A PARIS, AUX SOCIÉTÉS AFFILIÉES
Paris, imprimerie patriotique et ri-piiblicaine, s. d., in-8° de 14 p. — Bibl. uat.
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Frères et amis,
Le génie du peuple français plane sur l'univers , et nos armées triomphantes propagent dans les contrées étrangtl-res ces principes sacrés, que nous défendons en France depuis la naissance de notre Révolution contre tous les tyrans, contre tous les factieux et contre tous les intrigants. Mais nos conquêtes intérieures sont moins rapides que celles de nos frères au-dehors. Les despotes de l'Europe succombent sous leurs efforts victorieux, et l'aristocratie, secondée l)ar l'intrigue et par l'hypocrisie, relève encore au milieu de nous une tète menaçante. Les émigrés rebelles, rentrés au mépris des lois dans le sein de la patrie qu'ils ont déchirée, se liguent avec une coalition dangereuse, pour nous ravir le bonheur et la liberté que nous présentons au monde. Le peuple triomphe, et il souffre; il souffre avec une modération plus héroïque que son courage, et on cherche à troubler son imposante tranquillité; il reste calme, et il est avili, calomnié par ceux qui ciierchent à le tromper et à l'agiter. Le moment où les vils champions de la royauté devraient cacher leurs fronts chargés d'opprobre est celui où ils osent outrager et menacer encore les imperturbables défenseurs de la République et de l'Egalité.
Vous connaissez les manœuvres employées depuis quelque temps par nos ennemis, pour exciter des troubles dans toute l'étendue de la France. Paris vient d'en ressentir quelques effets. Xous vous devons un compte exact de cet événement, que les organes ordinaires de l'incivisme et de l'imposture ne manqueront pas de dénaturer.
Quatre années de misère , quatre mois d'outrages continuels n'avaient pu altérer un moment la tranquillité du peuple de Paris. En dé[)it des efforts que les ennemis de la liberté avaient faits pour l'agiter durant la discussion de l'affaire de Louis Capet, malgré l'or de Pitt , malgré les assignats et les intrigues des protecteurs de
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Louis Capet en France; malgré ralroce assassinat de Michel Le Peletier, le peuple parisien avait environné d'un calme profond et les juges et l'échafaud du tyran. Les défenseurs de la royauté ne renoncèrent point à leurs coupables projets. La horde des émigrés, des assassins et des étrangers, qu'ib avaient réunis à Paris, ne désertèrent [sic] point cette villc^itt lui-même avait annoncé publiquement que dans quinze jours des troubles éclateraient à Paris ; et, dans la tribune même de la Convention nationale, un autre homme, dont nous ne prononcerons pas le nom et dont nous avons déjà parlé trop souvent, pour nous déterminer à épargner la tête de Louis, nous annonçait officieusement que sa mort entraînerait de grandes calamités. Cette prophétie n"a point encore été accomplie; maison vit, au temps marqué, les symptômes d'un mouvement se manifester dans cette grande cité."] La disette des subsistances en était le prétexte. On répandit le bruit que les farines allaient manquer à Paris ; et le pain manqua momentanément chez les boulangers, autant par la terreur panique qui portait les citoyens à s'approvisionner plus amplement, que par la manœuvre des artisans de cette trame, qui l'accaparèrent. Les fayettistes, les aristocrates, les intrigants, déguisés sous la livrée du patriotisme ou même de la pauvreté, se sont répandus en même temps dans les lieux publics, déclamant avec un zèle hypocrite sur la misère trop réelle du peuple, sur les accaparements et sur Fagiotage non moins certains. Pour déterminer une explosion, on Fit prononcer à la barre de la Convention nationale, par un orateur plus que suspect, une pétition dont le style et l'exagération décelaient les véritables instigateurs de cette démarche. Tous les bons citoyens, tous les députés patriotes se réunirent pour déconcerter cette intrigue; les députés du département de Paris firent afficher, à ce sujet, une Adresse énergique et instructive à leurs commettants ; nos séances furent consacrées à éclairer le public sur cette manœuvre ; nous avions refusé formellement de prêter notre salle aux prétendus pétitionnaires, qui nous demandèrent la permission d'y venir déhbérer pour nous compromettre; nous prîmes l'arrêté d'engager les sections de Paris à rester en permanence, pour assurer le maintien de la tranquillité publique. Elles adoptèrent cette mesure, elles complots des malveillants, qui semblaient la menacer, échouèrent complètement pour cette fois. Depuis quelques jours, les signes de la fermentation qui s'annonçait avaient disparu, et les amis de la liberté étaient rassurés ; mais les auteurs de cette machination ne cessaient de conspirer dans les ténèbres, et, trois jours après, on vit paraître des attroupements de
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femmes, dont le motif était la cherté du savon, du sucre et des autres denrées. Les émissaires de Taristocralie se mettent à leur tète; on se porte dans différents endroits de la ville, chez les épiciers, on se fait délivrer le sucre à un prix beaucoup au-dessous du prix actuel : plusieurs même emportent la denrée sans payer. La profonde perversité de nos ennemis nous a fait craindre un moment que le désordre ne s'étendît et ne se prolongeât. Nos alarmes ont redoublé lorsque, pour la première fois, nous entendîmes dans nos tribunes publiques des spectateurs trompés ou apostés répondre à nos conseils pacifiques en nous appelant agioteurs ou accapareurs. Nous n'en persistâmes pas moins à défendre les principes et les véritables intérêts du peuple, et nous eûmes la satisfaction de voir le peuple applaudir à notre zèle. Kl dès le lendemain du jour où l'émeute avait commencé, grâce à lesprit public qui d(unine dans cette cité, à la vigilance de la municiiialité et du déparlement, au patriotisme ardent du maire et du commandant général, tout était rentré dans l'ordre.
Tel est, frères et amis, le récit fidèle de ce qui vient de se passer à Paris. Vous pourriez croire que cet événement n'était pas assez grave pour devenir l'objet d'un entretien i)arliculier avec vous, s'il n'était lié à des desseins sinistres el à cet ellreux système de calomnie qu'une faction dangereus(? cherche à ressusciter dans ce moment, pour diviser la nation et anéantir les Sociétés populaires.
Mais déjà les mêmes bouches, qui à la tribune de la Convention nationale ont plaidé la cause du tyran et vomi tant de blasphèmes contre les défenseurs de la République, renouvellent leurs impostures liberticides contre les Jacobins, contre le peuple de Paris, contre les députés patriotes de la Convention, devenus aujourd'hui la majorité; déjà des représentants *, oubliant cet auguste caractère, n'ont pas rougi de nous accuser hautement de ce mouvement, auquel nous nous sommes opposés de tout notre pouvoir et que nos seuls adversaires ont pu provoquer; déjà les chefs de cette funeste coalition et leurs complices s'efforcent de propager ces diatribes par leurs journaux inciviques, par leur correspondance contre-révolutionnaire.
Nous ne nous abaisserons pas jusqu'à nous en justifier ; vous pourrez facilement prononcer entre nous et des hommes accoutumés à persécuter le patriotisme et à trahir la cause publique. Mais nous ne devons pas vous dissimuler des circonstances importantes, qu'ils
1. Tels que Buzot, Salle, Hardy de Rouen. {Xote de l'orifjinal.)
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se garderont bien de relever. Il faut vous informer qu'à la tête des femmes attroupées, parmi lesquelles se trouvaient fort peu d'hommes, encore moins de polrioles trompés, étaient les domestiques des aristocrates connus, des émigrés môme, cachés sous le costume respectable des sans-culottes, et dont plusieurs sont maintenant arrêtés et livrés aux tribunaux^Nous devons vous informer que des émigrés ont été aperçus dans les galeries des Jacobins, cherchant à soulever le public contre nous ; que, dans ce temps-là même, Tun d'entre eux, l'un des conspirateurs de Nîmes, le nommé Descombiès*, a été arrêté près de la salle des séances de la Convention nationale, où il avait osé s'introduire ; que les instigateurs de l'émeute déclamaient hautement dans les promenades publiques contre les Jacobins, contre la Convention nationale en général, contre les députés de la Montagne; que, dans certains groupes, ils ont osé attribuer la misère du peuple à la mort de Louis XYI; et que quelques-uns ont poussé l'audace jusqu'à faire entendre ce cri sacrilège et extravagant : Vive Louis XVll ! Il faut vous dire, enfin, que les gros magasins des accapareurs ont été respectés ; que les boutiques des patriotes ont obtenu la préférence ; que les marchands jacobins ont été les plus maltraités ; et que tels boutiquiers fayettistes et aristocrates n'ont jamais montré un visage plus serein qu'au moment où l'on disposait d'une partie de leurs marchandises, 'j Aussi le véritable peuple n'a-t-il pris aucune part à cette émeute. Les braves sans-culottes, les honorables indigents l'ont généralement improuvée. Une circonstance très remarquable, c'est que les quartiers où le civisme est le plus ardent, le peuple moins aisé et plus nombreux, n'en ont pas ressenti les effets. Dans le faubourg Saint- Marceau, aucun marchand n'a été inquiété. C'est en vain que des perturbateurs, à la tête des femmes venues des quartiers éloignés, se sont portés au faubourg Saint-Antoine ; ils n'ont pu entraîner les bons et vigoureux citoyens qui l'habitent. Voilà le peuple de Paris.
Le peuple de Paris sait foudroyer les tyrans ; mais il ne visite point les épiciers. Le peuple de Paris, uni aux fédérés des quatrevingt-trois départements, a renversé le trône ; il avait renversé la Bastille deux ans auparavant ; mais il n'a point assiégé les comptoirs de la rue des Lombards. Quand les oppresseurs de l'humanité ont comblé la mesure de leurs crimes, et que le peuple irrité sort de son repos majestueux,[il ne s'amuse point à écraser de petits acca-
1. Jacques-François Descombiès, cx-lieutcnant au régiment Royal-Yaisscaux, fut condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire le V" prairial an 11-20 mai 179 i.
pareurs ; mais il fait rentrer dans la poussière tous les despotes, tous les traîtres et tous les conspirateurs. Il établit solidement Tédifice de la prospérité publique sur les bases de la justice et de la raison. Quils sont vils, ces petits imposteurs qui osent le calomnier, parce qu'ils le trahissent, parce qu'ils redoutent cette opinion publique imposante, qui les entoure, dans une immense cité qui les observe , et qui est le rendez-vous naturel de tous les Français î Qu'elles sont méprisables, ces âmes de fiel et de boue, que la sainteté de leur mission, que les sublimes destinées de la France, que la grandeur des prodiges que le génie de la liberté enfante autour de nous et pour nous, ne peuvent élever un seul instant au-dessus de leur bassesse naturelle ! Malheureusement, il est encore trop d'hommes qui leur ressemblent: mais lorsque, dans vos déparlements, vous entendez des royalistes ou des feuillants déguisés balbutier encore leur triste et astucieux jargon, dites-leur que tous les troubles qui compromettent la liberté ne peuvent être imputés qu'à ceux qui, jusqu'ici, ont protégé tous ses ennemis, et poursuivi tous ses défenseurs ; à ceux qui ont prodigué tant de couiuibles artifices pour sauver le tyran ; à ceux qui ont ouvertement pris sous leur sauvegarde les émigrés qui infestent aujourd'hui la République, et qui allluent surtout à Paris; à ceux qui, tandis que nous pressions la condamnation de ce même roi conspirateur et parjure dont ils étaient les avocats, appelaient contre nous nos frères des départements, et désignaient la portion la phis saine de la Convention nationale à la vengeance de leurs concitoyens ; à ceux qui outrageaient Michel Le Peletier à la tribune, pour la même cause précisément qui a dirigé contre son sein le poignard parricide des satellites de la royauté ; à ceux qui, forcés d'accompagner au Panthéon ce glorieux martyr de la liberté, recommencent à conspirer contre ses compagnons d'armes, et ne rougissent pas de les outrager avec une nouvelle impudence; à ceux qui, dans la ville de Lyon, patrie et domicile du vertueux Roland, viennent de dissoudre les Sociétés populaires, de profaner l'arbre de la liberté, d'outrager les patriotes ; à ceux qui, à la volonté de nuire, en réunissent (s«c) tous les moyens; à ceux qui, après avoir gouverné la France, sous le nom de Roland, disposent encore de ses bureaux, qu'ils ont composés, qui tiennent entre leurs mains et le trésor national et les subsistances et tous les moyens d'accaparement et tous les ressorts de l'agiotage; qui font cause commune avec les banquiers, avec les riches égoïstes, avec les aristocrates, contre les amis de l'égalité; à ceux qui, après avoir aggravé la misère publique, peuvent trop
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facilement en abuser, pour troubler l'état à leur gré ; à ceux dont la devise est : « Grâce aux tyrans; la mort aux patriotes, » Dites-leur que l'on ne croit pas deux fois aux calomniateurs confondus et aux traîtres démasqués; dites-leur qu'on connaît la perfide politique de ces cliefs de faction, qui de tout temps eurent pour système de couvrir leurs propres forfaits en les imputant aux patriotes; à qui il ne reste aujourd'hui d'autre ressource que de faire oublier leurs anciennes impostures par des impostures nouvelles; qui ne peuvent se faire absoudre d'avoir voulu déchirer la République, qu'en la déchirant en effet. Ajoutez que la liberté, indépendante et de la sotte crédulité des uns, et de la basse méchanceté des autres, et des écarts de l'imagination de tel homme et de la profonde perfidie de tel autre, triomphera des derniers efforts d'une faction, distinguée de toutes celles qui l'ont devancée uniquement par l'extrême lâcheté avec laquelle elle puise le plus vil de tous les moyens, celui du mensonge et de la calomnie. Mais il s'agit d'avancer d'un demi-siècle la félicité du monde, et d'assurer celle de nos enfants et la nôtre ; il s'agit de cimenter la République, au moment où elle étend ses limites. Si nous voulons parvenir à ce but, unissons-nous pour défendre la tranquillité publique contre les troubles que les intrigants nous suscitent, la liberté contre les conspirations qu'ils renouvellent, l'esprit public contre les écrits pernicieux dont ils travaillent sans cesse à l'empoisonner.
Au reste, soj'ez sûrs que nous sommes toujours les Jacobins de 1789, les Jacobins du 10 août, les Jacobins des jours non moins sacrés où le tyran fut jugé, où la mort du tyran enfanta la République. Si vous en doutez, venez voir, venez observer les Jacobins et leurs adversaires ; venez recevoir nos embrassements fraternels ; venez jurer une nouvelle alliance contre les tyrans et contre les intrigants ; et dès ce moment tous les ennemis de la liberté pâliront devant vous, comme ils pâlissaient devant les fédérés, qu'ils avaient eux-mêmes appelés contre nous.
La Société a ordonné l'impression de cette Adresse, dans sa séance du 2' mars 1793, l'an IP de la République.
Billaud-Varenne, président; Dartigoeyte, Romme, Brival, députés ; Gaillard, Deguaigné, Montréal, secrétaires.
1. On a vu plus haut, p. HO, note 4, que, d'après le Journal des Jacobins, cette adresse devait être datée du l" mars.
[lei- MAR? 1793] SOCIÉTÉ DES JACOBINS b7
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[Le compte rendu de la séance du 1" mars 1793, donnô par le Premier journal de la Convention nationale, se termine ainsi :]
Sur le rapport d'un membre, au nom des Comité? d'administration et de finances, la Société a adopté le plan proposé par le citoyen Annibal Ferrieres, son trésorier, relativement à la franchise des ports et paquets dont jouiront toutes les Sociétés affiliées, par l'effet de la modique contribution de douze sous par chaque' membre.
[Ce projet d'abonnement est exposé dans la i)ièce suivante :]