Cette phrase obscure est textuelle
perdu l'illusion do lu conquête de la Belgique, faisons de la France un camp retranché et impénétrable; exerçons-noiis au maniement des armes ; nos ennemis se consumeront, s'anéantiront par leur seule force d'inertie. Employons contre nos ennemis intérieurs des mesures fortes; ayons soin surtout que le Tribunal révolutionnaire ne tourne pas au détriment de la chose publique. Disons à nos ennemis : « Nous voulons bien encore nous montrer sages et froids; mais, si vous levez encore la tète, vous serez tous anéantis. » [Applaudissements.]
Marat. — Loin de moi la pensée indigne de jeter de la défaveur sur un patriote, dont j'estime le courage et les principes. Danton, ce n'est point ton patriotisme que j'ai voulu attaquer, mais ton imprévoyance. Si tu avais prévenu, par une mesure ferme, les trahisons de Dumouriez, ta juste sévérité n'eût pas donné le temps à nos ennemis de renouer leurs trames et creuser l'abîme sous nos pas.
Dumouriez est la créature de cette faction scélérate qui a provoqué la déclaration de guerre. De protégé il est devenu protecteur, mais ils ont été toujours conjurés ensemble. Ils ont prévenu l'explosion de l'indignation générale qui les eût anéantis. Us retiennent encore cette explosion. Je ne me contente pas de |>arler : il me faut des faits, et je ne serai jamais satisfait que lorsque la tète des traîtres roulera sur l'échafaud. (Applaudi.)
Danton, je te somme de monter à la tribune et de déchirer le voile.
Danton. — J'en ai pris l'engagement, et je le remplirai.
Mahat. — Acquitte sur-le-champ ta parole. [Applaudi.) Acquitte ta parole, avec ce noble abamlon d'un cœur qui ne cunnaît que le salut de la patrie. Prête avec moi le serment de mourir pour sauver la liberté.
Au même instant, Marat fait briller aux yeux des spectateurs un poignard, et s'écrie :
« Voilà l'arme avec laquelle je jure d'exterminer les traîtres; voilà l'arme que je vous invite à fabriquer pour les citoyens qui ne sont point au fait des évolutions militaires. Je vous propose d'ouvrir une souscription, et je vais moi-même vous donner l'exemple. » [Applaudi.)
Cette proposition est arrêtée par acclamation.
Les chapeaux levés en l'air peignent l'enthousiasme et l'assentiment universels.
[Saint-Just rapporte que, dans sa mission, il a trouvé foutes les places dégarnies par rimpcritic de Beurnonville. — L'accusateur public du Tribunal révolutionnaire vient prier les bons citoyens de presser la Commission des
J18 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [31 mars 170:{]
six do faire pronipternent envoyer au Tribunal les pièces (pii lui sont nécessaires pour commencer à juger les traîtres.
Hubuisson, l'un des trois Jacobins présentés par Desfieux au début de la séance, déclare cpi'il a remis au Comité de défense générale son rai)port relatif à Dumouriez. — C... annonce que Lyon n"a que des Clubs particuliers à chacune des sections de la ville : les commissaires de la Convention viennent d'y fonder avec trente jxTsonnes une Soci('^té ])0ur laquelle il demande l'affiliation.
Une (Irpiilalion di's Mayoïnds incorporés à la Réj)ublique est admise et fait une déclaration [jalriotique. — Deux di'piités du iO" rrijimrnt en garnison à Sarvelouis, Soubiran et Deffès, annoncent que sur leur dénonciation, la Convention a destitué comme aristocrates plusieurs de leurs officiers. — Le Pvrsident les félicite et les engage à correspondre avec la Société. — Maure remanpu^ que Dumouriez aurait été démasqué à temps, s'il y avait eu des républicains dans son armée. — Albitle propose qu'on demande au Comité militaire de destituer les officiers nobles.
Une d(''puta(ion de la Société fraternelle vient demander la peine de mort contre les marchands d'argent, la destitution des officiers nobles, la mise en accusation de Roland.]
La séance est levée à dix heures.
PRÉSIDENCE DE LAMARQUE
[Desfieux, vice-président, occupe le fauteuil.
Le citoyen Grenier annonce que ce matin des délégués des quarante-huit sections, parmi lesquels il se trouvait, se sont réunis à l'Évèché et se sont constitués « Assemblée centrale du salut public et de corresjjondance avec les départements ». La Commune va leur donner un local. — C... déclare (ju'un Club central hors de la Société doit être suspect. « Ce qui doit sauver la chose publique, ce sont les Comités de surveillance concertés avec les Jacobins. » — Marat déclare que Crenicr a des projets anti-civiques et demande qu'on le fasse conduire au Comité de sûreté générale par quatre membres de la Société. — La proposition est adoptée, et Crcnier emmené malgré ses protestations.
Le Yice-président informe la Société que les trois jacobins, commissaires du pouvoir exécutif en Belgique et qui ont été présentés la veille à la Société, ont été mis en état d'arrestation par le ministre de la justice, sur l'ordre des Comités réunis de défense et de sûreté générales '. Après quelques débats, la Société nomme une délégation de six memlires, parmi lesquels est Marat,