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LA POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LA RUSSIE. IH

celle de ceux qui s'imaginent que la politique de la Russie a été l'œuvre de ses souverains. Le contraire seul est vrai, car ceux-ci n'ont fait que suivre l'impulsion donnée par le peuple, et, lorsqu'ils s'en sont écartés, comme Alexandre II et Paul 1", ils ont payé de leur vie cette imprudence.

Notre race slave, si elle est susceptible de s'enthousiasmer facilement, est aussi capable de se venger, lorsqu'elle voit méconnaître ses droits et ses désirs. On nous appelle en Europe des barbares, et peut-être le sommes-nous, en effet ; nous avons dans tous les cas cet instinct des grandes races disparues des Visigoths et des Huns, l'instinct d'aller en avantcontre un ennemi que nous sentons dangereux, sans même le connaître, etcontre lequel nous pousse une force mystérieuse et irrésistible.

Nous avons le pressentiment que nous sommes destinés à posséder un jour l'empire du monde. Les efforts conciliateurs de ceux qui nous ont gouvernés n'ont jamais réussi, lorsqu'ils ont tendu vers le but de circonscrire notre action au lieu de la développer.

ili LÀ SOCIÉTÉ DÉ SAINT-PÉTERSBOURG.

- Si la politique de la Russie a maintes fois paru tortueuse aux yeux de l'étranger, cela tient justement à cette lutte qui a, de toiit temps, existé chez nous entre tes instincts du peuple elles vues de ses maîtres.

La Russie n'a jamais eu que deux ennemis vé^ ritables : les Turcs et les Allemands ; quant à son animosité contre l'Angleterre, elle tient h des raisons extérieures et accidentelles et pourrait aisément se dénouer d'une manière pacifique. Elle n'est pas causée par le choc de deux races ou de deux religions antipathiques l'une à l'autre, comme c'est le cas avec les deux nations que j'ai nommées plus haut, et voilà pourquoi la volonté de deux souverains pourrait la changer en amitié, tandis que ni l'islamisme ni l'esprit mathématiquement conquérant de l'Allemagne ne pourront s'allier avec notre foi et avec nos mœurs.

Ce n'estpas d'hier que date la haine de la Russie contre les disciples du Koran ; depuis qu'elle a gémi sous le joug tartare, cette haine n'a fait que grandir, se développer dans toute la nation. Lors-

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que les descendants des Cosaques Zaporogues, qui menèrent ta république polonaise à deux doigts de sa perte, se furent unis et assimilés à la mère patrie, depuis que l'empire des czars s'étendit le long des rives du Dnieper et du Don, cette farouche haine s'accrut de toute la force qu'y apportèrent les éléments nouveaux.

Alors, -se dessina nettement la grande lutte dont le dernier acte se jouera, lorsque la croix grecque dominera la coupole de Sainte-Sophie; ceux qui ont prétendu que les difTérentes guerres russoturques étaient le fruit de l'ambition effrénée de nos souverains n'ont pas la plus petite idée de nos sentiments et de nos aspirations nationales. Ils ignorent, ou plutôt, ne savent pas apprécier la force irrésistible qui nous pousse vers Constantinople, et qui, un jour, amènera la création d'un grand empire slave destiné à remplacer celui des Osmanlis. De même que, dans l'antiquité, les tribus barbares se serraient les unes contre les autres, de même un lien qiie rien ne pourra dénouer unit entre elles toutes les nations slaves.

m LA. SOCIÉTÉ DE SAINT-PÉTEBSBOUHG.

Chacun se souvient du temps où elles agonisaient ensemble sous le coutelas des janissaires, où leurs femmes et leurs filles étaient vendues comme des bêtes de somme sur les marchés de Constantinople. Certaines offenses ne s'oublient que lorsqu'on a anéanti ceux qui les ont commises. La longue oppression des Turcs a amené, par sa dureté, ceux qui en étaient les victimes h chercher un refuge auprès de la seule puissance qui comprenait leur misère, qui répondait par des paroles d'encouragement à leurs cris de détresse.

Je crois à la mission de certains peuples comme à celles de certains hommes. Je suis donc convaincu que, tôt ou tard, la Russie s'installera sur les rives du Bosphore, malgré les obstacles qu'on lui suscite, malgré les intrigues auxquelles on se livre contre elle; je voudrais seulement qu'elle agit plus énergiquement qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, et, surtout, qu'elle dirigeât toute son attention et tous ses soins à surveiller le seul adversaire sérieux qu'elle possède : l'Allemagne.

Je vais émettre ici une opinion qui vous parai-

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