‹ La Société des Auteurs et Compositeurs dramatiquesChapitre 5 sur 6 · DEA · texte numérisé non relu

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personne ne sait ce qu'il Sera ; mais on croit savoir ce qu'il ne sera pas.

Il est certain qu'une certaine lassitude se marque, depuis longtemps, dans le publie, et dans le monde même des auteurs dramatiques. Ceux-ci ne seraient-ils pas effrayés euxmêmes de la banalité des œuvres qu'ils nous condamnent à entendre ? Une action très ordinaire, un peu de sentiment, une pointe d'esprit, le tout délayé dans un dialogue agréable, facile, et surtout rapide, voilà tout ce qu'il faut, semble-t-il, pour avoir un succès durable : c'est le spectacle qui distrait, sans agiter, et d'où il serait malaisé de remporter chez soi quelque impression. Tous les sujets, tous les caractères se ressemblent: à tel point, qu'ayant vu une pièce dite d’actualité, il semble qu'on les ait vues toutes ; Jamais celui qui veut en parler n’a eu plus de peine à ne pas confondre l'une avec l’autre.

Chacun croit découvrir la source du mal, et pouvoir indiquer le remède. Un auteur, par exemple, s’en prend à l'esprit du boulevard, qui corrompt tout :

« Nous sommes las, écrit-il, des petites psychologies, des petits auteurs, des petites âmes, des petites femmes » (1).

Ne peut-on se plaindre, en effet, du snobisme malsain qui nous fait sacrifier les œuvres solides à une littérature artificielle, inspirée du roman-feuilleton, quand ce n'est pas des secrets de l’alcôve.

M. de Porto-Riche accuse les tendances mêmes qui règnent dans le monde des auteurs dramatiques : le métier, dit], étouffe le talent.

« Trop de préoccupations, écrit-il, et de nécessités étrangères à l'art, empêchent l'auteur dramatique de tenter des

(4) Revue de l’art dramatique, 15 novembre 1901.

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efforts purement artistiques. La littérature dramatique ne manque pas de bras : elle occupe trop de monde. À côté des écrivains véritables, qui honorent la grande famille littéraire, accourent, des quatre coins de l'horizon, des monteurs de pièces, équipe robuste, qui ne se lasse pas de travailler. le talent est impatient de battre monnaie, il s'adonne à la confection de l'article courant... le culte de l’œuvre lente, préméditée, exécutée avec amour, en dehors du souci d'une notoriété et d'un triomphe éphémères, cette religion n’attire plus que des naïfs » (1).

Ici la Société des Auteurs est directement en cause n'est-ce pas elle qui, par ses perceptions élevées, attira ces équipes de travailleurs robustes et avides? Les services qu'elle a rendus l’emportent, sans doute, sur le mal qu'elle a pu faire. Mais l'existence de ce mal est une raison de plus pour elle d'encourager les débutants, dans une carrière où certains obstacles semblent dressés par elle-même ?

Si ses règlements, ainsi que nous l’avons vu, semblent parfois aggraver les difficultés sans nombre auxquels se heurtent tant de jeunes talents, il est de son devoir d'y remédier par tous les moyens. À cette condition seulement, la Société des Auteurs conservera la confiance de tous, et restera fidèle à la pensée de son premier fondateur, qui fut, non pas une pensée de spéculation, mais une pensée d'affranchissement et de solidarité.

(1) Journal Le Temps, 18 mai 1904.

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Le Doyen, Le Président, Ch. Lyon-CaEn. H. BERTHÉLENY.

Vu et permis d'imprimer :

Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,

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