‹ La société de Saint-PétersbourgChapitre 44 sur 49 · LES ARTS · texte numérisé non relu

LES ARTS

Mon jeune ami, je ne vous dirai que quelques mois des arts en Russie. Nous avons, comme artistes, plusieurs grandes figures, qui ont droit à autre chose qu'à une courte biographie et à l'analyse hâtive de quelques-unes de leurs œuvres géniales. Beaucoup de nos physionomies artistiques, essentiellement russes, n'ont qu'une saveur du cru et la perdraient analysées ou traduites.

D'ailleurs, que vicndrais-je faire au milieu de tous les travaux, de toutes les traductions qui se publient et qui donnent en ce moment à l'Europe

l'idée de notre style, de notre poésie, de notre science d'observation. Vous connaissez deux de nos maîtres presque aussi bien que moi : Tourguéneffetlecomte Léon Tolstoï. Gogol, Pouchkine, Dostoïewski vous sont devenus familiers. Le mouvement, dans la recherche de nos richesses littéraires, ne s'arrêtera plus, et nous pourrons enfin entrer en échange d'idées avec l'Europe, et surtout avec la France, qui nous alimentaient si complètement et nous connaissaient si peu.

En musique nous avons des maîtres que l'on ignore totalement à l'étranger. En peinture, vous connaissez Vereschagin ; il est accepté à Paris, à Berlin, comme un maître et comme un penseur. Mais une école russe est déjà formée à l'Académie, et des talents se développent normalement dans l'étude des caractères de notre race et du paysage national. Notre regretté ami le prince Paul Demidow s'était consacré à l'encouragement de la peinture à Pétersbourg.

. C'est un chagrin pour moi de voir ce magnifique Ermitage, si admirablement compris et dirigé

par le prince Wassilitchikow, posséder de si rares échantillons de notre peinture, et hélas I si peu remarquables.

Mais des écoles artistiques industrielles se forment; Grégorowitch, qui dirigea avec tant d'habileté et de goût les travaux derExposition deMosepu , M. Polowtsow, l'un avec son énergie et sa passion, l'autre avec sa richesse et sa persévérance, ont fondé des cours qui donnent des résultats merveilleux. Un art national, un art russe grandit tous les jours et s'affirme déjà par des œuvres originales.

Le peuple russe est merveilleusement imitateur; il a du goût, de la main et de la voix. Musique, peinture, art dramatique, trouveront des génies qui les exprimeront comme notre langue a trouvé des écrivains qui l'ont immortalisée.

Je vous citerai donc seulement quelques noms des écrivains et des artistes principaux de Pétershourg, vous laissant le soin, — le seul, car je vous ai renseigné sur tous les autres sujets intéressants, — de vous instruire sur cette « naissance » d'un art vraiment russe.

Vous aurez à faire vous-même la coanaissance des poètes qui se nomment :

Apollon Maikow, dont l'inspiration puissante s'est mesurée avec deux mondes : le monde païen et le monde chrétien.

Jacques Polonsky, poète lyrique imitant Lermontow.

A. Plestcheew, qui aime l'humanité, et dont l'âme généreuse s'attendrit sur les souffrances de ses frères.

Paul Kowalewski, le chantre ému de l'amour paternel.

Le comte Golenistchew, amoureux des aurores, le poète de l'avenir, un talent véritable, dont on parlera de plus en plus.

Apoukhtine, qui mériterait, par la richesse et l'élégance de sa forme, d'être appelé l'un des parnassiens de la Russie.

Puis la pléiade des jeunes :

Le juif N. Minsky, talent déjà incontesté.

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