‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 2)Chapitre 26 sur 141 · Cf. Moniteur, t. XVI, p · texte numérisé non relu

Cf. Moniteur, t. XVI, p

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j)Our aller réclamer aux deux Comités la mise en liberté des trois commissaires.

C... insiste pour qu'on passe à l'ordre du jour les moyens de sauver la République. Adopté. — Hassenfratz dénonce Bcurnonville, attaque le Comité de défense générale. — Albille déclare que, dans ce Comité, on comi)tc huit patriotes sur vingt-quatre membres. Lasource avait déjà émis dans le Comité les accusations qu'il a portées aujourd'hui à la lril)une de la Convention contre Danton et Delacroix.]

Robespierre. — Je dois commencer par déclarer qu'il n'y a qu'une estime profonde, pour les services que cette Société a rendus à la République, qui puisse m'engager à prendre la parole, lorsqu'on a violé la liberté des suffrages envers un citoyen dont chaque parole annonçait un civisme ardent. Je suis indigné qu'un citoyen, qui n'avait ([ue de bonnes choses à dire, ait été éconduit comme un aristocrate. Le sort des patriotes est de ne pouvoir faire entendre leur voix. Moi-même j'ai lutté dans cette tribune, et j'ai été interrompu cent fois par les ennemis du bien public.

Ce matin, les crimes de Dumouriez ont été dévoilés pour ceux qui ne voient jamais le danger que lorsqu'il n'est plus temps de le réparer, pour ceux qui sont assez stupides pour ne pas apercevoir les pièges qu'on tend à la liberté, pour ceux qui sont d'assez mauvaise foi pour feindre de n'a[jerccvoir aucun danger.

On a lu une lettre où Dumouriez déclarait ouvertement la guerre à la Révolution, annonçait qu'il était inutile de lui résister, que les armées étaient prêtes, que c'était fait du patriotisme. Je pense que ce danger n'intimidera pas les patriotes; jamais ils ne sont plus forts que lorsqu'ils voient le poignard dirigé contre leur sein.

Dumouriez est un traître, et quand il se déclare tel lui-même à la face de la France et de l'univers, on doit croire que Paris est menacé. Ses efforts sont dirigés contre cet éternel boulevard de la liberté ; il en veut surtout aux Sociétés populaires.

Dumouriez serait-il aussi hardi, s'il n'était assuré d'un fort parti ? Non, Dumouriez a des complices parmi nous. Ses complices sont tous les lâches intrigants, tous les infâmes égoïstes, tous les ambitieux enfin, qui aiment la royauté; car la République ne convient qu'au peuple, qu'aux sans-culottes. La royauté a beaucoup de partisans, parce qu'elle rallie autour d'elle tous les hommes corrompus. Il est donc évident que Dumouriez a un point d'appui. Qu'aurait fait Dumouriez, si le ministère avait été l'ennemi de ses projets, si tous ceux auxquels la France a confié ses destinées avaient eu l'âme pure ? Dumouriez aurait-il osé nous braver? Non. La conspiration est en France; elle est dans le ministre de la guerre, qui est l'ami et l'élève

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de Dumouriez ; Beurnonville ne s'est emparé du ministère que pour en chasser tous les patriotes et les remplacer par des aristocrates et des parents des prisonniers du Temple.

La conspiration est dans les corps administratifs négligents, dans les tribunaux qui ont favorisé les émigrés; elle est dans le Directoire des postes, qui depuis longtemps interrompt les dépêches patriotiques et ne laisse circuler que les écrits des ennemis de la liberté ; elle est dans tous ceux qui veulent la ruine de Paris et de la République.

Pour sauver la patrie, il ne suffit pas de changer un ministre, de changer un général ; c'était là le système de la cour pour entranier insensiblement le peuple dans l'abîme. Vous sentez que le salut de la République ne peut venir que de la régénéi-alion entière du gouvernement et de la résolution imperturbable de préférer la mort à l'esclavage. Voilà quelle est ma résolution. [Applaudi.)

Je n'en dirai pas davantage sur les moyens de défense, car vous n'avez pas le pouvoir de réaliser ce qu'exige le salut de la patrie. Il faut trouver cette ressource dans le génie du peuple et dans la vertu de la Convention.

Dans la force du peuple, s'écrie un membre.

Robespierre. — Je ne parle pas par interprète, je ne dis que ce que je veux dire. La République ne peut être sauvée par une boutade, par un mouvement partiel et inconsidéré.

11 reste encore dans ce moment une ressource à la liberté, c'est la lumière, c'est la véritable connaissance des moyens de salut, et je vous dis, dans la vérité de mon cœur, que la plus fatale de toutes les mesures serait de violer la représentation nationale.

Un membre s'écrie : « On n'y songe pas ! »

Robespierre continue : « En attendant, connaissons le danger ; sachons que Dumouriez est un traître, que son projet est d'ouvrir les frontières à l'ennemi, et qu'il a des complices parmi nous. Ce n'est point assez de cette perfidie : ils veulent nous ôter tous les moyens de loyale défense, et, pour remplir ce but, ils calomnient les patriotes et leur imputent tous les attentats qu'ils méditent. On a exécuté ce plan à la Convention ; on a inculpé Danton, on a trouvé un prétexte de le calomnier, parce qu'il a été trop crédule, parce qu'il n'a pas pris sur lui de mettre Dumouriez en état d'accusation, et l'on a cherché à étendre le soupçon sur tous les citoyens qui partagent le civisme de Danton. Je dois vous apprendre encore que, dans le moment actuel, on fait circuler le bruit que le Comité de sûreté générale a fait arrêter Danton. Vous savez avec quelle supériorité ce patriote a

écrasé ses ennemis. Vous savez avec quelle énergie il a élevé toutes les âmes. Les seules mesures prises ont été de faire arrêter quelques individus. J'approuve ces mesures, mais je reproduirai ici une mesure que j'ai proposée à la Convention, une mesure qui n'est pas suffisante pour sauver la chose publique, mais qui est nécessaire à la délicatesse des patriotes. Ceux qui ont combattu cette mesure ne savaient pas que nos ennemis emploient toutes les ruses imaginables pour donner le change à l'opinion publique et jeter un vernis de défaveur sur les patriotes.

« Oublions tout individu, ne voyons que le salut de la République. Vous savez que des républicains ont proposé de chasser des hommes qui font ombrage à la liberté. Je n'ai pas blâmé ceux qui se sont opposés à une mesure qui n'était justifiée que par des craintes vagues; mais d'autres temps, d'autres mesures. Quand la République est menacée, car les royalistes lèvent la tête, les patriotes ne doivent point sacrifier le salut de la République à des sentiments de C(»mmisération particulière ; vous m'entendez, des ré|)ublicains n'ont pas besoin d'une plus ample explication.

« Je n'ai jamais cru au patriotisme des princes en général, je n'attaque point les individus, je cède au sentiment de l'amour du bien public, et je demande que vous déclariez par un arrêté solennel, semblable à celui de Marseille et du déparlement des Rouches-du- Rhiuie, ([u'un homme appartenant à la famille ci-devant royale ne Soit pas membre d'une Sociéli'' populaire et que vous fassiez parvenir cet arrêté au.x Sociétés qui fraternisent avec vous. >> {Applaudi.)

On propose l'ajournement ; il est rejeté, et la Société déclare, à la grande majorité, que nul membre de la ci -devant famille des Rourbons ne pourra être membre d'aucune Société populaire de la République.

[Albittc ])roi)Ose d'étendre la luesuro à lous les nobles et prêtres. Sur les observations de Beniabole, la Société passe à l'ordre du jour. — Maure, l'un des six commissaires envoyés aux Comités de défense et de sûreté générales, rend compte de cette démarche. — Maral ajoute qu'il a traité le président et les membres des Comités de faussaires, qui voulaient jeter de la défaveur sur les patriotes, et qu'il a obtenu d'eux que les commissaires arrêtés pourraient circuler, accompagnés de gendarmes.]

La séance a été levée à dix heures.

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