AUX FIDÈLES DE LA VILLE DE QUÉBEC
LOUIS-NAZAIRE BÉGIN, CARDINAL PRÊTRE DE LA SAINTE ÉGLISE ROMAINE, DU TITRE DE SAINT-VITAL, PAR LA GRÂCE DE DIEU ET DU SIÈGE APOSTOLIQUE, ARCHEVÊQUE DE QUÉBEC,
Aux Fidèles de la ville de Québec, salut et bénédiction en Notre- Seigneur.
Nos Très Chers Frères,
Vous serez appelés bientôt à donner votre vote sur une mesure de prohibition soumise aux électeurs de la ville de Québec.
Depuis plus d’un an déjà, un nombre considérabie de citoyens se sont mis à l’œuvre pour organiser ici une lutte loyale et sérieuse contre le commerce des liqueurs enivrantes. Au cours du printemps dernier une requête signée par plus de huit mille électeurs fut présentée au Gouverneur Général en Conseil
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pour demander un vote sur l'opportunité d'établir en notre ville un régime de prohibition. Le Gouverneur Général vient de répondre favorablement à cette requête et la date du vote est fixée au 4 octobre prochain.
La question qui se pose devant vous, N. T. C. F., est d’une exceptionnelle gravité. Par certains côtés, elle se lie s .ns doute à l’ordre matériel, et elle soulève des problèmes économiques d’une portée considérable, De ce point de vue secondaire, il est facile de constater que le commerce des boissons alcooliques est pour la communauté civile une cause d’appauvrissement. Les économistes sérieux sont unanimes là-dessus. Supprimer le commerce et l’usage de l'alcool, c'est sauver l’épargne et accroître notablement la richesse publique et privée. Nous Nous intéressons assez, N. T. C. F, à votre bien-être temporel pour ne pas rester insensible à un argument de ce genre, et, volontiers, Nous le recommandons à votre bon sens pratique.
Mais, c’est plus haut que Nous voulons porter vos esprits et vos cœurs. Par votre vote du 4 octobre prochain, ce n’est pas seulement un problème économique que vous allez résoudre ; c’est aussi, c’est surtout un problème d'ordre moral et religieux. Il n’est plus ici question seulement de vos bourses, il est question de vos âmes. Ce n’est pas seulement votre bienêtre matérie ‘ü est en jeu, c'est encore votre bien-être spirituel.
Il ne suffit pas, par conséquent, pour se décider en pareille matière, de consulter ses goûts, ses passions, ses intérêts présents : il faut consulter sa conscience de chrétien e intérêts éternels. Ce n’est pas dans le monde où l’on s'amuse, ni dans le monde où l’on dissipe qu’il faut chercher des enseignements et des exemples ; mais c’est dans le monde où l’on réfléchit et où l’on cherche d’abord le royaume de Dieu.
Voilà pourquoi l’Église a cru bon d'élever la voix dès le début de cette campagne antialcooliqre qui se poursuit :'epuis dix ans. Bien des fois, N. T. C. F., Nous vous avons dit Notre pensée sur cet important sujet, et Nous vous avons exhortés
à rombattre énergiquement le fléau de l'alcool. Il Nous est a ,réable, aujourd'hui, d'attester que Notre parole a été entendue et Nos conseils suivis. La vertu de tempérance a fait de grands progrès chez nous, et déjà l'on peut toucher du doigt les résultats bienfaistuts que cette vertu produit chez les peuples qui la pratiquent.
Si la lutte antialcoolique a produit des effets si prompts et si consolants, c'est que l’on ne s'est pas contenté de combattre le vice, trop souvent insaisissable et irréductible, mais qu. ’on a porté la guerre aux sources empoisonrées où le vice se contracte et s'alimente, Après une couple d'années d'une campagne active de conférences, de prédication et de presse, pour préparer une opinion saine et créer des convictions sérieuses, on a compris que le vice de l’intempérance était lié À l’existence des débits de boisson, et que, dès lors, en ne pouvait songe" à détruire l’un sans faire disparaître l’autre.
On s’est donc mis à l’œuvre avec un courage que Nous ne saurions trop louer, et avec un succès que personne n'eût pu espérer au début. Successivement, dans nos paroisses rurales d’abord, dans nos villes ensuite, on a vu s'établir le régime de la prohibition. Les cébits de boisson, mal défendus par les préjugés et les intérêts matériels, sont tombés ac:s les coups irrésistibles de l'opinion publique. Et partout l'expérience a feit voir combien est salutaire l'opérat. n qui enlève au flanc d’une psroisse ou d’une ville ce chanere -vorant qu'est un débit de boisson.
Aujourd’hui, il s’agit de livrer un suprême it. La vil ae Québec, reste, dans notre diocès., la so mais combien débordante et funeste, d'où jaillisser inchent au loin le poison et le scandale, Si l’on ne # + source et si l’on n'écarte cette pierre de scandale, les # dtats de la longue et généreuse campagne des dix dernière années se trouvent gravement compromis. Nos paroisse les sont inondées de cireulaires et de réclames, qui, pour tr s all
chantes, se font porteuses des plus vulgaires préjugés ngé-
nient À déguiser les vilains appels à la passion alcoolique. Par mille canaux divers. par toutes les voies possibles, sous toutes les enveloppes in'aginables, ia ville de Québec se fait la détestable pourvoyeuse de tous les buveurs de la rég'on.
Est-ce que, vraiment, l'honnête et chrétienne population de notre ville ne sent pas qn'elle se doit à elle-même de faire cesser un pareil état de choses ? Hésiterait-elle à faire le geste libérateur et sauveur qu’on attend d'elle ?
Songez, N. T. C. F., À toutes les espérances qui se tournent vers vous en ce moment ; regardez défiler sous vos yeux l’interminable cortège des victimes que les débits de boisson de votre cité continuent de jeter sur les chemins de la honte et de la misère ; ayez pitié de la jeunesse qui a besoin qr' - 1 la défende contre les dangers, et que l'alcool guette comme une proie aux coins de vos rues. L'Église, par la bouche de vos pasteurs vous conjure de donner votre vote en faveur de la mesure bionfaisante qui sera, Nous l’espérons, le couronnement nécessaire et glorieux de toute la campagne antialcoolique.
Nous avons assez confance en votre esprit chrétien et en votre robuste bon sens pour exprimer l'espoir que vous ne resterez pas sourds À toutes ces voix autorisées, et que vous accomplirez sans faiblesse le devoir que vous aura dicté votre conscience.
Sans doute, d’autres appels vous sont faits qui veulent égarer votre jugement et surprendre votre bonne foi. On a remis sur pied, dans un ordre de bataille assez piteux, tous les vieux préjugés, tous les sophismes ébréchés qui forment depuis si longtemps la réserve unique des défenseurs de l'alcool. Certes, Nous ne voulons pas suspecter l'honnêteté de tous les adversaires de la prohibition. Nous savons qu’il se trouve parmi eux une classe de citoyens honorables, dont nous pouvons combattre les opinions sans cesser de respecter le caroctère. Nous regrettons seulement que, dans la présente lutte, on ait eu recours, pour défendre les débits de boisson, à des moyens qui déshonorent ceux qui les emploient, et qui discréditent la cause de
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ceux qui cherchent de tels appuis. Nous souhaitons, surtout, que les catholiques, qui veulent rester dignes de ce nom, ct ont encore quelque souci de leur salut et quelque respect de l'Église, ne permettent pas que nn co ce de leur nom des calumnies odieuses et des procédés : »:inourètes.
Certes, la prohibition n'est pas un dograe de foi ; mais c’est une mesure administrative, destine À combattre l’une des plus hideu’4 plaies de la société. Elle est contenue en germe et en principe dans les lois de tous les peuples civilisés, qui interdisent le ce. .erce libre de l'alcool et n permettent l'exercice qu'’a/ ii avoir mis les entraves d'une foule de prescriptions pruutvitives. Et quand ces entraves ne suffisent plus à arrêter le débordement des maux inherents à un pareil genre de trafic ; quand des raisons d’un ordre général ou accidentel demandent qu’on supprime ce qui peut devenir aisément un brigandage des bourses, des mœurs et des consciences ; quand l'opinion saine et éclairée exige que la loi pousse jusqu'au bout la puissance restrictive qui est sa principale raison d’être, afin de parer À un danger très grave, alors le gouvernement, sans faire des lois d'exception, met tout simplement en vigueur des règlements qu'il a faits lui-même, et qui ne sont que l'application totale de la loi.
Comme on le voit, il n’y a là rien de subversif, rien qui jusifie les tirades et les déclamations des profiteurs de l'alcool, qui gémissent sur la tyrannie du -égime prohibitionniste et qui posent en martyrs de la liberté. Il n’y a de martyrs en tout cela que les malheureuses victimes de l'alcool, et la prohibition les délivre du joug avilissant qui pèse sur leurs corps et sur leurs âmes.
En fait, la prohibition, à l’heure qu’il est, n’est plus comme il y a quelques années un régime d'exception ; elle iend à devenir le régime normal. La guerre a jeté de fulgurants éclairs sur les méfaits du commerce des liqueurs enivrantes. On a compris jusqu’à quel point l'alcool diminue la vigueur physique, déprime la force morale et trouble la vie économique. Et, sans égard pour les intérêts privés mis en péril, on est entré
résolument dans la voie des mesures restrictives ou de la prohibition complète.
Qui osera prétendre que dans notre région de Québec les raisons les plus graves ne militent pas aujourd’hui en faveur de la prohibition ? Qui niera surtout que l'opinion publique la réclame avec une fermeté de plus en plus grande ? Déjà, le gouvernement provincial a fait beaucoup pour répondre aux exigences de cette opinion publique. Nous Nous plaisons à reconnaître sa bonne volonté, et Nous respectons les motifs qui l'ont empêché d'a order tout ce qu’on lui demandait. En votant aujourd'hu une mesure de prohibition pour leur ville, les citoyens de Québec continuent l’œuvre excellente commencée par le pouvoir publie et frayent le chemin à la loi générale qu’une immense proportion des habitants de cette province réclament, et que, pour Notre part, Nous appelons de tous nos vœux.
De tous côtés, N. T. C. F., on parle d'augmenter la production, de pratiquer la plus stricte économie. On fait pa:touc des règlements pour empêcher le gaspillage et réduire la consommation des choses même nécessaires à la vie. Le spectre de la famine est souvent dressé sous nos yeux pour nous engager à limiter nos dépenses et à faire les sacrifices que les circonstances paraissent exiger. Ne serait-il pas étrange que l’on ne songeât point à retrancher d’abord de nos habitudes le luxe inutile, ruineux et malfaisant des liqueurs enivrantes ? Aussi longtemps qu’on laissera libre cours à ce commerce qui dévore l'épargne populaire et fait dévier vers des intérêts particuliers une portion considérable de la richesse publique, on ne pourra pas prétendre avoir fait tout ce qui devait se faire pour prévenir les désastres qu’on annonce et remédier aux maux qui se préparent.
D'autre paït, il n’est pas permis à des chrétiens d'ignorer que la pénitence est le grand devoir des temps présents. Le monde, violemment secoué par la guerre sanglante qui tue les hommes et ruine les nations, regarde l'avenir avec angoisse
dr Mn MAD ED Eee Cor on
main tard honte ana tue a néaan gas
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