Dans le Moniteur, celte séance est datée par eneui
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voient avec le plus scnsil)lo i)laisii- les Cordeliers concourir avec eux, comme ils Tout toujours fail, à sauver la cliose publique. Il donne à Torateur l'accolade rraternelle, et la députation est invitée à la séance.
Dufourmj dit : « Toutes les fois que des députalions, surtout de la Société des Droits de l'Homme, et d'autres anciens combattants pour la liberté, viendront vous témoigner leur union, leur fraternité, sans doute vous ressentirez le plus grand plaisir; mais les déjjutations, les accolades ne suffisent pas ; il faut demander aux Cordeliers ce qu'ils pensent des Sociétés sectionnaires. Déjà les Jacobins ont exj)rimé leur vœu ; les Cordeliers ne l'ont pas fait. Je demande qu'ils soient invités à discuter cette question ; et, si le cas l'exige, les Jacobins leur fourniront tous les renseignements dont ils auront besoin. » Adopté.
La Société avait arrêté que la séance serait consacrée à passer les Liégeois au scrutin épuratoire. — Le citoyen BvUlant lit une dénonciation destinée à faire connaître aux Jacobins les hommes qui vont passer à leur censure. Il termine en demandant (jue l'on fasse à chaque candidat liégeois jacobin cette question : « Quels principes as-tu manifestés sur la réunion du pays de Liège à la France ? Quelle opinion as-tu manifestée sur les alfaircs des 31 mai, 1'^'' et 2 juin? )> — Dafourny dit : « Lorsqu'on procède à un cpurement, on suppose que la majorité connaît l'individu qu'on discute ; lorsqu'au contraire il n'est connu que de la minorité, il ne peut avoir en sa faveur des sufl'rages compétents. Nous ne pouvons épurer les Liégeois ; nous ne les connaissons pas. Tel individu qui n'est pas i)ur pourrait avoir en sa faveur une niasse de sulTrages. Je demande qu'on ne s'occupe pas du scrutin des Liégeois. » — Un des candidats se plaint que cinq à six individus calomnient une Société de deux cents membres. — Boulanger, puis Brillant, disent que parmi ces deux cents il y a des fédéralistes et cinq ou six nobles. Une discussion s'engage à ce sujet. — Duperret dit que, lorsqu'il était commissaire dans le pays de Liège, il a trouvé le peuple disposé à accepter la Révolution, mais détourné de la réunion par des intrigants. Il ajoute : « La Société populaire était poursuivie ; les soldats qui s'étaient couverts de gloire à Jemappes la suivaient avec exactitude, mais les administrateurs ne s'y présentaient jamais. Cependant, sans la trahison de Dumouriez, le peuple était si bien disposé que la réunion eût été ])ure et simple ; mais cet événement exécrable donna à un petit nombre d'hommes l'audace de prétendre dicter des lois à la République. Ces hommes-là n'étaient jioint à Liège des défenseurs du peuple et de la liberté ; mais, comme nous sommes sur le jioint de rentrer à Liège, ils veulent se faire épurer, sans doute dans l'esjjoir d'y reprendre les fonctions qui leur furent confiées. » — Un membre fait remarquer que les Franchimontais sont membres de la Société des Jacobins depuis 1791. Sur sa proposition, la Société rajiporte son arrêté qui devait passer la Société populaire liégeoise au scrutin épuratoire; et, sur la proposition de Montant, elle susjiend sa correspondance avec cette Société jusqu'à ce qu'elle ait rejeté de son sein les intrigants qui ont voté la réunion à la France avec des conditions.]
PRÉSIDENCE DE CHARLES DUVAL
Couthon et Robespierre entrent dans la salle. Tous les membres et les citoyens des tribunes témoignent par leurs applaudissements la satisfaction de revoir ces deux patriotes.
« Il m'est impossible, dit Robespierre, de ne pas désirer d'avoir les forces nécessaires pour témoigner ma reconnaissance pour les marques d'attachement que vous m'avez données dans ces derniers moments. Je tâcherai de m'en rendre digne en continuant de servir la patrie. Jamais il n'y a eu de circonstance où l'énergie des défenseurs de la liberté ait été plus nécessaire que maintenant ; jamais la liberté ne fut exposée à tant d'outrages, à des conspirations aussi viles et aussi dangereuses. Plût à Dieu que mes forces physiques fussent égales à mes forces morales ! Je pourrais aujourd'hui confondre les traîtres et appeler sur toutes les têtes coupables la vengeance nationale. Mais ce que je ne puis faire d'une manière satisfaisante, les autres patriotes le feront à ma place. Un complot atTreux a été ourdi contre la Convention et contre les Jacobins, qui sont après elle les premiers objets de la haine de nos ennemis. Je demande qu'il y ait demain une séance extraordinaire pour discuter ce complot odieux. {Applaudi.)
CouTiioN. — Les agents du gouvernement anglais sont plus multipliés à Paris que jamais. Il est des gens qui outragent les vieux serviteurs du peuple ; ce sont eux qu'il faut surveiller particulièrement. Ceux qui se croient plus patriotes qu'un Jacobin de 89 sont des aristocrates. J'invite donc les citoyens à venir aux assemblées et aux Jacobins jusqu'à ce que les traîtres soient démasqués et conduits à la guillotine.
La commune de Liancourt envoie dix-huit sacs de haricots à Paris. {Applaudi.)
Dumas. — C'est à la tribune des Jacobins que le peuple doit être éclairé, et au Tribunal révolutionnaire que les traîtres doivent être
1. Cette séance est omise dans le Moniteur. Nous la reprnduisons d'après le Journal de la Montagne.
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punis. Je demande donc que les membres qui auront de nouveaux renseignements sur la nouvelle conspiration se transportent vers Faccusateur public. •
[Un membre, absent depuis huit mois pour l'organisation du gouvernement révolutionnaire, demande à passer au scrutin épuratoire. — Tallicn, un membre inventeur d'un procédé pour fabriquer le savon, Lalande, Longier et Cliouvcau sont admis. — Shnoud annonce, que chaque mois, il entre en contrebande six mille montres. Il dénonce d'autres abus.]
CouTHON. — L'ordre du jour que vous avez adopté nous conduit réellement à nous occuper de ce qu'on a fait ce matin à la Convention. Saint-Just a prononcé un discours extrêmement énergique, sur la conspiration qui a existé et qui est enfin connue. Je crois qu'il n'est rien de mieux à faire que de prier Saint-Just de nous en donner connaissance ^
Saint-Just monte à la tribune et déclare que son discours est à l'impression. On l'invite à l'envoyer chercher; la Société nomme deux commissaires pour cette mission.
[I^endant ce temps, Ducunetirre, délégué par la Société de Gex, annonce que cette Société, qm a déjà armé un cavalier jacobin, vient de recueillir par souscription deux mille cinq cents livres pour en armer un second. — Leyendre se plaint que la Société accorde des défenseurs officieux à des gens indignes d'intérêt : tel est Grâce, qui a abusé des pouvoirs que lui avait conférés le Comité de sûreté générale, et qui a fait incarcérer plusieurs personnes sans raison. 11 demande que la Société n'accorde son appui qu'après avoir fait examiner jtar son Comité des défenseurs officieux le cas dont il s'agit. On applaudil.]
Saint-Just a la parole pour lire son rapport.
[Il en donne lecture.]
Il est difficile de peindre l'attention qu'a causée le discours de Saint-Just. 11 était souvent interrompu par les applaudissements les plus vifs et les mieux sentis.
Séance levée à dix heures.
1. H sagit du long discours que Saint-Just avait prononcé le matin à la Convention et qui eut pour conséquence le vote d'un décret qui édictait diverses mesures rigoureuses, entre autres la peine de mort contre quiconque résisterait au gouvernement révolutionnaire. [Moniteur, t. XIX, p. G8G, 692.) Le soir du même jour, à peu près au moment où l'orateur parlait aux Jacobins, Ghaumette, Hébert, Ronsin, Vincent et leurs amis étaient arrêtés.
CCLYII
PRÉSIDENCE DE CnARLES DU VAL
[On lit la correspondance. La Société de Beaucaire écrit que tous ceux qui ne sont pas aux frontières travaillent pour chercher le salpêtre ou fondre les canons. La lettre se termine ainsi. « Tombe ou punis les rois tes ennemis. France, voilà tes traités! « — La Société populaire dos montagnards d'Aix annonce que six compagnies de canonniors ont quitté Aix pour la frontière. — La Société montagnarde d"Excideuil mande que tous les sans-culottes sont prêts à fouiller la terre pour en extraire le salpêtre. — Plusieurs citoyens de Nancy se présentent. L'un d'entre eux donne des détails sur Mauger, accusé de conspiration. Il semble vouloir inculper les représentants en mission Baudot et Lacoste. La Société l'arrête et passe à l'ordre du jour.]
Billaud-Yarenne monte à la tribune ; il se fait un grand silence.
Billaud-Varenne. — Le rapport qui a été présenté hier à la Convention par Saint-Just et lu hier à celte Société a déjà jeté un grand jour sur la conspiration tramée contre la liberté, sur cette conspiration d'autant plus funeste qu'elle avait été tissue par des hommes qui avaient pris le masque du patriotisme. Elle était aussi profondément combinée qu'atrocement conduite ; elle portait le crime audelà de ce qu'avaient imaginé jusqu'ici les conspirateurs ; elle tendait à égorger la Convention et les Jacobins ; elle avait pour objet d'affamer le peuple et de le harceler pour le conduire à l'esclavage. Déj;'i, par les résultats de l'instruction, par les preuves acquises au Tribunal révolutionnaire, la plupart des conjurés sont connus, et en ce moment ils sont en état d'arrestation. Ces conspirateurs sont d'autant plus coupables qu'ils sont sortis du sein du peuple et qu'ils ne se sont servis de la confiance qui leur avait été donnée que pour l'égorger. Ces conspirateurs sont Hébert, Momoro, Vincent, etc. Il est des traits qui caractérisent ces hommes, et qui vont apprendre au peuple qu'en révolution il ne faut jamais idolâtrer personne. Ces hommes atroces, car ils ne peuvent être qualifiés autrement, puisqu'au moment qu'ils étaient comblés de la faveur populaire ils méditaient de faire égorger le peuple ; ces hommes atroces, dis-je, allaient chercher leurs complices au fond des prisons. Ils devaient distribuer des armes aux scélérats qui ont déjà combattu contre le
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peuple ; ils devaient les faire venir aux Jacobins pour les inonder de leur sang et de celui du peuple. Déjà il existe au Tribunal révolutionnaire des preuves matérielles de ce que je vous annonce ; c'est d'après ces preuves que les conspirateurs ont été incarcérés. On a mis en arrestation les hommes qui, en parlant de liberté, avaient le royalisme dans le cœur. Celui qui devait être nommé par eux régent de la République française vient aussi d'être arrêté. Telle était la marche de la conspiration; déjà les mesures étaient prises pour égorger une partie des prisonniers ; l'on avait mis à part ceux à qui la liberté devait être rendue pour verser le sang du peuple. La pénurie momentanée des subsistances est le résultat des efforts des conjurés ; les denrées ont été enfouies ou perdues pour en priver le peuple et l'exciter au désespoir. Des hommes de l'armée révolutionnaire étaient déjà consignés pour combattre contre la liberté; une fausse patrouille devait massacrer le corps-de-garde placé à la prison de l'Abbaye, donner ensuite la liberté aux prisonniers qui se seraient répandus dans Paris pour égorger les patriotes. L'on devait se porter à la Monnaie et au Trésor public, là s'emparer des deniers de la République, et les distribuer aux malveillants qui devaient servir la cause des conjurés. La fin de cette décade devait être l'époque de l'anéantissement de la liberté ; mais la liberté sera triomphante à la fin de cette décade, et la mort des conjurés attestera bientôt son triomphe.
Cette conjuration avait des ramifications étendues. Nous avons appris par la correspondance d'aujourd'hui qu'un contre-révolutionnaire de l'Assemblée constituante avait dit en pays étranger que dans cinq à six jours on verrait éclater en France une conspiration qui étoufferait la liberté. Elle a des ramifications jusque dans nos armées. Tout a été tenté pour engager les soldats à déserter les drapeaux de la République ; mais le Français des armées a soutenu l'honneur du nom français ; il s'est levé, et a demandé le supplice des scélérats qui voulaient perdre la liberté. Tels étaient les projets sinistres des hommes qui ont trop longtemps abusé le peuple ; ils seront punis de leur scélératesse. Tel qui est patriote aujourd'hui, et qui demain sera devenu un contre-révolutionnaire, doit tomber sous la hache de la loi.
Il est beaucoup de traits aussi atroces que ceux que je viens de vous peindre ; mais la prudence me dit qu'il n'est pas encore temps de les dévoiler. J'en ai dit assez pour faire connaître au peuple l'atrocité de ces hommes qui ont voulu étouffer la liberté, et pour faire désirer qu'ils disparaissent de l'univers. On avait parlé d'insurrection
dans une Société populaire. Sans cloute l'insurrection est le plus saint des devoirs lorsqu'elle est légitimée par l'oppression ; mais le but des conspirateurs était de la faire naître contre la Convention nationale. On avait demandé le rappel des représentants du peuple auprès des armées, l'épuration de la Convention, l'organisation du Conseil exécutif d'après la Constitution. Le but de ceux qui faisaient ces propositions était de dissoudre la Convention actuelle et de lui substituer une autre puissance. Des hommes qui devaient être contents d'avoir atteint à la hauteur où ils étaient parvenus, et où jamais ils n'auraient dû espérer d'arriver, des ambitieux qui aspiraient au ministère ; ces hommes qui, n'étant ci-devant que des ouvreurs de loges, étaient montés aux premières loges; ces hommes sont les conspirateurs d'aujourd'hui. Il n'est pas nécessaire de vous dire combien leur conduite doit exciter d'indignation; jurons tous de n'épargner aucun conspirateur, quelque part qu'il se présente. [Nous le jurons! s'écrient les membres et les citoyens des tribunes, levés tous spontanément et agitant leurs chapeaux.) Aujourd'hui Ton fait justice des conjurés ; après-demain nous ferons un rapport sur l'afl'aire de Chabot ; vous verrez alors qu'on a découvert toide l'infamie des conspirateurs. Vous n'en serez que plus fermes dans votre opinion ; et, si vous levez le poignard, ce sera pour exterminer tous les traîtres. [Le discours de Billaud-Varenne est souvent interrompu par des applaudissements et des marques d'indignation.) « J'ai oublié de vous dire, reprend l'orateur, que Ronsin est un des conjurés; c'était un des principaux acteurs de la conspiration. Il est allé dans une prison pour combiner les moyens de faire évader les prisonniers ; il a été proposé à l'un d'eux de se rendre à Francfort pour avertir nos ennemis du plan de conspiration et du moment de son exécution. Vous devez frémir de l'état affreux où l'on nous a mis ; mais l'énergie que l'on a déployée rassure les amis de la patrie. »
LoYS '. — Il y a longtemps que les patriotes avaient une conviction intime de tout ce que vient de dire Billaud ; mais ils étaient obligés de garder le silence pour ne pas commettre des imprudences dangereuses. Aujourd'hui un membre du Comité de salut public a tout dévoilé ; nous ne craignons plus de compromettre le salut de la patrie, il faut dire la vérité tout entière. J'étais aux Cordeliers le jour où la députation des Jacobins s'y transporta. Trois quarts d'heure avant son arrivée, la Société arrêta que le procès-verbal de la séance précédente serait lu en présence de la députation. Ce procès-verbal
1. La partie de cette séance qui va du discours de Loys à celui de Tallien manque dans le Journal de la Montagne.
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suffisait pour conduire à réoliafaud trois ou quatre individus ; il fut lu, et la rédaction adoptée par la Société avant que la députation n'arrivât. Quand Collot d'IIerbois eut parlé, on demanda une seconde lecture d'après l'arrêté qui avait été pris. Momoro, par une astuce singulière, éluda la question, en disant qu'il ne pouvait pas permettre la lecture d'un ouvrage qui n'avait pas été adopté par la Société; que d'ailleurs ce procès-verbal devait être imprimé, et qu'il était inutile d'en faire lecture. Cependant il est très vrai que le procès-verbal avait été adopté dans un autre moment. Je n'inculpe pas ici les Cordeliers, mais seulement les intrigants qui ont voulu les perdre. Momoro n'a pas voulu faire lire le procès-verbal, parce qu'il savait qu'il était sa condamnation. Maintenant je reproche à Hébert d'être un ambitieux, d'avoir demandé l'organisation du Conseil exécutif d'après la Constitution, dans l'espérance d'être un des vingtquatre membres de ce Conseil. C'est cet intrigant qui a traité un patriote très connu d'homme égaré ou. . . Cette réticence est une perfidie atroce ; et remarquez la lâcheté qu'il y a de la part d'un dénonciateur à ne pas nommer le dénoncé. Certes nous rendons tout hommage au patriotisme incorruptible de ce citoyen calomnié, et tous nous avons la conviction qu'il a toujours mérité la confiance du peuple. Je demande que l'on n'ait aucun égard pour les conspirateurs, quels qu'ils soient, et surtout pour ceux qui trompent le peuple par un masque de patriotisme, parce que ceux-là sont plus coupables que les conspirateurs qui marchent à découvert.
Quelques membres font des interpellations à Boulanger, relativement à ce qu'il a dit à la séance des Cordeliers. Celui-ci ayant répondu à ces diverses demandes, Robespierre prend la parole. 11 fait sentir le danger qu'il y a d'accoler des patriotes à des intrigants et à des traîtres, et la facilité de donner aux expressions les plus patriotiques une tournure aristocratique en forçant leur véritable sens.
« Quand un homme se montre partisan de la sédition, dit-il, je ne balance pas à le condamner ; mais quand un homme a toujours agi avec courage et désintéressement, j'exige des preuves convaincantes pour croire qu'il est un traître. J'ai vu dans Boulanger un patriote pur ; je l'ai entendu, dès le commencement de la conspiration, tenir le langage le plus patriotique et le plus satisfaisant, celui d'un citoyen qui aime la liberté et n'a pas de plus grand désir que de la voir triompher. Jusqu'à présent tous les individus l'annoncent pour un patriote, et le plus grand de tous les dangers serait de rapprocher les patriotes de la cause des conspirateurs. » — Robespierre est obligé
de quitler la parole, ses forces physiques ne lui permettant pas de continuer.
Talliex. — C'est un beau jour pour les amis de la liberté que celui où ils voient déjouer une conspiration qui s'étendait à tous les bouts de la République ; c'est un beau jour que celui où des hommes qui se paraient d'un faux masque de patriotisme viennent enfin d'être connus comme ils auraient du l'être depuis longtemps... C'est aux Jacobins que la découverte de cette trame est due. Enfin les véritables traîtres sont découverts ; bientôt ils auront porté leurs tètes sur l'échafaud. Je pardonne à ceux qui n'ont pas voulu entrer dans de petits détails. Qu'importent des détails, lorsque le vaste plan de cette conjuration est tout à fait découvert? C'est au Tribunal révolutionnaire qu'il faut les porter; c'est là que tout patriote serait coupable de ne pas aller révéler tout ce qu'il connaît sur le compte de ces hommes qui s'empressaient, eux, de ramasser les dénonciations des aristocrates. Au surplus, je ne crois pas que ces hommes soient les seuls conspirateurs ; peut-être même ne sont-ils pas les principaux; peut-être ne sont-ce que des hommes mis en avant, dont on achète la popularité. On a bien vu qu'ils voulaient se mettre à la place de la Convention : leur tactique l'a bien démontré ; en cela ils étaient d'accord avec tous les ennemis du peuple ; ils ne voulaient que se rendre les dispensateurs des grâces et les maîtres de tout. Un cri général s'est élevé contre eux, et la Convention est restée à son poste. Examinons les malheurs qu'ont causés les hommes dont il est question : ce sont eux qui sont cause des maux qui ont affligé nos armées, qui sont cause de la prolongation de la guerre de la Vendée. Mais le jour de la vérité luira bientôt ; on verra que ces hommes, et d'autres qui ne sont pas encore arrêtés, ont cherché à éterniser la guerre pour se procurer des généralats lucratifs et autres places. On ira chercher jusque dans les bureaux du ministre, et partout où l'on pourra les trouver, les preuves de leurs délits. Ils sont maintenant sous la sauvegarde du peuple ; s'ils sont innocents, ils trouveront justice ; s'ils sont coupables, la loi est là qui les condamnera. Au surplus, qu'ils ne croient pas, comme ils le disent, que le peuple s'insurgera pour les sauver; le peuple ne soutient pas des conspirateurs, il ne soutient que la loi ; il ne s'insurge qu'au 14 juillet, au 10 août, au 31 mai. Les républicains ont été indignés d'entendre ces hommes perpétuellement parler d'insurrections. « Nous ne sommes pas des Hébertistes, s'écriaient les amis de la liberté ; nous ne nous insurgeons que pour la patrie. » Je termine en invitant tous les citoyens à rechercher et à faire connaître les corn-
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plices des traîtres. C'est là particulièrement qu'il faut diriger son attention et ses soins. ( Vifs applaudissements .)
La CiiEVARDiÈRE. — Il faut prendre garde que le succès du peuple ne tourne contre lui-même. Le préopinant nous a dit ici des choses fort dangereuses; il a paru qu'il voulait vous ramener sur l'afTaire de la Vendée. Il semble avoir mieux rempli sa mission à Bordeaux que conçu ce qui a rapport à cette guerre malheureuse. Sans doute il faut connaître tous les coupables, les punir; mais il ne faut pas joindre des choses qui y sont tout à fait étrangères. [Murmures.) Il faudrait revenir sur les Philippotins, que l'opinion publique a jugés depuis longtemps.
Carrier. — Je ne suis pas de l'avis du préopinant. Je ne viens point tirer le rideau sur l'affaire de la Vendée ; mais j'attribue nos premières défaites à l'ineptie ou môme à la lâcheté des premiers bataillons qui y ont été envoyés.
DuFOURNY. — Je ne crois pas non plus qu'aucune raison puisse empêcher des hommes libres de fouiller dans des événements qui peuvent éclairer leur opinion sur des hommes qu'il faut connaître, et déjuger ceux qui, voulant empêcher ces recherches, s'inculperaient eux-mêmes. {On applaudit.)
CoLLOT d'Herbois. — Je désire qu'on ne mette point de cùté des affaires aussi importantes et qu'on ne divertisse point l'opinion publique. La Convention nationale, qui doit être le type de notre conduite révolutionnaire, nous offre aujourd'hui l'exemple. On va faire dans son sein \\n rapport sur des hommes autres que ceux qui sont maintenant arrêtés. Toutes les intrigues seront connues ; toutes les horreurs de ce genre seront dévoilées. On verra que Pitt, qui fut le roi de la Vendée, voulait, dans la rage de la voir détruite, s'en créer dix autres dans la République. Je demande que ceux qui ont des révélations à faire les fassent avec courage, mais se dépouillent de toute partialité. J'ai vu avec peine qu'un membre qui avait assisté à la séance des Cordeliers n'avait pas donné, la première fois qu'il en parla, les détails qu'il a donnés aujourd'hui, et qui pourtant eussent été utiles, si on les eût connus, lors de la députation qui y fut envoyée. J'invite ceux qui sont animés du véritable amour de la patrie à se réunir sur un seul objet à la fois. Qu'on mette, si l'on veut, le bonheur du peuple et tout ce qui le compose à l'ordre du jour, mais successivement, ainsi que le fera la Convention elle-même.
Différentes réflexions sont faites au sujet de la direction qu'a semblé vouloir donner à cette affaire l'un des préopinants au sujet
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de la guerre de la Vendée. - Talllen déelarc que son intenlion n'est pis de détourner les yeuK de dessus la véritable --P'-''™ Pj; L reporter sur la guerre de la Vendée. - Loy. deelare que Collot ne Tlfeompris, lorsqu'il a dit qu'il avait tu des eirconstances de a s "e des c'ord'eliers ; il n'était présent qu'à celle o. la depu at,on fut ad,nise. - Fréron, après avoir déclaré que les mau^ que les omis aujourd'hui arrêtés ont faits à la République se sont part,rreraent fa',t sentir dans les départements du M,d,, promet a ce loet des détails et demande . être épuré. - U est adm.s. - Quelques dépulations sont entendues.
Séance levée à dix heures.