Cette phrase est extraite du Journal de lu Muntayne
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don (de l'Oise). — Dufourny observe que. si la question est mûre relativement à Camille Desmoiilins. qu'on peut juger sur ses écrits, elle ne Test peut-être pas suffisamment sur Bourdon [àc TOise. — Robespierre déclare qu'il ne comprend pas pourquoi Dufourny est si indulgent pour Bourdon et Philippeaux, quand il est si sévère pour Camille Desmoulins. Celui-ci ne tient point aux aristocrates ; celui-là au contraire a un puissant parti parmi eux. Philippeaux « ne fut jamais qu'un mauvais soldat du girondisme, et n'est encore qu'un enfant perdu de l'aristocratie ". 11 ajoute :]
Je déclare que quiconque aujourd'hui est un ambitieux, est en même temps un scélérat, un insensé. Eh bien ! on renouvelle en cet instant contre moi une accusation intentée à la tribune de la Convention par Louvet : pai-ce que j'ai exercé dans le Comité de salut public un douzième d'autorité, on m'appelle dictateur!. . . Ma dictature est celle de Le Pelelier, de Marat. i On applaudit.) Vous m'avez mal entendu : Je ne veux pas dire que je ressemble à tel ou tel : je ne suis ni Marat, ni Le Peletier ; je ne suis point encore le martvr de la Révolution; j"ai la même dictature qu'eux, c'est-à-dire le poijïnard des tyrans. [Vifs applaudissements .) J'ai été entraîné en apparence loin de l'état de la question : je m'en suis rapprociié au contraire, car celle qui vous occupait n'était pas digne de vous. Ce n'est pas tel ou tel qu'il faut chasser de chez vous ; ce n'est pas de l'expulsion d'un journaliste que vous devez occuper votre séance, mais de l'extermination des traîtres, de la connaissance des conspirations, et surtout de celles de l'étranger. Il n'est que deux choses aujourd'hui qui puissent vous occuper dignement : la continuatiiui de la discussion que vous aviez comiuencée sur les crimes du gouvernement anglais et les vices de la constitution britannique. Si l'on suit le premier avis, que l'orateur, qui la doit traiter, monte à la tribune; sinon, je réclame Tordre du jour pour la s. coude. . .
[Dufourny demande la parole. — Collot-d'Herbois propose qu'on passe tout de suite à la discussion sur les crimes du gouvernement anglais. — Dufourny continue à demander la parole. Il déclare qu'il ne peut être accusé d'indulgence, puisqu'il ne connaît pas Bourdon (de l'Oise). Il appuie les propositions de Robespierre et invite ce dernier à lui adresser ses reproches avec plus d'amitié. — Beaucoup de membres demandent qu'on mette aux voix la discussion sur Bourdon :de rOise\ On passe .au scrutin ; le résultat est douteux. — Le Président demande qu'on accepte la proposition de Collotd'Herbois. — Plusieurs membres continuent à demander la radiation de Bourdon ide l'Oise .^
Robespierre. — On veut mettre Bouriion (de l'Oise) en opposition avec la discussion sur les vices du gouvernement anglais; on veut mettre en parallèle un indiviilu et les scélératesses multipliées de nos
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ennemis, dont la connaissance peut être du plus grand avantage pour la chose publique ! 11 y a deux grands objets qui sont dignes de partager l'attention des républicains : la faction qui veut dissoudre la Convention et les infamies commises par le gouvernement britannique. Il ne peut pas y avoir en ce moment de discussion plus digne des hommes libres qui veulent sincèrement le bien de leur patrie. L'un etTaulre objet excluent toute discussion sur des individus qui ne sont que des accessoires. Les intérêts particuliers de ceux qui veulent chasser Camille Desmoulins et Bourdon (de l'Oise) s'évanouissent dans ces deux grands objets; si vous vous en occupez, il en résulte qu'il faut ajourner la délibération et sur Bourdon (de l'Oise) et sur Besmoulins. Je ne parle pas de ceux qui veulent faire triompher une €0terie de celle qui lui est contraire : ceux-là ne sont pas capables de s'occuper du bien public. Si je m'engageais plus avant, je dirais des choses que ceux qui m'improuvent ont intérêt d'écarter.
Il y a des hommes qui pensent ou qui veulent faire croire que je défends Desmoulins. Cependant il n'est personne qui ait parlé de lui plus franchement que moi, et ceux qui murmurent le plus n'ont pas osé attaquer les hommes que j'ai caractérisés, quand ils les ont vus €n crédit.
[Robespierre dit (lu'il ne cherche pas à sauver les intrigants ; il veut seulement que la Société s'occupe d'objets utiles au salut public et n'écoute plus l'exposé des rivalités personnelles. Il continue ainsi :]
Je dis donc au peuple qui m'entend qu'il faut, sans clabauderies et sans prévention, discuter les intrigues, et non un intrigant en particulier. Je dis qu'en chassant Desmoulins, on fait grâce à un autre individu, et qu'on épargne d'autres intrigants. Je dis que, puisque la proposition que j'avais faite, de s'occuper des crimes du gouvernement anglais, ne convient pas, sans doute parce qu'elle est feuillantine et modérée, je la rétracte. {<( l\on ! non! » s'écrie-t-on de toutes parts). Puisqu'il est une manière plus digne de faire triompher la vérité, je me désiste de celle que j'avais proposée, et je demande qu'on s'occupe des moyens d'exterminer à jamais les intrigues qui nous agitent au dedans, et qui tendent toutes à empêcher l'afTermissement de la liberté. Il faut les discuter dans leurs agents, dans leur esprit. Yoilà ce qu'on ne veut pas, voilà ce que plusieurs personnes n'osent pas faire, et qu'ils veulent écarter en vous parlant de Camille Desmoulins.
DuFOURNY. — J'observe à Robespierre que Camille est déjà chassé, ei que ce n'est pas de lui qu'il s'agit.
[Robespierre, on répondant à Dufourny, se plaint de ce qu'il n'ose })as discuter les intrigues.
Dufourny prend cette réflexion de Robespierre pour un reproche qui donnerait à entendre que, s'il ne jjurlait pas des intrigues, c'était parce qu'il y était intéressé.]
Robespierre. — Je déclare que je n'ai pas voulu faire suspecter le patriotisme de Dufourny, mais que j'ai dit qu'il ne s'occupait jamais des intrigues, parce qu'il ne les connaissait pas. Mais de ce que Dufourny ne voit pas et ne connaît pas les intrigues, je ne veux et ne dois pas en conclure qu'il n'est pas ami de la liberté. Ce n'est pas une raison non plus pour qu'il n'y ait pas d'intrigues, et' pour que la Société ne doive pas les discuter. Dufourny me dit que Desmoulins est chassé. Eh ! que m'importe à moi qu'il soit chassé, si mon opinion est qu'il ne peut pas l'être seul, si je soutiens qu'un homme à la radiation duquel Dufourny s'est opposé est beaucoup plus coupable que De?moulins '? Tous les hommes de bonne foi doivent s'apercevoir que je ne défends pas Camille Desmoulins, mais que je m'oppose seulement à sa radiation isolée, parce que je sais que l'intérêt public n'est pas qu'un individu se venge d'un autre, qu'une coterie triomphe d'une autre ; il faut que tou-* les intrigants, sans exception, soient dévoilés et mis à leur place. Je termine en demandant que la Société, regardant son arrêté comme non avenu, s'occupe de discuter l'intrigue générale, en ne prenant pas des intrigants isolés pour l'objet de sa discussion, ou que l'on mette à l'ordre du jour les crimes du gouvernement britannique.
Descuamps. — J'ai, le premier, demandé l'exclusion de Camille Desmoulins ; alors beaucoup d'individus, que je regarde comme des intrigants, se sont ralliés près de moi, pour parvenir à cette exclusion. Je me suis imposé un silence observateur, et j'ai remarqué que ces derniers étaient les seuls qui avaient vivement poursuivi cette radiation. Je déclare, comme Robespierre, qu'il se trouve ici des coupables qui ont accusé d'autres coupables, et qu'une espèce d'intrigants a voulu détruire l'autre pour dominer seule. JMnvite la Société à se défier de deux factions qui se sont introduites dans son sein. J'espère que bientôt la vérité se découvrira et que tous les factieux seront couverts de boue.
[Plusieurs membres veulent prendre la parole pour présenter des réflexions sur la proposition de Robespierre; une agitation momentanée em- Itèche de les entendre.
Enfin, le Président résume les différentes questions. La Société rap])orte l'arrêté (jui chassait Camille de son sein, et décide que l'ordre du jour de la
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séance du 23 nivùsc sera la discussion des crimes du gouvernement anglais et des vices de la constitution hrilanni([ue.l
Séance levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE JAY SAINTE-FOY
[L'ordre du jour est la discussion sur les crimes du gouvernement anglais et sur les vices de la Constitution britannique. — Buieau, Simond, Dubois- Crancë prononcent successivement trois discours sur ce sujet. La Société arrête l'impression des deux derniers. Celui de Simond sera envoyé dans les départements et distribué aux citoyens des tribunes '. La Chevardière trouve que ces discours ne sont pas assez dirigés vers leur but véritable, qui est de montrer les vices de la Constitution anglaise. « Les Jacobins, dit-il, doivent tonner à cette tribune contre les défauts inhérents à cette Constitution, démontrer qu'elle n'admet ))as l'égalité nécessaire dans la représentation, et que, si ce monstrueux assemblage de lois parait promettre au jjcuple quelques avantages, le gouvernement actuel ne cherche qu'à les anéantir. C'est de cette manière que vous éclairerez la Convention nationale d'Ecosse, que la tête de Pitt tombera et que la Révolution sera consolidée en Angleterre ! »]
CoLLOT d'Herbois. — Noiis sommes entrés aujourd'hui dans la conscience de Pitt, dans ce volcan qui vomit tous les crimes ; nous avons traversé cette lave mortifère et pestilentielle ; allons maintenant sur le cratère du volcan, je veux parler du }::çouvernement anglais. Si ce gouvernement n'était pas mauvais, Pitt ne serait pas si abominable, vous ne verriez pas les vertus en deuil et l'humanité gémissante déplorer ses crimes multipliés. Il n'est pas nécessaire de vous
1. Société des Amis de la liberté et de l'éffalité. Discotn-s sur notre situation politique, prononcé par DrBOis-CKAXCÉ, aux Jacobins, dans la séance du 23 nivôse, l'an deuxième de la République française. Imprimé par ordre de la Société. Paris, G.-F. Galletti, s. d. iii-8" de i(i p., — Bibl. nat., Lb 40/2325.
Société des Amis de la liberté et de l'érjalité, séante aux ci-devant Jacobins- Saint-Honoré. Discours sur les crimes du r/ouvernement anr/lais contre le peuple français, prononcé à la Société des Jacobins de Paris, dans la séance du 23 nivôse, par le citoyen .Simond, député du Bas-Rhin à la Convention nationale et membre de cette Société. Imprimé par ordre de la Société. Paris, G.-F. Galletti, s. d. in-S" de 32 p. — Bibl. nat., Lb 40/772. Ces deux discours ont été reproduits également par le Journal de la Montar/ne et par le Moniteur. Le texte complet du discours de Buteau se trouve seulement dans le cojiipte rendu de la séance du 23 nivôse, donné par le Journal de la Montagne.
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faire envisager le gouvernement de la Grande-Bretagne détesté par les complices de ses perfidies ; il n'est pas nécessaire de vous transporter aux îles d'Hyères, pour voir les lâches et féroces Anglais délibérant pour savoir s'ils ne jetteraient pas à la mer les traîtres toulonnais qu'ils avaient avec eux, afin de s'emparer de leurs richesses. Il s'agit de voir ce gouvernement en lui-même. Je ne veux pas le mettre en comparaison avec celui de la France ; ce serait rapprocher l'excès de tous les vices avec l'assemblage de toutes les vertus. Un gouvernement qui est entre les mains de Pitt n'a rien de comparable avec celui dont le centre et la circonférence agissent et se correspondent dans le même moment, avec un gouvernement enfin tel que le ciel aurait dû le donner à toute la nature. Le premier est vicieux par l'absence de toutes les vertus que vous estimez et par la présence de tout ce que vous méprisez. La richesse y est en honneur ; un fanatisme intolérant en fait la base. Jean-Jacques Rousseau a dit : « Les Anglais aiment à dire qu'ils sont d'un bon naturel, et que leur gouvernement est heureux ; mais personne ne le répète après eux. » L'Anglais est riche, dur, égoïste, inhumain. Les écrivains l'ont toujours dépeint avec ce caractère. (Je ne- veux parler que des Anglais amis et jaloux du gouvernement actuel.) Ils sont jaloux de la chasse, ce privilège honteux qui leur a fait conserver leurs ducs, leurs marquis, leurs barons et même jusqu'à leurs baronnets, espèce de hobereaux inconnus dans la ménagerie des tyrans.
Une Chambre haute a été créée pour fournir à ces nobles les moyens de soutenir la tyrannie et leurs vexations. Une Chambre basse (dénomination avilissante, qui ne devrait pas être tolérée par le peuple) devrait être l'espoir de la liberté ; mais il s'y trouve des hommes achetés et couverts de déshonneur parmi les hommes vertueux qui y sont en petit nombre. Quant on procède à l'élection des membres de cette Chambre basse, ce n'est pas de la vertu que l'on attend la nomination. Ceux qui veulent être nommés ont soin de calculer ce qu'ils doivent attendre de leurs concitoyens, et ils ne rougissent pas de servir leurs vices les plus bas pour se faire nommer. Voilà comment se compose une représentation chargée de veiller aux intérêts de la patrie ; voilà pourquoi la Chambre basse n'a pas défendu contre Pitt le dépôt que la nation anglaise avait mis dans ses mains. Le bonheur du peuple est là en séquestre, et le ministre fait agir les délégués du peuple au profit de la tyrannie. Montesquieu, qui a été l'un des plus grands apologistes du gouvernement anglais, a dit que les Anglais devaient être gouvernés plus par leurs passions TuME V. 39
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que par la vertu et la raison ; c'est supposer qu'ils sont une espèce d'hommes incapables de soutenir leur liberté.
Le gouvernement anglais a commis des crimes innombrables ; de tout temps les Anglais ont quitté leur pays, et beaucoup ont fini par un suicide ; le roi que les Anglais ont le plus aimé jusqu'ici a fini par devenir fou ; preuve incontestable que ce gouvernement est exécrable, puisqu'il engendre le désespoir et la folie. Le peu de bien que ce gouvernement a fait avait pour véritable motif des passions particulières. C'est l'or de Pitt qui a fomenté toutes les mésintelligences qui ont régné et qui régnent encore parmi les patriotes.
Je demande que les Jacobins continuent de s'occuper de ce grand objet et de rechercher avec soin tout ce qui peut servir à exciter une indignation profonde contre le gouvernement actuel de l'Angleterre. [On applaudit.)
Une députation de la Société des Cordeliers fait part d'un arrêté qu'elle a pris relativement à Bourdon de (l'Oise), Camille Desmoulins et Fabre d'Eglantine *.
1. Cet arrêté avait été pris, après un rapport de Momoro, dans la séance des Cordeliers du 22 nivôse an II ^11 janvier 1794). Moniteur, t. XIX, p. 200. En voici le texte, tel qu'il est donné dans le numéro du Journal de la Montagne du 1" ventôse an II (20 janvier 1794) : « La Société des Cordeliers déclare : 1° qu'elle regarde Philippeaux comme un calomniateur, qui a outragé le patriotisme dans la personne des défenseurs de la Révolution, et particulièrement dans celle des membres du Comité de salut public; 2° que Bourdon (de l'Oise), qui a mis tant d'acharnement à poursuivre les patriotes Vincent, Ronsin et le ministre de la guerre et ses bureaux, n'osant pas encore ouvertement attaquer le Comité de salut public, a totalement perdu sa confiance, et qu'il doit être regardé sous ce rapport et d'après sa conduite dans la Vendée, où il a méconnu la Convention nationale, dans les décrets rendus contre les brigands, comme complice de Philippeaux; 3° que Fabre d'Eglantine, qui partage les sentiments de Bourdon (de l'Oise) et Philippeaux, mais qui, plus adroit qu'eux, s'est tenu un peu à l'écart du champ de bataille pour attendre les résultats du combat, a également perdu sa confiance, et qu'elle le regarde comme un des principaux meneurs de l'intrigue ; 4° que Camille DesmouUns, dont elle a déjà fait justice sur ses derniers numéros en le rayant de son sein, a également perdu sa confiance, quoiqu'il ait rendu de très grands services à la Révolution, les Amis des Droits de l'Homme étant aussi sévères qu'ils sont justes ; 5° que tous ceux qui ont démasqué cette intrigue et rendu justice aux patriotes opprimés, en prenant avec courage leur défense, ont fait leur devoir; que le Comité de salut pubUc, que la calomnie ne fera qu'effleurer, a mérité sa confiance, ainsi que le Comité de sûreté générale, que les intrigants ont tenté inutilement de tromper par de faux rapports ; 6" que. la Convention étant le point de ralliement de tous les républicains, la Société des CordeUers, autant qu'il sera en son pouvoir, en fera toujours respecter l'aur torité ; 7° que cet arrêté sera imprimé, affiché, envoyé aux 48 sections, aux Jacobins, aux Sociétés populaires, pour les mettre en garde contre les perfidies de
nos ennemis, et partout où besoin en sera, pour consacrer les principes de la Société des Cordeliers. » — Déjà, le 10 nivôse, les Cordeliers avaient, dans une affiche, dénoncé Philippeaux, Bourdon (de l'Oise), Fabre d'Eglantine, Camille Desmoulins et Dufourny. Cf. Tourneux, n° 9834.
CCXXYII
SÉANCE DU 26 NIVOSE AN II (lo JANVIER 1794)
PRÉSIDENCE DE JAY SAINTE- FO Y
[Cette séance commence par l'épurement de (pielques membres. Choudieu, député, Vaux, Béville, Berger, J. Vergel, Akar, sont admis. — Audouin prononce un discours qui peut être envisagé comme l'introduction à un second qu'il se propose de prononcer sur les crimes du gouvernement anglais el les vices de la constitution britannique. La Société arrête l'impression de ce discours'. — Félix Le Pelctier prononce un discours sur le même sujet. L'impression en est également arrêtée*. — Un citoyen propose, pour parvenir plus sûrement cà faire connaître tout ce qui sera écrit sur ce sujet important jusque sur les bords de la Tamise, de faire traduire tous les discours lus ou à lire sur cette matière en langue anglaise, et d'inviter à cet effet le Comité de salut public à faciliter cette opération. — Arrêté.
Une députation de la commune de Tonnerre occupe quelque temps la Société en faveur de Chérest', Rousseau, etc. Après une légère discussion sur les propositions de Bouin et de Félix Lp Peletier, la Société passe à l'ordre du jour, motivé sur ce que Chérest était signataire d'une adresse au dernier tyran des Français. — Sur la proposition de Sim.ond, la Société arrête qu'elle dénoncera comme suspects au Comité de sûreté générale tous ceux qui prendront la défense des rédacteurs d'adresses inciviques et des intrigants de cette espèce.
1. Société des Amis de la Liberté et de VÉijalité, séante aux ci-devant Jacobins Saint-Honoré. Discours sur la discussion contre la Constitution britannique, prononcé à la séance du "26 nivôse par Xavier Aidovin. Imprimé par ordre de la Société. Imp. des 86 départements et de la Société des Jacobins, s. d., in-8° de 14 p. — Bibl. nat., Lb 40/774. — Le second ouvrage d'Audouin est celui qui a été pubhé sans date, sous le titre suivant : Société des Amis de la Liberté et de l'Égalité, séante aux ci-devant Jacobins Saint-Honoré, à Paris. Lettres aux sans-culottes de Londres, par Xavief» ArnoLix, imprimées par ordre de la Société. Lettre première. Paris, G. -F. Galetti, s. d.. in-8° de 7 p. — Bibl. nat., Lb 40/770.
2. Société des Amis de la Liberté et de rÉr/alité, séante aux ci-devant Jacobins Saint-IIonoré. Discours sur les crimes du gouvernement britannique et sur les vices de la Constitution anglaise, prononcé à la séance du "26 nivôse par le citoyen Le Peletier. Imprimé par ordre de la Société. Imprimerie des 86 départements et de la Société des Jacobins, s. d., in-S» de 14 p. — Bibl. nat., Lb 40/774.
3. Sur Jacques Chérest, voir Recueil des actes du Comité de Salut public, t. VIT, p. 176.
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Le citoyen Legendre, rendu à la liberté et à ses fonctions, exprime à la Société toute sa sensibilité. Il passe à la censure et est admis au milieu des applaudissements. — Les jeunes citoyens de In section des Piques xïcnnenl renouveler la demande d'une déi)utation pour se trouver à l'inauguration des bustes de la Liberté. Ils chantent en chœur des couplets patriotiques, parmi lesquels il s'en trouve trois en l'honneur de la Société. La députation est accordée. — Un député de la Société de Landorneau remercie, au nom de ses concitoyens, la Société des Jacobins d'avoir pris la défense des patriotes opprimés. — On lit deux lettres de Rossignol : dans la première il invite les Jacobins à le défendre et exprime l'espoir que la Commission de six membres, nommée par la Société pour examiner son affaire, fera un prompt rapport; la deuxième est une courte réponse au rapport de Phili})peaux. La Société arrête l'insertion de ces deux lettres au Journal de la Montagne^. — Le Comité d'instruction publique fait remettre sur le bureau le numéro premier du Recueil des actions héroïques et civiques des républicains français. — Le général. Wesiermann fait aussi remettre sur le bureau le rapport de sa cam- ])agne dans la Vendée.
L'ordre du jour appelle la discussion sur les crimes du gouvernement anglais et les vices de la Constitution britannique. — Xavier Audouin annonce qu'il s'est mis à écrire son second ouvrage, les lettres aux sans-culottes anglais. Il invite tous les publicistes de la Société des Jacobins et des autres Sociétés populaires à travailler à instruire le peuple anglais. La Société arrête qu'elle fera cette invitation à toutes les Sociétés. — Bateau demande qu'en s'occupant de la discussion des crimes du gouvernement britannique, les orateurs établissent un parallèle entre ce monstrueux assemblage de tous les vices politiques et le code de lois sages et naturelles, appelé Constitution française. Il pense que cette discussion, ainsi agrandie, pourra fournir de précieux matériaux au livre élémentaire de l'organisation sociale des hommes^. — Thirion demande qu'on ne change point l'ordre du jour. « Il ne s'agit pas dit-il, de convertir les Indiens, les Américains. Il ne s'agit que d'éclairer nos voisins, qui ne sont distants de nous que de quelques lieues. »
Descorches, envoyé de la République française à la Porte ottomane, écrit de Constantinople qu'il a lu dans le Moniteur wiiversel que la Société des Jacobins a accordé l'affiliation à un Club de patriotes établi dans cette ville. « Il n'y a pas, dit-il, de Club à Constantinople ; du reste, les Turcs sont bien intentionnés pour notre gouvernement, et les patriotes y sont accueillis avec égard. » — Jourdan vient faire ses adieux à la Société ; il repart pour un pays où son républicanisme lui a fait bien des ennemis. Il justifie Hovère, comme militaire, de toutes les calomnies lancées contre lui. Il cite de lui des traits de bravoure qui lui font beaucoup d'honneur. Jourdan demande un diplôme de la Société ; il passe au scrutin épuratoire, et sa demande lui est accordée au milieu des applaudissements.
Un citoyen appuie le témoignage de Jourdan, quant au civisme de Rovère.
1. Ces deux lettres sont hnprimées dans le Journal de la Montagne, t. 11, p. 517, à la suite du compte rendu de cette séance. On les trouvera également dans le Moniteur, t. XIX, p. 230.
2. A partir d'ici jusqu'à la fin de cette séance, nous suivons le Journal de la Montagne. Le Moniteur a placé par erreur la fm de cette séance au commencement de celle du 29 nivôse.
Mais il se ])laint que ceux qui ont assassiné les patriotes de Beaucaire ne montent point sur l'échafaud. Une discussion s'engage entre Yomteur et un autre citoyen, qui s'est cru désigné. La Société, jugeant que la connaissance de cette affaire appartient au Comité de sûreté générale, qui en est saisi, passe à l'ordre du jour. — Un citoyen déclare qu'en discutant les vices du gouvernement anglais, il ne faut pas perdre de vue que, si le ministre anglais est coupable, la nation anglaise est seulement ignorante. « Toute nation qui n'est pas composée d'hommes libres et égaux, dit l'orateur, est divisée en deux classes, celle des oppresseurs et celle des opprimés. L'état dans leqmM ces deux classes se trouvent l'une envers l'autre est nécessairement un état de guerre. Ouvrons les yeux aux opprimés ! Montrons-leur et leurs propres forces, qu'ils ignorent, et la faiblesse de leurs oppresseurs! »
Un citoyen de Gonesse invite la Société à envoyer une députation à une fête que sa commune organise en l'honneur des martyrs de la liberté. — Accordé. — Une députation de Chambéri/ vient démentir les calomnies répandues contre les Allobroges (jui servent dans les armées de la République. — Simond ajoute aux paroles de l'orateur, et la Société vote cà l'unanimité l'impression du discours de la députation', la mention civique et l'accolade fraternelle. — Une députation de la Société populaire de la Maison-Commune dénonce un de ses membres, Perrault, pour avoir pris la défense d'une ci-devant noide, institutrice. Perrault se défend, et la Société des Jacobins se déclare satisfaite de-ses réponses. — Bi'schamps déclare à cette occasion que ces Sociétés populaires des sections forment « une nouvelle Vendée ». Elles sont composées de nobles, de membres des ci-devant parlements, qui cherchent à se couvrir d'un manteau de patriotisme. Il demande qu'après la clôture de la discussion présente la Société s'occupe de savoir si on doit tolérer l'existence de ces Sociétés bâtardes.]
Séance levée à dix heures et demie.