CCXXVIII
PRÉSIDENCE DE JAY SAINTE -FOY
On procède au renouvellement du bureau. Le résultat du scrutin a donné pour président Reverchon, député; pour vice-président, Momoro ; pour secrétaires, Fleuriot*, DuvaP, députés, et Monge, exministre.
On passe au scrutin épuratoire, et les membres admis sont Richard, Roger Ducos, députés ; Denis Boivin, Courtois, Chatard, Au-
1. On trouvera ce discours dans le Journal de la Montagne, t. II, p. 543.
2. Le Moniteur imprime Fleuriau : c'est probablement Lescot Fleuriot.
3. C'est évidemment Charles-Francois-Marle Duval, député d'ille-et- Vilaine.
614 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [18 janv. 1794]
gustin Campan, Choutyout , Befille, François Raisson, Billion et Lhermina. Ce dernier, qui se qualifie de chasse-coquin, déclare à la Société qu'aucun fripon dans ses bureaux» ne lui a été dénoncé impunément. II engage tous ses coopérateurs à Taider dans cette œuvre méritoire. Il invite aussi la Société à obtenir des sections plus de promptitude dans l'expédition de certificats de civisme, afin de ne point entraver la marche des afTaires.
[Une citoyenne des tribunes déclare que dans plusieurs sections, en particulier dans celle de Guillaume-Tell, les patriotes ne peuvent obtenir de brevets de civisme, et que les aristocrates occupent encore des places. — Ferrières demande qu'on envoie des commissaires « pour mettre au pas le département de la Seine-Inférieure. » — Couthon ré])ond que le Comité de sûreté générale a déjà nommé des commissaires à cet effet. Il propose que la Société envoie deux délégués au Comité jjour l'inviter à augmenter le nombre de ces commissaires. Ferrières et Granville sont désignés à cet ctTet.
La Société passe au grand ordre du jour, la discussion sur les crimes du gouvernement anglais et les vices de la Constitution britannique. — Un membre d'une Société affiliée, puis Audouin, jjarlent successivement sur ce sujet.
Un Liégeois, réfugié en France, fait part d'une lettre qu'il a reçue d'un de ses amis, habitant du pays de Francliimont, lequel lui annonce que la cour lie Vienne est dans une telle détresse que l'on fait dans cette province une quête pour l'empereur, et que l'on dit à ceux qui refusent : « Vous n'aimez donc pas votre souverain? — Rayer présente quatre dragons, accusés à tort d'avoir tenu des propos inciviques et que le Tribunal révolutionnaire a acquittés. Ces dragons reçoivent l'accolade fraternelle, au milieu des applaudissements. — Un citoyen fait lecture d'une lettre de Dunkerquc, qui annonce qu'un des ])risonniers français, échappé d'Angleterre, a rapporté que la tète de Pitt a été portée en effigie dans Londres, que cet infàuKî ministre est chassé du ministère, et que le duc d'York a été rappelé. Cette nouvelle singulière ayant fait naître quelques mouvements, La Chevardière demande que ce citoyen soit conduit au Comité de sûreté générale, accompagné de deux patriotes. Après quelques débats, cette proposition est adoptée. — Une députation de la Société populaire d'Orléans appelle l'attention de la Société sur le sort du patriote Taboureau, qui ne peut obtenir la liberté qui lui a été ravie depuis quatre mois. — Sur la proposition de La Chevardière, la Société arrête qu'une délégation sera envoyée au Comité de sûreté générale, pour réclamer la mise en liberté de Taboureau.]
Séance levée à dix heures.
1. Lhermina était un des commissaires de la Trésorerie nationale.
20 ,TA>v. 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 615
SÉANCE DU l'^' PLUVIOSE AN II (20 JANVIER 1794)
PRÉSIDENCE DE REVERCHON
[Un citoyen demande que la Société accorde directement des diplômes d'affiliation aux deux députés de la commune de Chambéry; les Comités, dit-il, ne siègent pas en ce moment, à cause de l'épuration. — Simond déclare que ces députés ne veulent point qu'il soit fait de privilèges en leur faveur et qu'ils attendront. — Un des secrétaires présente un projet de lettre à adresser à la section de la Montagne pour lui demander d'autoriser deux imprimeurs du Journal de la Montagne à se faire remplacer dans leur tour de service à la garde nationale. — Momoro s'oppose à ce que la Société demande des faveurs pour ses membres. — La Société passe à l'ordre du jour.
L'ordre du jour est la continuation de la discussion sur les crimes du gouvernement anglais et les vices de la Constitution britannique. Plusieurs orateurs sont inscrits. — Couthon parle le premier. Au milieu des applaudissements, la Société arrête que son discours sera imprimé et distribué aux citoyens des tribunes'. — Un citoyen, rappelant que le but de la Société est d'instruire le peuple anglais, oflVe de traduire ce discours en anglais. On applaudit. — On rappelle que la Société a prié le Comité public de s'occuper de ce soin, et on fait mention civique au procès-verbal de cette offre patriotique.
Des mères et des veuves de défenseurs de la patrie viennent réclamer l'appui de la Société pour obtenir des secours. — Couthon promet qu'aprèsdemain Collot d'Herbois fera, au nom du Comité de salut i)ublic, devant la Convention, le rapport sur l'emploi des 10 millions votés par la Convention à titre de secours aux parents des militaires tués.
Laveaux lit un discours sur le gouvernement anglais. La Société en arrête rim])ression *. — Félix Le Peletier demande que la Société nomme des commissaires pour examiner un ouvrage qu'il a composé à la mémoire de son frère, assassiné, il y a un an, par l'effet des intrigues du gouvernement anglais. — Simond propose et la Société arrête que demain, jour anniversaire de la mort du tyran, il y aura une séance extraordinaire, dans laquelle on lira la Déclaration des Droits de l'Homme et le récit de la mort de Le Peletier, Adopté. — Dufourny demande que la Société établisse dans son enceinte un atelier de poudres et salpêtres. Arrêté.]
1. Discours prononcé à la séance des Jacobins du 1" pluviôse an II de la République, par le citoyen Couthon, représentant du peuple. Imprimerie des 86 départements, s. d., in-8° de 8 p. — Bibl. nat., Lb. 40/777.
2. Discours sur les vices de la Constitution anylaise, prononcé par J.-Ch. Laveaux, daîis la séance du -/" pluviôse an II de la République française. Paris, imprimerie des sans-culottes, s. d., in-8° de 16 p. — Bibl. nat., Lb 40/773.
616 SOCIETE DES JACOBINS [20 janv. i794]
CouTHON. — Il y aura demain un an que la léle du tyran tomba. {Vifs applaudissements.) Je demande que les Jacobins célèbrent celte époque mémorable, en répétant par un sentiment inianime le serment de vivre libres ou mourir, de donner la mort aux tyrans et la paix aux chaumières. {Tous les citoyens se lèvent par un mouvement spontané et prêtent le serment demandé.)
Un membre. — Je demande que l'on prenne l'effigie de tous les rois qui nous font la guerre, et qu'on leur tranche la tète.
Un autre membre fait la motion d'envoyer demain une députation à la Convention pour féliciter la Montagne de l'énergie qu'elle a montrée dans le procès du tyran. La Société arrête qu'elle se transportera demain tout entière à la Convention pour cet objets Elle arrête ensuite, sur la proposition de Couthon, que demain tous les membres assisteront à la séance en bonnet rouge, et que le président aura la pique en main.
Sentex demande qu'une députation soit envoyée à la Commune pour demander que demain aussi on représente sur tous les théâtres le Jugement dernier des Rois. — Momoro fait observer que cette motion ne peut être bonne que pour les théâtres qui ont coutume de donner cette pièce, et en ce cas il appuie la proposition. — Couthon propose que demain les Jacobins se transportent de la Convention au pied de l'arbre de la liberté pour y chanter un hymne patriotique. Cette proposition est arrêtée par acclamation.
[Audouin demande que la députation envoyée à la Convention réclame que l'instruction de raffairc de Vincent et Ronsin soit promptenient terminée. — Momoro se plaint qu'Audouin semble croire à la culpabilité des deux citoyens dont il parle. Sur la proposition de Couthon, la proposition d' Audouin est adoptée.]
La Société termine sa séance en arrêtant que demain il sera fait une salve générale d'artillerie à l'heure où le tyran mourut.
La séance est levée à dix heures.
1. L'adresse présentée par la .Société à la Convention, le 2 pluviôse, a été imprimée sous le titre suivant : Convenlion nationale. Adresse de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité. . . Imprimée par ordre de la Convention nationale; envoi aux départements, aux Sociétés populaires et aux armées. Imprimerie nationale, s. d., in-S" de 3 p. — Bibl. nat., Le 38/657.