui prit le portefeuille de la Marine. Il avait été le collaborateur le plus savant, le plus

dévoué et le plus résolu de Tamiral Saint-Bon; il était désigné pour être son continuateur.

En effet, le 21 février 1877, le projet de loi organique du matériel de la marine militaire royale Tut déposé sur le bureau de la Chambre ; deux mois après, le rapport de la commission était terminé. Le 15 mai, la Chambre en adoptait les conclusions que le Sénat ratifiait et qu'un décret promulguait définitivement le 31 juillet 1877.

La transformation devait se faire dans une période de dix années, de 1878 à 1888; le bilan des dépenses était fixé à 146 millions, répartis en un crédit annuel de 12 605000 francs, plus un crédit extraordinaire de 19500000 francs.

Le projet de loi adopté le 21 février 1877, fixait de la manière suivante le nombre des bâtiments de la flotte italienne.

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