‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 133 sur 141 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

674 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [G mars 1794]

les Cordeliers se soient mis, malgré eux sans doulc, en contact avec les Sociétés populaires pour obtenir cet épurement dans la Convention ; moyen excellent, sans doule, pour n'avoir plus demain de Convention !

On demande que la Société nomme une députation pour se rendre demain aux Cordeliers. [Applaudi.) On demande que CoUot d'Herbois soit nommé pour y assister '. [Adopté.)

[Rruaudin est lâché do ce que les Sociétés populaires ne fassent pas justice dos agents do nos ennemis, qui s'y montrent avec tant d'insolence. « Il faut, dit-il, que Collot d'Herbois aille aux Cordeliers, non pour confondre ces intrigants, car il faut seulement les punir, mais pour détromper les honnêtes gens qu'ils ont abusés. » — Carrier se plaint de ce qu'on veuille diviser Cordeliers et Jacobins. Il déclare qu'il a assisté hier à la séance dos Cordeliers. On n'y a pas dit de paroles criminelles. Plusieurs membres ont dénoncé dos modérés parmi les ministres et même dans la Convention ; ils ont démasqué des figures que je vois ici, dit l'orateur. Il déclare que lui-mémo a dénoncé le niodérantismo de plusieurs membres de la Convention. « Mais on n'a point parlé de faire des insurrections, excepté dans le cas où l'on y serait forcé par les circonstances. Si on a fait une motion contre la Convention, conclut Carrier, je donne ma tète !» — « Si le préopinant a assisté à la séance des Cordeliers, dit Mariinet, je demande qu'on lise cette séance dans la Feuille du Salut public. Si les faits n'y sont pas exacts, il les contredira ! » — Tallicn s'oppose à toute lecture. <c Ce n'est pas à nous, dit-il, de juger les Cordeliers. » Il demande qu'on se borne à leur envoyer une députation. Sa proposition est adoptée. — Tallien fait son rapport sur les moyens qu'on emj)loie pour travailler le peuple. 11 dénonce i)lusieurs journaux qui sont d'anciennes feuilles contre-révolutionnaires sous dos titres républicains nouveaux : tels sont le Courrier républicain, les Annales patriotiques *. L'orateur se plaint que des officiers ci-devant nobles aient été réintégrés dans leurs fonctions. Il parle « contre l'armée des bonnets rouges à pantalons et cheveux plats >>, dans laquelle se cachent beaucoup d'aristocrates, qui voulaient épurer la Convention pour l'annihiler. Il ajoute : (c Les Comités de salut public et de sûreté générale, auxquels doivent se réunir tous les bons patriotes [applaudi), ne cesseront de travailler pour la patrie, et leurs elïorts ne seront pas vains ! »

Léonard Bourdon rend compte de la visite qu'il a faite aux Invalides, sur l'ordre do la Société. Il rapporte que la cuisine et l'infirmerie sont mal administrées. Il engage les Jacobins à ne pas abandonner leur enquête, à faire la révolution dans la maison. — Plusieurs invalides se rejettent les torts l'un à l'autre. — Sur la proposition de Lulier, la Société arrête que ses commissaires se joindront au département, « pour obtenir de la Convention des pouvoirs à l'efiet d'agir révolulionnaircment dans la maison des Invalides, dont on

1. Le compte rendu de la séance des Cordeliers du 17 ventôse, avec le discours que Collot d'Herbois leur adressa au nom des Jacobins, se trouve dans le Moniteur, t. XIX, p. 6G3.

2. Sur ces deux journaux, voir Tourneux. Biblior/rap/iie, t. H, n"' 10221 et 10337.

ne j)out que par ce moyen extirper le germe de raristocratie qui rinrecte. » On lit une lettre de Couthon qui remercie la Société d'avoir pris de ses nouvelles et qui annonce qu'il va mieux.]

Séance levée à dix heures*.

PRÉSIDENCE DE LAVICOMTERIE

[Une circulaire écrite aux Sociétés affiliées, et dont la lecture est faite à la tribune i)ar un membre du "Coniité de correspondance, ayant paru beaucoup trop longue, la Société arrête, sur la proposition de CoUot (VHerhois, qu'aucune lettre ne contiendra plus de deux pages. « Des choses, et non des mots; point de phrases, mais des principes, tel est le vœu de la Société. » — Duquesnoy se i)laint que les ci-devant nobles, expulsés d'une armée, rentrent aussitôt dans une autre. Il affirme qu'il existe encore, dans Paris, liuit à dix mille individus de cette caste désastreuse; et, sur sa proposition, la Société arrête qu'une députation se rendra à la Convention pour lui demander l'arrestation de tous les ex-nobles, tant aux armées que dans l'intérieur. — Collât (VHerhois monte à la tribune et expose le résultat de la députation qu'il a conduite aux Gordeliers. Voici son discours :]

Citoyens, vos commissaires ont été fraterniser avec les Cordeliers, Leur but, ainsi que le vôtre, était de concilier les patriotes, et de serrer les nœuds qui vous unissent avec une Société amie depuis le commencement de la Révolution. Quand on vous a dit qu'il y avait deux Sociétés, on vous a trompés ; il n'y en a qu'une, parce que là où il y a unité de principes, il y a unité de Société. J'entre dans les détails. Nous ne vous déguiserons pas combien nous fut sensible ce nouveau pacte qui allait s'établir entre des républicains, ce pacte qui va devenir l'effroi de nos ennemis ; aussi ont-ils tout tenté pour l'empêcher, mais ils ont encore échoué. Nous avons été reçus avec cette jouissance secrète inspirée par des frères étroitement unis. Les empêchements qu'on projetait sont bientôt devenus illusoires ; il est même inutile de les rappeler ici ; on a cherché à nous troubler, comme on cherche encore à le faire en ce lieu ; ils doivent rester inaperçus, ces individus, jusqu'à ce que le moment arrive (et il n'est pas éloigné) où cette sauvegarde qui les met à l'abri dans les Sociétés

1. Une grande partie de cette séance est résumée d'après le Journal de la Montagne.

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populaires leur sera retirée par ces mêmes Sociétés. Je rentre dans mon sujet principal. Il est impossible à des patriotes d'éprouver des sensations plus douces que celles qu'on nous a fait sentir hier. A peine avons-nous eu prononcé les principes et le nom de Marat que toute la Société s'est ralliée autour de nous. Tous ont dit comme nous : « Les hommes qui ne savent pas souffrir pour la patrie ne sont ni Cordeliers ni Jacobins. »

Une circonstance intéressante nous amenait principalement : c'était d'engager nos frères à dévoiler la Déclaration des Droits. De bons patriotes s'étaient laissé égarer sur cette mesure dangereuse ; des sections entières allaient imiter ce funeste exemple, et de section en section toute la République aurait tombé dans cette fatale erreur. Ne nous y trompons pas: celte erreur était accréditée par les royalistes; car la royauté seule est en deuil dans la République. Mon but ici est de ramener les sections abusées, que des présidents ont pu égarer en s'écartant des principes. Faibles républicains ! les tyrans ont-ils jamais voilé leurs images? Serons-nous plus faibles que les tyrans? Pitt n'oserait pas conseiller de voiler la Déclaration des Droits de Fhomme ; il sait bien qu'elle menace tous les tyrans, tous les Pitt. Quand il ne resterait plus sur toute la surface de la République que quatre patriotes vivants, ils devraient embrasser cette Déclaration, et, en rendant le dernier soupir, la consacrer à l'immortalité. Les Cordehers, pénétrés de cette vérité, ont arraché le voile, que j'apporte.

N'écoutons pas ces orateurs insidieux, qui disent que toute la République soufl're : c'est là le langage habituel de l'aristocratie. Et vous tous, dans vos sections, qui vous êtes laissé tous entraîner, arrachez bien vite ce voile; sachez qu'on ne doit jamais cacher cette Déclaration des Droits, car on ne voile pas la nature. Encore une réflexion. Pourquoi s'est-on servi de cette couleur noire? Cette couleur insignifiante, c'est celle de l'hypocrisie et du mensonge ; tous les cœurs la condamnaient. Je demande que ce fragment soit joint au procès-verbal et déposé aux archives ; les Cordeliers nous l'ont donné comme un monument de ce qui s'est passé, et comme un signe de réunion éternelle, qui nous fera souvenir qu'on a cherché à nous désunir et que nous nous sommes réunis.

Citoyens, établissons entre ces deux Sociétés cette union intime qui ne doit pas être un ouvrage de peu de durée ; il ne faut pas que ceux qui spéculent sur nos divisions puissent dire que c'est un ajournement. Il n'y a d'ajournement qu'à la punition des traîtres qui nous divisent; ils se plongeront eux-mêmes dans le précipice qu'ils ont

voulu creuser pour les patriotes. L'heure sonne pour eux comme pour ceux qui les ont précédés. J'ai vu dans la Société des Cordeliers, menacée d'être divisée, un véritable désir de marcher avec nous ; nous sommes deux bonnes familles républicaines, qui ne doivent jamais cesser de s'aimer. J'ai vu dans plusieurs du chagrin de n'avoir pas été d'accord, dans d'autres du repentir, et de la per- ■ fidie dans un petit nombre de ces individus qui s'affligent sans cesse de la satisfaction générale. Recommandons à tous de ne jamais changer de langage. Tous les jours sont les mêmes dans la révolution ; laissons parler la vérité ; oublions les individus. La République est là. Ne vo3^ons que la patrie !

[Collot d'Horbois termine en invitant Jacobins et Cordeliers à la concorde. — Le résultat du scrutin donne pour président Charles Duval, député; Bouin, pour vice-président ; Roussel le jeune, Viau et Ducluzcl, sont nommés secrétaires. — Un membre annonce que des convois considérables viennent d'arriver à Marseille, qu'on n"a plus à redouter la famine, qu'il ne faut plus que du calme, et le peuple sera bientôt triomphant. — La citoyenne Yillemenu, habituée des tribunes, dépose sur le bureau un assignat de o livres, fruit de son travail et de ses économies.]

Séance levée à neuf heures.

PRÉSIDENCE DE CHARLES DUVAL

[Lecture de la correspondance. — On renvoie au Comité de sûreté générale une lettre dans laquelle on se plaint de ce qui se passe actuellement à Bordeaux. (( Tout se relâche maintenant dans cette commune, y est-il dit, c'est une indulgence plénière. Plusieurs individus, qui devraient être en état d'arrestation, se promènent dans les rues ; d'autres, qui ont été condamnés à la détention, sont maintenant élargis. — Une Société demande que les personnes détenues comme suspectes soient éloignées du lieu de leur domicile. — Carrier appuie cette proposition et demande que la Société présente à la Convention une pétition qui ait jjour objet de demander que les i)ersonnes détenues comme suspectes soient transférées loin du lieu de leur domicile, et que leurs parents ne puissent les aller visiter dans la maison de leur détention. Arrêté. — Une députation des sans-culottes et des Jacobins de Bordeaux vient présenter les observations qu'elle a déjà faites à la Convention ; elle jure, au nom des citoyens qui l'ont envoyée, d'être toujours attachée à la Convention et à la liberté; elle témoigne sa satisfaction du décret qui abolit

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il jamais l'esclavage. Applaudi. — Les citoyens députés de Saint-Domitujue éi lu Convention dixlarcnt qu'ils ont élô calomniés i»ar les colons grands planteurs de Saint-Domingue. — Après avoir répondu aux inculpations faites contre eux, ils font connaître à la Société les ennemis personnels auxquels ils ont alfaire ; ils font lecture de quelques lettres écrites par des colons grands planteurs, dont le contenu est extrêmement aristocratique et même royaliste. Cette lecture excite de violents murmures ; on demande que ces pièces soient renvoyées au Comité de sûreté générale; les députés déclarent (ju'ils l'ont déjà fait '. — Un député de la Société populaire de Gex vient témoigner l'attachement des sans-culottes de Gex aux Montagnards et aux Jacobins. — Sinwnd rend hommage aux principes ])atriofiqucs des sansculottes de (îex, qui se sont conduits de la manière la plus républicaine dans la guerre que la République a soutenue contre les esclaves j)iémontais; mais il déclare que cette Société n'a pas toujours surveillé autant qu'elle l'aurait pu les administrateurs du district, prévenus de fédéralisme. — Le député répond que la Société qui l'a envové n'a jamais mérité de reproche pour sa surveillance ; elle a toujours arraché les placards fédéralistes du district et a fait connaître au peuple le poison qui lui était présenté. — Siniond affirme que beaucoup d'objets étrangers pénètrent en fraude sur le territoire français en passant par Gex : ainsi neuf cents montres genevoises ont été dernièrement vendues à Paris. Il invite les patriotes de la frontière à faire sentinelle contre ceux qui introduisent des produits étrangers.

La femme du ijénéral Cadeaux vient se ])laindre de ce que son mari est détenu depuis longtemps sans pouvoir obtenir justice : elle demande qu'il soit jugé sans délai. On demande le renvoi au Tribunal révolutionnaire, auquel Carteaux a été traduit. Fouquier-Tlnvllle , accusateur public près le Tribunal, instruit la Société que le Tribunal ne peut pas encore s'occuper de cette cette affaire, parce que le Comité de salut public, qui en connaît tous les détails, doit s'en occuper auparavant et prendre un arrêté relativement au général Carteaux. D'après cette observation, la Société passe à l'ordre du jour. — Thirion dit : « Je prie la Société de fixer son attention sur l'organisation des Comités de surveillance des i)etites communes de campagne. Des aristocrates et des valets de ci-devant seigneurs s'y sont introduits; les aristocrates les plus avérés y sont à l'abri de toutes j)0ursuites à la faveur de leur déguisement et de l'ignorance des habitants. Il n'y a pas un tiers des aristocrates qui soit maintenant en arrestation ; ces aristocrates corrompent dans ces Comités l'esprit des ])aysans, et leur persuadent qu'il ne faut pas envoyer les denrées dans les villes. Je demande que les patriotes s'occupent avec activité d'établir un mode d'organisation qui ne soit pas susceptible de tant d'abus. On applaudit. — Btanchet saisit cette occasion pour faire remarquer que les aristocrates, qui étaient connus à Paris, ont quitté celle commune pour n'être pas incarcérés : il demande que la Société se procure les listes des signataires de toutes les pétitions anti- civiques, qu'elle les fasse im])rimer et les envoie à toutes les Sociétés. Arrêté.]

Séance levée à dix heures.

1. Le discours prononcé par l'orateur de cette députation a été reproduit par le Journal de la Montagne, t. Il, p. 932.

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PRÉSIDENCE DE CUARLES DU VAL

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del'enere et des plumes »'J" --/::,^XX'; e désire ,,uou chaque instant, comme cela J» »''' f y" °",\, conventiin au sujet des nnsère dans la pétition que vous ''"«^ P^ ;» '^ ,;,.,, „.,„,,,, <;, („ iîépudéteiius. ,. ^W'«"< -«**';- ^ : :,;:l;, ,o„t admis dans la Société 6tr/»e, acquittes pai le iiiDunaïux .lonv sexes L'un d'entre

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dans le sanctuaire sacre des '» ;;."% ^"^ „^. .|„„„j„„rd-hui rinuocenee

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de la fraternité la Pl"-"'™ V' '^^7,^^^ Elle t ensuite un prosvoilc jeté sur la Déclaration des Droits a ^^-^^ ^^,„i 4, p^^i pee.us formant le premier numéro ' » J»"™ ' J ' f ^«^^^ '„„ les Jacobins '(„ peuvk. - Le Président répond au nom de la bocRk que

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