‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 14 sur 141 · ADRESSE A TOUS LES MEMHRR^; DE?; SOCIÉTÉS DES AMIS DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

ADRESSE A TOUS LES MEMHRR^; DE?; SOCIÉTÉS DES AMIS DE LA LIBERTÉ

ET DE l'Égalité qui fraternisent avec la société centrale,

SÉANTE AUX CI-DEVANT JACOBINS DE LA RLE SAINT-II0N0RÉ. A PARIS. Paris, inip. G.ilolti. s. d.. iii-S" de S p. — ltil)|. nat.. IJ) i(i,23Ul.

Citoyens, frères et amis,

Dans la circonstance vraiment critique où se trouve aujourd'hui la patrie, son salut exige de tous ses enfants, de tous les infatigables apôtres de la liberté, et les plus grands efforts et les plus grands sacrifices. Jusqu'ici, les membres composant la Société de Paris se flattent de vous avoir donné sur ce point un exemple qu'il a été bien doux, bien consolant pour eux de vous voir suivre avec autant d'empressement que de persévérance. Oui, frères et amis, oui, nous n'avons rien épargné jusqu'à ce jour pour favoriser, pour h;Uer les rapides progrès de ces lumières qui doivent dissiper entièrement la nuit profonde de l'ignorance, des préjugés, des abus et des erreurs. Rien ne nous a coûté pour faciliter et assurer la propagation de cet esprit public qui seul peut étouffer tout esprit de parti, en triompher, et nous rendre ainsi le calme et le bonheur. Si le succès n'a pas répondu à notre attente, s'il n'a pas toujours couronné nos soins, nos recherches, nos méditations et nos travaux, nous en appelons à votre propre témoignage, frères et amis : ne serait-ce pas le comble de l'injustice et de la mauvaise foi, que de nous en faire le plus léger reproche? Mais que parlons-nous de reproches, quand votre correspondance nous prouve que, dans tous les instants de notre commerce

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fraternel, vous voui? êtes empressés d'applaudir et à nos principes et à notre conduite, qui a toujours été et qui sera toujours la même? En remplissant à la rigueur la pénible, mais glorieuse tâche que nous nous étions imposée, nous n'avons fait que remplir notre devoir le plus sacré; il ne nous est dû aucun éloge à ce sujet; notre récompense est dans le bien que nous avons pu faire ; elle est tout entière en nos cœurs. Ce bien, que nous avons constamment opéré jusqu'ici, nous sommes résolus de l'efTectuer jusqu'à notre dernier soupir.; mais une trop sinistre et trop fatale expérience nous a malheureusement convaincus que tous nos grands travaux, que nos immenses sacrifices jusqu'à l'époque où nous sommes, sont insuffisants pour assurer la victoire de la liberté, de la sainte égalité ; je veux dire le triomphe complet de la cause populaire sur tous les genres d'aristocratie. Il nous faut donc, frères et amis, recourir à de nouveaux moyens, déployer de nouvelles ressources, et former enfin des plans d'instruction, des plans de communication entre nous, capables de déjouer les horribles manœuvres, de tromper les infâmes espérances de nos ennemis communs. Mais vos frères de Paris, épuisés par les dépenses énormes qu'ils ont été forcés de faire jusqu'à ce jour, pour soutenir leurs diverses entreprises toutes critiques, toutes patriotiques, se trouvent malheureusement réduits à l'impuissance absolue de rien tenter, de rien entreprendre pour le bien général, sans le libre concours de leurs bons frères des départements. Comme les Sociétés de tous les Jacobins de la France ne composent aujourd'hui qu'une seule et même famille, répartie en diverses sections sur tous les points de la République, nous sommes persuadés que tous les membres de cette grande famille, répartie en diverses sections sur tous les points de la Bépublique, nous sommes persuadés que tous se feront un pareil devoir, un égal plaisir, de partager ses charges, ainsi qu'ils partagent ses bénéfices. Mais pouvons-nous raisonnablement donner le nom de charge à la portion d'intérêt que nous venons vous inviter à prendre dans les nouvelles entreprises que nous brûlons de mettre à exécution, et pour l'avantage du peuple en général, et pour le bien de chacun de vous en particulier ? Et en quoi consiste-t-il, cet intérêt ? Dans la modique, dans la chétive souscription de 3 sous 6 deniers pour chaque trimestre par chacun de vous; c'est-à-dire que nous engageons chaque membre individuellement à s'abonner pour la somme presque imperceptible de 14 sous par an. Est-ce là, frères et amis, vous imposer une charge? Est-ce là exiger de vous un sacrifice au-delà des facultés même du moins aisé d'entre vous? Quelque faible qu'il soit,

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nous aurions peut-être pu vous l'épargner; mais à quel prix? En appelant dans notre sein les riches, c'est-à-dire les égoïstes, les aristocrates, les modérés, les feuillantins (.s/c), en un mot nos mortels ennemis. Et que serait devenue la pureté de notre morale, la sévérité de nos principes politiques ?

Je frémis de le dire ; et qu'en est-il besoin ? vous le sentez assez ! Amis, nous ne l'ignorons pas, ainsi que vos frères de Paris, vous êtes tous de bons et braves sans-culoltes, des sans -culottes plus riches en vertu et en principes qu'en pistoles ; mais 1 sou 2 deniers environ par mois, ou 1-4 sous par an d'intérêt dans nos utiles entreprisses, pourraient-ils effrayer un seul d'entre vous, pourraientils l'obliger à renoncer aux avantages multiples, aux bénéfices certains qui résulteront pour lui de ce nouveau genre d'abonnement ? Au surplus, ce n'est pas assez de vous parler de tous ces avantages, il faut vous en offrir le tableau. Le voici :

Premièrement : la Société centrale de I*aris, jalouse d'assimiler en tout les frères des flépartements aux frères de Paris, donnera à chacun des membres des Sociétés dé|)artementaires la carte qu'elle accorde à ces derniers; au moyen de cette carte, qui sera renouvelée par chaque trimestre, tous les Jacobins des diverses sections de la grande famille pourront se visiter les uns les autres et jouir de leurs droits d'entrée dans toutes les Sociétés qui fraternisent avec la nôtre. Pour obvier à tout abus, à toute conce>sion indirecte, à toute falsification desdites cartes, elles seront revêtues, d'un côté de la signature de notre président, de l'autre côté de la signature du président de la Société départementaire dont sera le membre qui la portera, et enfin de la signature de ce même membre. Moyennant ces sages mesures, il sera facile de savoir si tel individu, qui se présente pour entrer dans une Société étrangère, est véritablement membre de la Société dont il se réclame. Il ne s'agira que de Tinviter à signer son nom sur un registre destiné à cet effet, et ensuite de confronter la signature qu'on lui aura fait donner et celle qu'il aura dû apposer lui-même sur sa carte en la recevant. Il est inutile, je crois, frères et amis, de vous observer que ces cartes, en tout pareilles aux nôtres, vous dispenseront d'en faire graver; elles vous dispenseront encore de faire imprimer des diplômes, et ce sont autant d'objets de dépenses, plus ou moins considérables, que nous vous épargnerons par la suite, et qui certes doivent excéder le prix chétif de l'abonnement que nous vous proposons.

Deuxièmement : la Société de Paris, justement indignée de voir que l'esprit de la plupart des journaux actuels est tellement altéré,

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corrompu, dégradé, qu'il n'est pas possible de les lire sans courir les plus grands dangers, se propose d'établir dans son sein un journal logotachygraphique, qui rendra mot à mot tout ce qui aura été dit dans chacune de ses séances ; elle en fera passer gratuitement et franc de port un exemplaire à chaque Société départemenlaire, de façon que tous les membres desdites Sociétés, par la lecture publique qu'ils en feront chez eux, jouiront de l'avantage inappréciable de connaître à fond nos délibérations et nos discussions, comme s'ils assistaient en personne à nos séances. Ce journal contiendra aussi un précis véridique des travaux de la Convention nationale.

En troisième lieu : la Société centrale vous offre un avantage qui n'est pas moins précieux que les deux premiers; elle vous fera passer un exemplaire d'un autre journal à deux colonnes, intitulé Le Mensonge et la Vérité ou l'antidote de la calomnie ^ . Cet ouvrage périodique, composé, ainsi que l'autre, par des écrivains choisis parmi ses membres, vous présentera la réfutation de tous les mensonges, de toutes les calomnies que se plaisent à entasser sur notre compte ces libellistes méprisables, pour qui l'amour de la patrie est un crime et la haine contre les Jacobins une vertu. L'exposé de leurs mensonges contiendra la première colonne, la réponse formera la seconde. Cet écrit vous parviendra également franc de port et sans bourse délier.

Quatrièmement : la Société de Paris s'engage à vous adresser, toujours gratuitement et franc de port, un exemplaire de chacun des meilleurs écrits, qui lui auront paru les plus propres et par la pureté de leurs principes et par la chaleur de leur patriotisme à nourrir les vertus républicaines que vous brûlez de faire éclater dans tout leur éclat.

Enfin, nous vous ferons parvenir francs tous nos envois, et nous acquitterons le port de tous les vôtres, ainsi que de vos lettres et paquets.

Maintenant, frères et amis, lequel d'entre vous, certain de recueillir tant de bénéfice de notre commerce fraternel, refuserait de concourir, pour ladite somme de li sous par an, au succès d'une entreprise si utile ? Les frais qu'elle nécessite s'élèvent à 40,000 écus environ. Si cette charge ne pesait que sur mille individus qui composent notre Société, vous sentez parfaitement bien qu'elle les écraserait; mais, supportée également par cent quarante ou cent cin-

1. Sur ce journal, qui eut 24 numéros (l'~'" avril- 15 juin 1793), voir Maurice Tourneux, Bibliographie, t. II, n" 108S1.

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qualité mille bons Jacobins, tous amis, tous frères, tous brûlant de concourir au bien commun, cette même charge sera si légère pour chacun d'eux qu'ils ne s'en apercevront pas. Et en effet, mes amis, considérez que 3 sous et demi par trimestre ne forment pas pour chacun de vous un denier par jour ; et cependant toutes ces parties d'actions réunies en masse nous offriront le capital dont nous avons besoin pour faire réussir noire nouvelle entreprise civique et patriotique, qui seule démontera toutes les mana:'uvres infernales de nos implacables ennemis; ils n'ignorent pas qu'il nous est impossible de continuer plus longtemps à faire les nombreux sacrifices ([ue nous avons faits avec tant de plaisir jusqu'à ce moment pour Tinstruction publique ; ils ne l'ignorent pas, et déjà ils eu témoignent leur joie. -Mais qu'ils rient aujourd'hui de ce qui les fera pleurer demain ; oui, ils verseront des larmes de rage, lorsqu'ils apprendront que, grâce à votre concours, nos ressources sont devenues inépuisables, et que, sur iKiuvt/aux Irais faits en commun, nous allons les attaquer, les Combattre à outrance, et les vaincre ou périr avec vous.

Ce considéré, frères et amis, nous vous pressons d'approuver notre plan, d'y accéder, et de nous faire connaître au plus tôt vos intentions. L'abonnement que nous vous proposons, de 3 sous et demi pour cbacun de vos membres, s'effectuera à chaque trimestre, épocjue à laipielle nous vous ferons passer le nombre de cartes dont vous aurez besoin.

Déjà plus de cinquante sections de la grande famille ont accepté notre proposition avec transport, et nous ont promis de nous faire passer le montant de leur souscription ou abonnement pour le trimestre d'avril prochain. Nous sommes convaincus que toutes les autres, à qui nous adressons la présente, s'empresseront de suivre leur bon exemple. En conséquence, nous vous engageons toutes en général, et chacune de vous en particulier, à nous envoyer, avec le montant de vos cotisations individuelles, la liste de tous les membres qui composent chacune de vos sections, pour en dresser un tableau dont nous voulons orner la salle de nos séances. Ce tableau nous servira à supputer le nombre de cartes qu'il faut vous faire parvenir, et à vérifier si les membres qui se i»résenleront à nos assemblées sont réellement de la Société dont ils nous exhiberont la carte. Persuadés, frères et amis, de toute votre bonne volonté à nous seconder, nous osons nous écrier d'avance : « Tremblez, perfides ennemis de la patrie et de la liberté, tremblez ! Grâce aux nouveaux efforts de tous les Jacobins réunis, cette dernière triomphe, et l'autre est sauvée ! »

62 SOCIÉTÉ DKS .lACORIXS [1" mars 1793]

lYota. — Nous engageons chaque Société à prévenir ceux de ses membres qui ne sauraient pas signer de se munir de leur signalement, signé par le président de leur Société; car ils ne pourront jouir de leurs entrées à nos séances qu'en représentant ce signalement en bonne forme.

La Société de Paris, dans sa séance du vendredi l®"" tnars courant, ayant approuvé le plan du citoyen Ferrières, son trésorier, a arrêté quil serait fait une Adi^esse ou Circulaire à toutes les Sociétés qui fraternisent avec elle, pour inviter chacun de leurs membres à concourir, par leur abonnement individuel, au succès des nouvelles entreprises que la Société centrale va former pour le bien commun.

Billaud-Varenne, député, président ; Lafaye, vice-président ; Dar- TiGOEYTE, député, secrétaire ; Brival, député, secrétaire ; Ferrières, trésorier ; T. Rousseau, membre de la Société et secrétaire de son Comité d'administration.

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