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eun à sa manière, aimaient à jouer au plus fin avec tous les partis. On attribuait à Charles-Albert l'expression familière de sa satisfaction avec ses confidents les plus intimes, quand il se flattait d'avoir déjoué l'ambition d'un de ses ministres :
« Je lui ai joliment fait tordre le museau ! »
On ne sait ce qu'il aurait été vis-à-vis du Parlement, qui ne commemja à fonctionner régulièrement qu'après son abdication et l'avènement de Victor-Emmanuel. Celui-ci tenait avant tout à la popularité et jetait par-dessus bord les ministres qui lui faisaient ombre. Ce serait calomnier le roi Humbert que de lui attribuer de semblables procédés, qui répugneraient à une nature aussi droite et aussi ouverte. Mais il s'est montré, en tout le reste, trop soucieux de continuer la politique de son père en face des partis.
L'inconvénient de cette politique, malgré son habileté, est son terre à terre : elle se prête aux petites cabales, exagère l'influence personnelle des individus, bonne ou mauvaise. Rien n'v est vu largement, des hauteurs intellectuelles ou morales.
A Kome, comme prince royal et depuis qu'il est roi, Humbert I" a toujours lu et lit exactement tous les journaux pour se tenir au courant des plus fugitives manifestations de l'opinion, mais il
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ne lui reste plus de temps pour lire les livres. De même que ses ascendants, il n'a pas de philosophie politique; cette lacune est compensée, mais non comblée par une droiture et un bon sens rares.
M. Deprelis n'était guère fait pour exercer le Hoî au vol de lesprit, ses instincts personnels ne le portant guère à planer.
Avec les hommes de la droite, que le Roi ne trouva plus au pouvoir, les Mingheiti, les Bonghi, lesSpaventa, il se fût acclimaté à des hauteurs. M. l>epretis ne Ta initié qu'aux secrets des expédients.
Je prends un exemple entre mille : la réforme électorale. Klie a été faite sans préoccupation des bases de la loi. Le Roi n a vu, dans l'extension du suffrage, qu'un appel généreux et confiant de sa part h la démocratie. Une réforme électorale ne consiste pas seulement à faire voter un million d'électeurs de plus ou de moins, elle ne peut se réaliser fructueusement que par l'organisation du suffrage; mais le Roi ne s'arrête pas à de telles considérations et personne auprès de lui n'a garde de les relever.
L'un des effets de cet état d'esprit des derniers rois de la maison de Savoie est qu'ils n'ont pour les penseurs politiques guère plus de goût que Napoléon, qui, comme l'on sait, les traitait dédai*-
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gncusement « d'idéologues » ; ils aiment surtout les renseignements de fait. La révélation d'une tactique parlementaire les a toujours plus intéressés que Tappréciation raisonnée d'une question constitutionnelle.
Avec ce système de gouvernement, bien des intrigues sont possibles, et Tentourage immédiat d'un monarque prend parfois, quelque inférieur qu'il soit, une influence prépondérante.
On connaît les mœurs de Victor-Emmanuel, comparées souvent à celles de Henri IV. Véritable diable à quatre, il lui fut beaucoup pardonné parce qu'il a beaucoup aimé. L'aristocratie piémontaise, austère, n'a eu pour son roi des indulgences que parce qu'il n'a jamais choisi de favorite dans ses rangs, ce qu'elle n'eût d'ailleurs pas toléré. Rosine, qui, avant d'être la femme morganatique, fut la maîtresse en titre, ne suscita l'animadversion de Taristocratie piémontaise que lorsqu'elle voulut se mêler de politique.
Cavour avait tenté de dessiller les yeux du Roi sur la conduite de sa favorite. Naturellement, il échoua et Rosine ne le lui pardonna jamais. Après 1859-1860 elle s'est opposée de toutes ses forces au retour de Cavour.
Si Cavour ne se fût rendu, par ses services, indis-
pensable à l'Italie etn'eftt été qu'un gnind ministre libéral piémontais, un grand tacticien parlementaire, il eût été sacrifié à Hosine. Les amis intimes du roi, compagnons familiers de ses plaisirs, détestaient tellemeni ('avour qu'ils le lui faisaient détester.
Le danger était que cette femme entourait Victor-Emmanuel d'exploiteurs et l'éloignait do ses fils. Elle avait en haine particulière le prince héritier.
Lorsque Victor-Emmanuel vint à Home, M. Sella recommença la lutte contre Rosine et s'op|)Osa avec une louable obstination à ce qu'elle eut aucun rang avoué à la ciuir, où elle ne parut jamais. Il exigea en outre du roi d'Italie que le prince royal efit le commandement du corps d'armée de Home.
(le fut alors que Victor-Emmanuel subit le charme de l'incomparable princesse Marguerite. Peu à peu elle conquit une noble et légitime influence sur l'esprit de Victor-Emmanuel et le gouverna dans tout ce qui se rapportait à la cour.
Si le prince de Piémont, aujourd'hui roi d'Italie, a subi en politique l'influence d*une femme, c'est celle de la Heine et point d'autre. Le cabinet de travail du Hoi et le boudoir de la Heine sont
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séparés par une galerie dont les éclios entendenl à chaque instant : Marguerite! Humbcrt! le souverain consultant la souveraine sur toutes choses. Humbert I" a un respect profond du caractère de la Reine, comme épouse, comme amie ; aucun entraînement de ses sens n'a jamais altéré TesHme, Tadmiration, la tendresse qu'il a pour sa parente et pour sa compagne, ni rompu Tassociation d'esprit qui le lie fidèlement à sa femme.
11 n'y a pas de médisance à parier des aventures {galantes des cours qui sont du domaine de l'histoire; surtout quand celles ([ui en ont été les héroïnes, loin de les cacher, s'en font gloire.
Les sentiments du prince de Piémont, bien avant son mariage, pour la duchesse L..., sont connus de toute l'Italie. Déjà la mère de la belle Milanaise avait occupé ses contemporains de sa liaison galante avec le prince P... : ils avaient promené à travers toute l'Europe, trente années durant, leur faux ménage.
On dit aussi que la future duchesse, encore jeune fille, était hantée par des rêves d'ambitions jj^alantes et disait à ses intimes : Ce sont les rois et les empereurs que je veux avoir pour esclaves. A Paris, comme à Milan il parait qu elle a tenu parole. On parvint à la marier avec le comte G...,
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frère cadet de cet exrellent duc L... qui, recherché en mariage par les plus nobles et belles filles de son pays, avait fini par épouser une cocotte parisienne. Celle-ci, à première vue, eut, dit-on, sur sa belle-sœur, un mot prophétique :
— Elle finira, dit-elle, comme j'ai commencé.
Quand le prince de Piémont, très jeune, arriva il Milan, où habitaient la duchesse et sa mère, il était tout désigné aux traits de ces maltresses femmes, expertes aux manœuvres d'une coquetterie raffinée et à toutes les comédies du sentiment et de la passion.
Victor-Emmanuel, en apprenant la liaison du prince royal, s'écria : — O. n'est pas une femme pour mon fils; c'est bon pour moi, lui ne s'en dépêtrera jamais.
Lors du mariage du prince de Piémont, le roi eut la faiblesse de nommer la duchesse, dame de palais de la princesse Marguerite, à Milan. (Vêlait créer une cour de la main gauche en face de la cour officielle. La future reine d'Italie agit avec tant de résolution et de <lignité, que cette audacieuse rivale, forcée de rendre les armes, donna sa démission et passa à l'étranger. Cette aventure, très divulguée en son temps, était oubliée, quand l'arrivée bruyante de la duchesse à Home, le pria-
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temps passé, réveilla de malencontreux souvenirs.
Quand on vit les courtisans en émoi et qu'on apprit que la duchesse L... louait, pour l'hiver suivant, un appartement splendide, les commérages allèrent leur train.
Ce que j'ai dit à propos de la chronique galante de la cour à Milan peut s'entendre des histoires analogues qui se sont répandues à Rome dans les premiers temps où le prince royal vint s'y fixer. Mais tout conspirait heureusement ici pour imposer quelque mesure à la médisance et à ces infatuations de la galanterie ambitieuse qui emporte parfois les favorites de haut rang jusqu'à l'imprudence.
On s'est fort récrié, parait-il, de mes prétendues révélations des secrets de l'alcôve. Une femme de lettres à qui on reconnaîtrait peut-être plus de talent si elle s'attribuait moins de génie, M"*° iMathiide Serao, oubliant toutes les règles de courtoisie littéraire pour démasquer un pseudonyme, en est venue à de bien gros mots : diffamation, pornographie, calomnie. Des magistrats mal avisés ont été jusqu'à séquestrer quehjues numéros delà NomwUe Revue attardés chez les libraires. Si les poursuites ont leur cours, elles fourniront de jolis libretti aux Offenbach et aux Suppé de l'avenir.
J'avais entendu des choses si extraordinaires sur certaines Montespans au petit pied! Elles paraissaient si fières de leur ceinture dorée! si peu soucieuses de leur bonne renommée, depuis longtemps envolée avec leurs l)onnels par- dessus tous les moulins de la campagne romaine.
On me disait qu'en haut lieu on savait avoir, pour les fredaines conjugales et pour celles qui s'en faisaient complices, Tindulgence que peuvent seules se permettre les princesses irréprochables.
Passer sous silence d'ailleurs, dans un tableau de la vie mondaine d'une grande capitale, des épisodes galants dont tout le monde parle et dont personne ne s'émeut, aurait été de la dissimulation ou de la pruderie. Il ne m'en coûte guère, après tout, de supprimer une page de ces lettres écrites en courant et, la plupart du temps, sans y entendre malice. Qui sait si ce n'est pas la meilleure vengeance à tirer de mes belles ennemies? car enfin, qui saurait que la veuve Poisson ou Nell Gwyn ont existe, si elles n'étaient entrées dans l'histoire par les escaliers dérobés des demeures royales?
Que le roi Humberl eût distingué la baronne X... ou la marquise Z... qu'importerait après tout, si rien ne révèle au public ce que les espionnages
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mondains prétendent découvrir? Or, tout ce que le fils de Victor-Emmanuel laisse voir au diehors de sa conduite privée est absolument correct. Il a trop souffert des erreurs de son père pour ne pas faire grand cas du respect des convenances. D'ailleurs, Tamour du peuple italien pour sa reine imposerait au royal époux, si son propre culte ne les lui rendait doux et faciles, les plus grands égards.
A propos des mœurs de Victor-Emmanuel, dont il eut à souffrir, je veux vous citer une anecdote dont je fus témoin.
Un jour en chasse, Tun de nos collègues commit la bévue de prendre Mirafiori, fils de la Rosine, pour le prince héritier.
Victor-Emmanuel releva Terreur d'une voix tonnante, sans doute en vue de l'édification des gardes-chasse et du populaire qui se pressaient autour du groupe royal :
— Voici mon Mirafiori, dit-il, regardez-le : sang du peuple mêlé au sang de roi !
Le roi Humberl, s'il a eu une enfance délicate et s'il est resté de pètilc taille, a de la vigueur dans tous les exercices du corps. 11 monte merveilleusement à cheval, tire bien, et il est habile à tous les sports; sa tournure est très élégante, ses manières
aisées et dignes à la fois. 11 a souvent un regard intérieur très curieux à observer. 11 rêve, et je vous parie que c'est à quelque grande action militaire de ritalie. Lorsqu'on rencontre son regard, on le trouve franc, loyal, assuré ; s'il parle à des gens du peuple, il a des gestes simples et paternels d'une grâce louchante. Le roi Humbert adore le peuple. Il a la connaissance de ses devoirs envers lui. 11 le voudrait à la fois riche et glorieux, surtout glorieux. Comme souverain et comme homme, il est rhonneur personnifié, n'ayant jamais empiété sur les droits de ses sujets ni essayé de tourner les formules de la Constitution; malgré son amour de la gloire, il voudrait épargner ses sujets, aider les petits; la question sociale ne le laisse pas indififérent, elle l'occupe et l'intéresse.
C'est une nature très généreuse, et, comme tous les princes de la maison de Savoie, il a de la magniiicence. Il aime les beaux bijoux et il en a donné d'admirables à la Heine. Au début de sou règne, il avait la passion des pierres précieuses jusqu'à la monomanie. Il en prenait à pleines poignées dans ses poches, se plaisait à les y remuer et en offrait à l'occasion, comme nos pères offraient une prise de tabac.
En revanche, de même que la plupart de ses